vendredi 22 février 2013

Foxygen (3,5/5) : Sing this all together



Habituellement, on appelle "revival" la résurgence voir la résurrection d'une mode, d'un mouvement artistique ou d'une musique symbolique. Largement répandue à notre époque, cette idée se nourrit pourtant de contradictions et multiplie les contradicteurs : comment faire du neuf avec du vieux ? Comment éviter la pâle copie et les références immenses, illustres, incontournables ? Les White Stripes et dans une moindre mesure Oasis avaient réussi à faire taire les critiques. Mais la mouvance n'est plus au retour d'un rock pur. Au contraire, celle-ci penche vers le psychédélisme. L'année dernière, Tame Impala imposait son style rétro en y incorporant quelques éléments futuristes. A Foxygen de jouer maintenant. 

Deuxième album en deux ans pour ces californiens qui puisent clairement leurs inspirations chez les Rolling Stones période Satanic Majesties Request - le plus psyché disque des anglais -, surtout dans les voix semblables à un Mick Jagger des plus survoltés. Un peu rebutant aux premiers abords, We Are The 21st Century Ambassadors Of Peace & Magic délivre pourtant une dizaine de surprises savoureuses tout en possédant conjointement la folie d'un MGMT version Congratulations et la grâce enchanteresse des mélodies de la côte ouest américaine. On passe sans peine de l'électricité la plus possédante (l'excellent On Blue Mountain) à la comptine pop la plus exquise (la magnifique San Francisco et son refrain entêtant). Alors oui, les têtes pensantes Jonathan Rado et Sam France font les fonds de tiroirs (No Destruction, Oh No 2 aux relents Beatles) mais ils procurent à l'auditeur un plaisir mélancolique, joyeux et agréable. Aucune imagerie révolutionnaire, plutôt une grande capacité d'écriture et un savoir-faire totalement manifeste. En piochant dans l'univers sixties et british, tout en accordant une esthétique américaine à des pistes remarquablement produites entre classe et crasse, le duo Foxygen réussit un tour de force impressionnant. Le revival retrouve ses lettres de noblesse. N'en déplaise aux sceptiques. 

L'opus s'inscrit finalement comme l'un des moments les plus intéressants de ce début d'année. Joliment maîtrisé, We Are The 21st Century Ambassadors Of Peace & Magic livre de façon intelligente de nombreux titres fabuleux teintées d'étonnement. Entre passé et présent, il devient doublement efficace. Et forcément lumineux.

jeudi 21 février 2013

Darwin Deez (1/5) : Une oeuvre (encore) ratée



Apparu en 2010, avec un album éponyme - très - fortement inspiré par les Strokes et les escapades solos du talentueux guitariste Albert Hammond Jr, le compositeur Darwin Deez proposait alors une oeuvre sans originalité, seulement gentillette et ne faisant que reprendre gauchement les standards indie-rock du début des années 2000. Malgré une qualité somme toute relative, l'opus a connu un intéressant succès d'estime permettant à son auteur d'obtenir une certaine visibilité à travers le monde. 

Deuxième essai trois ans plus tard et nouvel échec avec un Songs For Imaginative People monstrueusement débectant et franchement sans intérêt. L'ensemble est d'une lourdeur assez impensable et se double d'une esthétique assommante aux structures éclatées. La production s'écoute comme un véritable supplice tant les chansons paraissent, au choix, mollassonnes ou véritablement dégoulinantes de sons électroniques mal maîtrisés et fortement désagréables. Le new-yorkais oublie complètement ses élans pop certes copiés mais au moins sautillants et effectue un affreux virage à 180°. Maintenant, les morceaux s'enchaînent de façon grasse et grossière, sans autre lien qu'une médiocrité manifeste. Même la voix nonchalante, presque "casablanquesque" de son précédant travail semble désormais éclipsée et paraît remplacée par des intonations futiles, hésitantes, caverneuses. Aucun moment ne relève le niveau. Pire, Darwin Deez creuse sa propre tombe en écrivant quelques horreurs comme Free (The Editorial Me), HUMAN, Good To Loose ou Moonlit. Les craintes sont désormais avérées : le chanteur n'est qu'un mirage dans un paysage musical foisonnant. 

