Depuis 2005, Rihanna squatte sans interruption
les charts. Constamment en mouvement et en fabrication, l'artiste
adopte le rythme presque boulimique d'une sortie d'album par an. En sept
ans de carrière, la chanteuse a sorti sept opus qui ont façonné à la
fois son succès mais aussi son personnage entre célébrité revendiquée,
icône glorifiée et personnalité plus touchante et introvertie.
Avec Unapologetic, la barbadienne délivreune
oeuvre hautement schizophrène à la puissance calculée et savamment
délivrée. La star propose en réalité deux albums en un : un premier qui
va de la piste d'ouverture à la septième et un deuxième de la huitième à
la dernière. Pour un résultat sensiblement différent. En introduction,
l'ensemble est fait pour danser : ouvert et fermé en collaboration avec
le célèbre - et nullissime - David Guetta, ce volet assène des beats
sans intérêt compressés dans des styles dubstep, électro et urbains.
Refrains faciles, mélodies fleurant bon le marketing, featuring
profitables, Rihanna met en scène ses aspects les plus fumeux et son
esthétique la plus évidente. Impersonnelle, elle se présente comme la
chef de file d'un mouvement power girl un peu nauséabond où la sincérité
demeure étouffée dans un mélange poisseux entre une efficacité
manifeste (Diamonds, Power It Up, Right Now) et une tonne de niaiseries
exacerbées (Jump, Loveeeee Song).
L'étiquette commerciale bien
collée et justifiée, l'artiste peut alors prendre un virage aussi bien
déroutant qu'inattendu. La deuxième partie de l'album paraît en effet
beaucoup plus personnelle, moins tambourinante et forcément plus
intéressante. La chanteuse épure son style dansant, parfois à l'extrême,
parfois avec brio comme avec le très surprenant enchaînement What Now
et Stay ou avec le titre minimaliste mais brillamment composé Love
Without Tragedy - Mother Mary, véritable symbole d'un disque coincé
entre deux aspérités. Rihanna et son entourage s'inscrivent dans une
démarche plus sensible qui ne convainc pas toujours mais qui amène
l'auditeur vers une reconnaissance méritée.
Seulement, avec autant d'auteurs à sa botte, Unapologetic reste une oeuvre fondamentalement creuse et dénuée d'originalité voir de passion. La production extrêmement lisse tire vers le bas certains titres prometteurs. Un peu effacée, la chanteuse délivre un opus rémunérateur - la présence d'Eminem et surtout celle de Chris Brown - mais bien peu excitant. Comme une provocation passée dans le domaine public.
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