L'auditeur peut bien faire tous les efforts d'imagination consentis, il se retrouve inévitablement devant un constat plus qu'implacable : le disque n'est qu'une succession de pistes indigestes, sans force, sans puissance et sans plaisir. Songs For Imaginative People est à ranger dès à présent aux oubliettes. Et s'inscrit déjà comme l'un des plus beaux ratés de l'année.

dimanche 17 février 2013

Numéro 1 ITunes Indochine (3,5/5) : Toujours au sommet



Amour de jeunesse, passion adolescente, Indochine dans l'inconscient populaire, c'est un peu ce groupe qu'on a aimé, qu'on a adoré détester et qu'on idolâtre désormais. La formation légendaire est revenue de nulle part avec un Paradize assez prodigieux pour retomber dans des travers miséreux avec un République des Meteors complètement désastreux. Concept raté autour de la guerre accompagné de paroles caricaturales, sans intérêt, frôlant le ridicule, l'album semblait annoncer une fin imminente. Et si Sirkis et sa bande avait déjà tout dit, tout fait, tout vu ? Alors, lors de la sortie de Black City Parade, l'excitation a laissé place à l'appréhension. Un douzième opus ayant pour thème la ville, les grands espaces, l'urbain qui s'écoute heureusement comme un redoutable retour en grâce.

Musicalement, le disque est simplement excellent, parfaitement agencé, savamment orchestré et apporte une fraîcheur non négligeable dans une carrière foisonnante. Le son demeure plus massif, étayé par une production impeccable mettant en relief chaque instrument et chaque nuance. Au cours de ces quatorze titres, on pense souvent à Un Jour Dans Notre Vie mais dans une version beaucoup plus moderne, actuelle et électronique. Adieu le piano clair issu de Dancetaria, ici les machines apportent des gimmicks envolées et des nappes synthétiques subtiles, intrigantes et justement adossées à l'esthétique proposée. Berlin et la post new-wave semblent omniprésentes tant au niveau d'une rythmique froide mais lourde qu'au niveau de guitares rondes, entraînantes et moins crasseuses qu'à l'époque Alice & June. Black City Parade sonne comme une formidable oeuvre possédant de nouveau une imagination débordante : enfin le duo Sirkis/Olivier Gérard redevient intéressant bercé par des élans pop et des aspérités indé. Des chansons comme College Boy, Wuppertal, Nous Demain, Belfast ou le sublime Traffic Girl (en collaboration avec Lescop) paraissent taillées pour la scène, domaine où Indochine a toujours excellé. Et elles se suivent comme une succession de moments rares que l'on pensait oublié.

En ce qui concerne les textes, même si une amélioration est manifestement notable, Nicola Sirkis peine néanmoins à retrouver ses talents de parolier. Mieux construits, ils n'évitent pas toujours l'écueil de la répétition et de la facilité. On retrouve péniblement l'accumulation de rimes en "a", la multiplication de références sexuelles un peu lourdingues vues et revues et une construction syntaxique des plus alambiquée. Seulement, la voix si charismatique du leader historique ne déçoit pas : plus grave qu'à l'accoutumée et moins perdue dans des aiguës compliquées, elle convainc pleinement et retrouve des couleurs.

Finalement, après quelques sueurs froides, le vaisseau indochinois (re)tient son rang avec brio et justifie pleinement son statut de fer de lance du rock français. Au point même d'espérer de nombreux concerts parisiens.

Film de la semaine : Lincoln (4/5) !



Steven Spielberg, accessoirement roi d'Hollywood, présente un nouveau film a priori éloigné de ce qu'il est habitué à faire. Après les plutôt décevants Tintin et War Horse, il s'attèle à un sujet historique, plus sérieux et plus ambitieux : un biopic sur Lincoln, qui se concentre sur le vote du treizième amendement aux Etas-Unis (l'abolition de l'esclavage) et la fin de la guerre de Secession. A croire que la politique à le vent en poupe ces derniers temps dans le cinéma américain (Django Unchained et Zero Dark Thirty).

On a beau l'attendre au tournant, Spielberg sait se montrer efficace et surtout il ne tombe pas dans certaines facilités (le discours de Gettysburg ou la mort de Lincoln assez justement éludée). Le film commence par un combat dans la boue : les soldats ont de l'eau jusqu'aux genoux, et cela annonce d'emblée le projet de faire un film qui ne s'inscrit pas dans un classicisme hollywoodien de l'éloge. La politique, tout comme ces combats, n'est pas léchée et toutes les combines semblent bonnes pour arriver à ses fins. Lincoln est assurément un des présidents américains les plus appréciés. Alors qu'il est habituellement représenté comme un homme à la stature imposante, baigné dans une aura puissante, Daniel Day Lewis (incontestablement un de ses grands rôles) lui donne une voix fluette, fragile et en fait un président acculé par le poids du temps qui n'hésite pourtant pas à se mettre à genoux pour remettre du bois dans la cheminée.

Un des grands points forts dans la représentation de la stature lincolnienne est le mélange de l'Histoire avec les petites histoires. Si Lincoln est l'acteur principal de la grande Histoire en train de se dérouler, il est aussi le conteur des petites histoires, ainsi que de blagues (qui l'eut cru ?) apparemment inoffensives, qui peuvent parfois valoir comme métaphores. Et c'est ici que le personnage acquiert une certaine dimension qui le descend de son piédestal, chute qui est également due au désenchantement politique. Lincoln, si grand soit-il, est obligé de passer par des moyens viles et condamnables pour parvenir à ses fins, dévoilant ainsi le mensonge politique. 

En collaboration avec son directeur de la photographie, Spielberg nous en met plein la vue en ce qui concerne le travail des images, que ce soit sur le cadre et les lumières. En effet, dans la chambre de Lincoln, le président est sans cesse baigné d'un halo lumineux dès qu'il s'approche de la fenêtre : une lumière forte et diffuse à la fois qui permet de repenser à cette scène au début du film, lorsque le président raconte son rêve à sa femme en lui annonçant qu'il a le sentiment d'être sur un bateau (les Etats-Unis ?) naviguant sur la mer (l'Histoire ?) et qu'il voit au loin une lumière (le treizième amendement ?) vers laquelle il ne peut s'empêcher de se diriger. La faiblesse du film réside dans sa grande américanité : difficile de bien comprendre les enjeux en étant européen. Ainsi l'opposition entre républicains et démocrates n'est pas immédiatement assimilable par la comparaison française de « droite/gauche », même si l'on retrouve certains poins communs. Certains personnages semblent caricaturaux et certains traits paraissent forcés (voire artificiels) ce qui n'empêche pas au film de se tenir. Seulement on constate une des limites d'un cinéma hollywoodien parfois incapable de complexifié de nombreux aspects. 

En définitive, il s'agit tout simplement d'un (très) bon Spielberg qui relance le réalisateur dans une veine où il a encore des choses à dire, à défaut d'avoir des choses à prouver. Le thème de la famille, si cher au réalisateur, passe au second plan, bien qu'il permette de mieux rendre l'émotion en évitant l'abondance de pathos.

samedi 16 février 2013

Notons la Télé (NTL) : The Voice (2/5)



C'est quasiment un phénomène de société. En seulement une saison, The Voice s'est imposé comme l'un des rendez-vous incontournables de l'année. Les deux premiers épisodes ont réunis 9,3 et 8,8 millions de téléspectateurs. Des chiffres exceptionnels, proches des 40% de part de marché qui offrent un souffle nouveau à TF1 en lui permettant, accessoirement, d'écraser la (faible) concurrence proposée par France Télévisions et M6. Pourtant le programme n'est qu'un simple télé-crochet dans lequel l'innovation et la créativité ne sautent pas directement aux yeux.

D'une part le choix du jury - et l'adhésion qu'il emporte - paraît curieux. Autour de Nikos Aliagas, excellent dans son rôle de maître de cérémonie, se trouve quatre chanteurs professionnels d'horizons et de styles différents : Jennifer, Florent Pagny, Garou et Louis Bertignac. Certes, ces vocalistes n'ont plus rien à prouver et il est toujours fort agréable de voir un concurrent être juger par un homme ou une femme connaissant les rouages du métier. Mais quelle mollesse dans les interventions ! Pas vraiment jury, pas vraiment coach, faussement amical, les conseils ou les - timides - attaques sentent littéralement le préparé, le mielleux et parfois même le condescendant. 

C'est d'ailleurs le reproche principal que l'on peut faire à l'émission : tout demeure calculé, orchestré. Rien n'est vraisemblable et toute la partie mettant en lumière le casting - ou le recrutement, c'est selon - ne se voit que comme un vaste écran de fumée. Le recours à l'enregistrement accentue ce point : la production sait qui elle souhaite recruter et chaque juré connait ses principales cibles. On perd logiquement ce sentiment tenace lors des directs où le choix du public reste souverain comme le prouve la victoire surprise de Stephan Rizon l'année dernière. 

Les candidats parlons-en tiens ! Le jury ne les voit peut-être pas mais nous on les entend. Et pas qu'un peu. C'est largement la fête à la puissance. Les gorges sont déployées et les décibels flottent dans un univers insupportable. On ne cherche décidément pas la plus belle voix mais la plus forte. Aucune nuance, aucune émotion, aucun charisme : ça crie, ça hurle et c'est généralement désagréable notamment lors des fameuses "Battle". A côté de La Nouvelle Star, le programme fait vraiment pâle figure. D'autant plus que les arrangements des morceaux frôlent très souvent le ridicule. 

Finalement, le succès de The Voice s'explique peut-être par les moyens impressionnants mis en œuvre par TF1. Les scénarios sont bien ficelés et il est difficile de se détacher d'un épisode. Pourtant, l'émission n'est pas la révolution annoncée. Trop de défauts gâchent le plaisir et les candidats ne sont véritablement pas à la hauteur de l'événement. Le présent le montre : les vainqueurs internationaux du télé-crochet peinent à se faire un nom. Le spectacle plutôt que le talent : The Voice et TF1 étaient fait pour se rencontrer.

Les dix meilleures chansons des Killers



Il y a presque un an, personne n'aurait misé un centime sur un retour en fanfare de ces américains venus de Las Vegas. Chaque membre voguait - plus ou moins bien - en solo et les rumeurs de séparation devenaient persistantes voir attendues. Même l'annonce déroutante d'un nouvel album intitulé Battle Born n'apportait pas un élan d'enthousiasme. En effet, plusieurs fans avaient été déçu par un Day & Age très en rupture et en expérimentations surprenantes. Et pourtant, ce quatrième disque studio s'impose comme une franche réussite. Un son massif, une voix gigantesque, une rythmique dévastatrice et une créativité manifeste permettent aux Killers de retrouver une place de choix dans le paysage musical mondial. Leur concert - presque complet - au Zénith de Paris, le 12 mars, sera la dernière étape de ce renouveau magnifique. On fait confiance à Brandon Flowers et à sa troupe pour proposer les meilleurs moments d'une carrière riche en tubes. Retour sur dix morceaux extrêmement marquants et fédérateurs :

10 - Flesh & Bones (Battle Born)
9 - Runaways (Battle Born)
8 - This River Is Wild (Sam's Town)
7 - Jenny Was A Friend Of Mine (Hot Fuss)
6 - When You Were Young (Sam's Town)
5 - Spacemen (Day & Age)
4 - Bling (Confessions Of A King) (Sam's Town)
3 - Mr Brightside (Hot Fuss)
2 - All These Things That I've Done (Hot Fuss)
1 - Read My Mind (Sam's Town)

Bonus : Tidal Wave (Day & Age Bonus Track)

Dernièrement, Flowers a annoncé la sortie prochaine d'un second album solo. Retour des tensions ? L'avenir nous le dira. Avant, le public profitera de ce concert du 12 mars qui devrait être impressionnant. THIS sera présent et vous fera part de ses impressions. A suivre donc !

vendredi 15 février 2013

Foals (3,5/5) : Le talent toujours présent



En seulement six ans, Foals s'est imposé comme une référence majeur dans le paysage musical. Avec tout d'abord un excellent premier album intitulé Antidotes qui faisait, à l'époque, figure de véritable ovni. Le style math-rock des compositions et la folie déployée en concert permettaient au groupe de se faire connaître et d'investir les plus grandes salles et les plus grands festivals européens. Avec leur second opus, Total Live Forever, la fibre créatrice gagnait en maturité et en profondeur tout en délivrant quelques moments de pure perfection. Entre accalmie et puissance, ce son venu d'Oxford détenait la force des formations les plus novatrices. 

Passé l'effet de surprise, les cinq membres sont désormais attendus au tournant. En France comme ailleurs. Généralement, le troisième album s'écoute comme une voie vers le futur et indique les prémices d'un changement. Dans cette optique, Holy Fire déçoit un peu. L'esthétique redondante, électronique et mécanique ne surprend plus vraiment. D'autant plus que pour masquer ces répétitions maladroites, les musiciens jouent sur des saturations assez malvenues. Le single Inhaler en est le parfait exemple : plus dur, plus massif, il perd en saveur et en impact. De pistes en pistes, Foals abuse de ce procédé (Everytime, Providence ...) si bien qu'aux première écoutes, la qualité des mélodies ne sautent pas directement aux yeux. Et pourtant, (presque) encore une fois, Yannis Philippakis et sa bande parviennent à nous convaincre. Notamment sur un enchaînement, beaucoup plus aérien, Out Of The Woods/Milk & Black Spiders où tout le talent manifeste du groupe explose littéralement. Grâce également à une rythmique toujours aussi décapante. Ce besoin d'attiser une attente décuplée face à plusieurs envolées hautement jouissives est décidément une marque de fabrique chez eux. Ils distillent ainsi, de manière sporadique, des petits instants à la fois subjuguants et profondément exceptionnels. 

Le désir de transformation est en gestation constante dans ce disque. En attendant une nouvelle révolution, Foals délivre aisément quelques titres côtoyant le génie mais aussi la facilité. A l'usure, Holy Fire se révèle être une oeuvre finalement intéressante et bien au-dessus de la moyenne. A la faveur d'une aura grandissante, les petits prodiges anglais bouclent un triptyque de grande qualité. Il ne faudrait pas néanmoins qu'ils se reposent sur des compétences évidentes mais désormais trop explorées.

mercredi 13 février 2013

Focus : L'avenir de La Femme



La France manque de talent ? Elle possède pourtant un groupe assez incroyable. La Femme, c'est un peu le nouveau phénomène de la scène musicale : contemplatif, foisonnant, immense et très visuel. Déjà sur leur précédant EP, les différents membres avaient explorés les alentours d'une pop survitaminée, piochant aussi bien dans la culture populaire que dans des références discrètes et parfaitement utilisées. Une chanson comme Télégraphe portée par l'histoire qu'elle raconte en est le parfait prototype : un rythme extrêmement new-wave, des voix presque incandescentes faussement en retrait et des mélodies empruntées aux eighties et arrangées à la sauce moderne. 

Difficile d'accès puis franchement exaltants, les titres du groupe possèdent cette profondeur propre aux plus grands stratèges. Et après des tonnes de concerts - dont un au Festival des Inrocks - et une virée prometteuse aux Etats-Unis, la formation revient en ce début d'année 2013, toujours sous le même format, mais en poussant encore un peu plus loin l'expérimentation. Si les morceaux paraissent mieux produits, mieux maîtrisés et encore plus intelligents, c'est dans leur esthétique que la transformation est la plus frappante. Pour promouvoir la sortie de ce mini-album, La Femme propose à son public un véritable court-métrage rappelant les heures les plus kitsch du cinéma d'horreur. Avec courage, folie et réussite. De plus, musicalement l'enchaînement La Femme/Hypsoline est intéressant, peut-être encore plus mélodieux que les précédentes compositions. Et annonce, un prochain opus des plus savoureux. 

Avec une telle imagination, nos petits français sont l'une des nombreuses surprises à suivre de très près. S'ils ne s'égarent pas et parviennent à obtenir une plus grande exposition - leur signature chez Barclay devrait les aider -, ils pourraient même devenir un des groupes majeurs dans les prochaines années. On retourne sur la planche (ou dans le sable) avec eux quand ils le désirent. Sans s'arrêter de danser ou de frétiller devant un travail si minutieux.

lundi 11 février 2013

My Bloody Valentine (2/5) : Un regrettable retour



1991. Le style shoegaze vient de trouver son pionnier et arbore ses plus belles lettres de noblesse. Avec Loveless, My Bloody Valentine vient de toucher au but. Unanimement salué, l'album s'impose un succès incroyable, l'une des pièces maîtresses de l'histoire musicale. Même sans en être fan, le travail du groupe est absolument dantesque, sidérant mais surtout novateur. Après un tel engouement, la formation semble partie vers les sommets. Une signature chez une major, une entrée en studio, une impatience perceptible et sans explication une complète disparition. Le leader Kevin Shields ne donne plus aucune nouvelle et les aficionados se préparent à une longue attente.

Pourtant, en ce début 2013, après de nombreuses rumeurs, une suite est (enfin) annoncée. Il aura fallu 10 ans à Shields pour se remettre au boulot. Disponible sur internet, le disque se nomme sobrement MBV. Et s'inscrit comme l'une des plus grosses déceptions de l'année. Au fil des écoutes, il faut reconnaître que les sentiments prédominants changent régulièrement : d'abord porté par l'excitation, les mélodies indé parviennent à convaincre un auditeur comblé notamment avec un New You appliqué et exaltant. Malheureusement, l'opus ne tient pas du tout la cadence. L'ensemble des morceaux s'imbrique dans un tourbillon assez brouillon de sons mollassons, un peu cliché et sans la touche d'inventivité propre à My Bloody Valentine. L'enchaînement Only Tomorrow/Who Sees You s'entend par exemple comme un épuisant voyage dans l'esthétique des années 90. Sans le charme, sans la fougue et sans le talent d'autrefois. Clairement, les titres de MBV sonnent plus comme des faces B de Loveless que comme de réelles compositions. 

En une décennie, le groupe est devenu absolument culte et l'aspect précurseur de leur oeuvre a forgé la culture musicale de bons nombres de musiciens. Au détour de ces neuf chansons, rien ne transparait à part un sentiment tenace et amer de profond désenchantement. On pensait (re)vivre une formidable révolution et on se retrouve face à une simple maquette rigoureusement bâclée et affreusement nébuleuse à la fois dans les voix mais aussi dans la production. 

Lorsqu'un mythe forge sa légende, un retour n'est jamais bon signe. Mais avec seulement deux albums publiés par le passé, l'imagination et la créativité pouvaient être au rendez-vous. Sans souffle et sans intérêt, MBV retourne alors d'où il vient. Dans un oubli plein d'amertumes et de regrets.

samedi 9 février 2013

Numéro 1 ITunes La Fouine (1,5/5) : Les abysses du succès




Ces derniers temps, l'actualité du rap français, c'est un clash un peu organisé entre trois des ténors des ventes de disques. La guerre semble déclarée entre Booba, Rohff et La Fouine. Un triptyque insultant fait de vidéos postées sur Youtube, de réponses, de contre-réponses, d'attaques en tous genres, de casiers judiciaires dévoilés et d'agressions à balles (vraiment ?) réelles qui déchaînent la toile et les fans de chaque artiste. Joli coup de pub - involontaire ou non - pour la sortie d'un album qui se classe directement à la première place du classement ITunes.

Décidément, La Fouine et le reste savent orchestrés les joutes les plus vendeuses mais aussi les plus ridicules. En jetant un coup d'oeil sur des chansons souvent écrites en cinq minutes, le niveau des uns et des autres est tellement bas que l'auditeur lambda en reste pantois, perdu devant ses querelles de cour de récréation visuellement dangereuses. 

A part ça, le rappeur revient après deux ans d'absence avec un nouvel opus intitulé Drôle de Parcours. En effet, le natif de Trappes met en scène sa vie, ses aléas, son passage de la délinquance à la musique. Premièrement, et c'est un fait, l'album en fond sonore demeure agréable. Au contraire d'autres oeuvres du même type, il paraît mieux orchestré, plus en nuances entre les morceaux calmes et les morceaux hardcore. Les parties de piano étonnent et La Fouine n'hésite pas à délaisser quelques fois le rap pour une voix claire (ou auto-tunée) pas si inintéressante (Fatima, Essaie Encore). Il n'est pas rare d'éprouver certains plaisirs devant une rythmique un peu plus étudiée et un sens de la mélodie plus poussé. Malheureusement, ces éléments ne dépassent pas le stade de la surprise. Dès que l'on tend l'oreille un peu plus sérieusement, l'ensemble s'étiole de manière évidente. A une vitesse hallucinante. La production manque véritablement de cohérence, certains titres sont sans profondeur (Redbull & Vodka, Donne-Moi, Ma Meilleure ...), et le tout est porté, encore une fois, par des textes affreusement paranoïaques et dénués d'intérêt. Très premier degré, sans l'humour de ses concurrents, le rappeur assène des lyrics sans construction, partant dans un sens ou d'un autre et proposant une esthétique un peu dérangeante. 

Mais le problème majeur réside dans la longueur du disque. Sans les bonus, Drôle de Parcours dure environ 1 heure 10. Et ceci n'est pas une caractéristique propre à La Fouine. Ce manque de concision tire irrémédiablement le rap français vers le bas. A toujours vouloir en faire plus, à montrer que l'on est meilleur que l'autre, le résultat est totalement inverse. Harassant, ennuyeux et épuisant, l'oeuvre n'accorde que de la souffrance à celui qui l'écoute.

Avec autant de défauts, l'album s'échoue dans sa volonté de convaincre. Ce qui ne l'empêchera pas de connaître un succès populaire. Encore une fois.

Les dix meilleures chansons de Depeche Mode !



Depeche Mode fait parti de ces groupes absolument mythiques réunissant aussi bien les spécialistes les plus pointus et le public le plus large. En plus de trente ans de métier, la formation a presque tout connu : les premiers succès pop-new wave, les expérimentations sombres, les querelles internes et même la mort clinique de son chanteur hautement charismatique Dave Gahan pendant quelques minutes. Heureusement, revenu de nulle part, le trio (Gahan mais aussi le célèbre compositeur Martin L. Gore et Andrew Fletcher) parvient à maintenir un niveau exceptionnel en studio et sur scène. Leur dernière tournée fut à ce titre assez fantastique, extrêmement visuelle et profondément puissante. La carrière des anglais est semée de tubes gigantesques comme le prouve ce classement réunissant leur dix meilleures chansons :

10 - Home (Ultra)
9 - Policy Of Truth (Violator)
8 - Wrong (Sounds Of The Universe)
7 - It's No Good (Ultra)
6 - Precious (Playing The Angel)
5 - Dream On (Exciter)
4 - World In My Eyes (Violator)
3 - A Question Of Time (Black Celebration)
2 - Enjoy The Silence (Violator)
1 - Walking In My Shoes (Songs Of Faith And Devotion)

En ce début d'année, un nouveau clip intitulé Heaven a fait son apparition. Calme, presque lunaire, le groupe joue sur les ambiances et met en avant la voix de son leader. On était objectivement plus emballé par le titre In The Studio publié fin 2012. La sortie de Delta Machine devrait être néanmoins un événement majeur dans les prochains mois. Sorti le 26 mars 2013 !

jeudi 7 février 2013

Local Natives (2,5/5) : La pop monotone



Gorilla Minor avait fait l'effet d'une bombe. Les membres de Local Natives parvenaient à réinventer une pop maintes fois explorées en l'imbriquant dans un lyrisme harmonieux et enrobé. Du moins, c'est ce que la presse internationale proclamait à longueur de pages. Dans les faits, la féérie est toute autre. Les ambiances demeuraient un peu mollassonnes et les voix étudiées ne provoquaient qu'à de très rares occasions une émotion pourtant nécessaire. Le groupe ne semblait marcher que dans les pas d'une autre formation idéalisée à savoir Grizzly Bear.

Avec Hummingbird, malgré une volonté réelle et manifeste de réorchestration, le constat reste affreusement le même. Tout est beau, angélique, propre, agréable. Mais quel manque de profondeur, d'audace, de véritable prises de risques ! L'album ne dure que 45 minutes, mais il en parait le double tant le rythme est linéaire, monotone, tellement centré sur l'esthétique qu'il en perd le fil de la cohérence. Musicalement, il n'y a pourtant pas grand chose à dire : les mélodies sont plutôt bien trouvées et les arrangements assez bons mais cela reste beaucoup trop en surface. L'exploration, la recherche, l'inventivité paraissent être absent du vocabulaire de nos quatre américains. Seul Three Months apporte un souffle nouveau, plus obscur à un travail qui traîne horriblement en longueur. A côté de cela, le disque n'offre qu'une grande et magnifique répétition d'envolées un peu maladive. A trop vouloir toucher les étoiles, Local Natives abandonne son auditeur dans des méandres un peu nauséeux et fortement ennuyeux. Qui plus est, quand les voix accentuent un scénario qui ne cesse de décevoir. 

L'effet de surprise est désormais passé. Hummingbird s'inscrit (déjà) comme un album du passé. Rien de nouveau, une recette édulcorée, des passages mignons - pour ne pas dire barbants - et le tour est joué. Taylor Rice et sa bande, sauveurs de la pop ? Par pitié, non merci !

mercredi 6 février 2013

Film de la semaine, Zero Dark Thirty !



Kathryn Bigelow revient sur le thème de la guerre des Etats-Unis menée au Moyen-Orient après l'avoir déjà en partie traité dans Démineurs en 2008. Cette fois-ci, l'histoire ne se situe pas en Irak mais en Afghanistan et le sujet n'est autre que la traque du célèbre terroriste Oussama Ben Laden. Sujet politique s'il en est.

Le parti pris est tout à fait affirmé en accordant son rôle principale à une femme, en l’occurrence l'excellente Jessica Chastain. Elle est l'instigatrice des missions et toute l'opération (ainsi que le film) repose sur ses épaules. C'est à se demander comment une femme de bureau plus que de terrain parvient à élaborer une stratégie efficace pour capturer l'homme le plus recherché du monde. Le film se développe en spirale à travers la répétition des mêmes manœuvres : il s'agit toujours d'une certaine traque malgré les quelques variations. La réalisatrice nous épargne tout de même un bon nombre de journées infructueuses (l'ellipse narrative saute allègrement plusieurs mois). Ce qui semble être grossièrement sous entendu ici, c'est la longueur de cette recherche ; pour ne pas sombrer dans un film d'action trop masculin, ou viril, Bigelow n'hésite pas à allonger son récit, peut-être dans une optique de réalisme et ainsi noyé l'action dans l'administration et la tactique. D'ailleurs cet aspect réaliste sombre rapidement dans l'indigeste. Que ce soit par l'effet caméra portée ou par les personnages somme toute assez caricaturaux (les militaires ne brillent jamais par leur intelligence ou leur ruse : ils ne sont jamais qu'armes et muscles) le réalisme ne convainc jamais : il pèche soit par abondance soit par défaut. Comparé au plutôt réussi Démineurs, l’esthétique est moins forte : dans son précédent film la caméra portée permettait d'être au plus près du danger et du suspens en accompagnent les démineurs. Ici aucune tension de ce genre, et même un arrière goût de reportage télévisuelle à certains moments.

La séquence la plus réussie parce que la plus inventive est l’introduction. Tout simplement une image noire et comme fond sonore des appels désespérés des victimes du 11 septembre : une charge émotionnelle forte et sans image. L'économie picturale permet au pathos d'accéder à une certaine ampleur. Un incipit intense que le reste du film ne parvient pas à prolonger. Le plus grand drame étant pour Dan (Jason Clarke), associé militaire de Maya, la libération des singes qu'il gardait en captivité et qu'il chérissait comme un refuge. Ici se décline un certain paradoxe que Bigelow prend soin de poser : les militaires américains n'éprouvent aucun scrupules lors de la torture d'arabes (violente et toujours ostensible) mais ils ne sont pourtant pas dénués de sentiments. Bigelow pense appuyer où ça fait mal en dénonçant un secret de Polichinelle : la guerre fait commettre des actes horribles et répréhensibles. La seule critique qu'elle semble avoir trouver à faire aux américains (gouvernement comme armée) porte sur leur méthode, ce qui est bien mince compte tenu des nombreux débats qui ont eu pour sujet ces attentats du 11 septembre et l'intervention violente des Etats-Unis au proche Orient. Autrement dit, le discours du film n'est pas si dérangeant qu'il semblait pouvoir l'être au premier abord puisque rien n'y est vraiment révélé. Présenté comme un film historique, politique voire parfois subversif l’œuvre déçoit forcément car elle ne respecte aucun de ces engagements. Il subsiste toutefois une formule hollywoodienne qui fonctionne et malgré les 2h30, l'ennui ne pointe que rarement le bout de son nez. 

Un film servit par une actrice qu'on a connu en meilleure forme mais qui parvient à tenir son rôle (pourtant fragile) sans faux pas. En revanche le sujet est loin d'être épuisé et une œuvre plus conséquente serait la bienvenue pour l'exploiter.

mardi 5 février 2013

Concert : Pete Doherty, le mythe effondré



Il y a toujours un doute. Avant de voir Pete Doherty en concert, c'est avant tout l'inquiétude qui prédomine. Est-ce qu'il viendra ? Si oui, dans quel état ? Sera-t-il dans un bon ou dans un mauvais jour ? Au regard de ses dernières performances, l'heure n'est plus à l'optimisme : cet été à la Fête de l'Huma, l'ancien prodige n'avait tenu que neuf petites chansons devant une audience assez médusée. Alors hier, avant de pénétrer dans la salle de la Maroquinerie à Paris pour le premier des deux concerts exceptionnels programmés sur la capitale, on préfère repenser à ses années fastes lorsqu'il tenait, déjà sur un fil, une foule en adoration fascinée par tant de talent et de charisme. Pour se rassurer tout d'abord. Pour ne pas trop le détester ensuite.

En guise de - très - longue introduction, Doherty a invité trois groupes aussi lamentables qu'inutiles. Que ce soit en set acoustique, perdues dans une folk poussiéreuse ou dans un glam-rock inaudible, toutes ces formations proposent le même ennui et englobent la scène d'un sentiment bizarre. Il règne en effet le parfum des soirées médiocres et ratées. Devant tant de médiocrité, l'attente est paradoxalement à son paroxysme. L'ex-Libertines joue sur nos nerfs et ne débarque que vers 22h20 dans un smoking noir affublé de son désormais célèbre chapeau. Un pas dans l'assistance et les craintes prennent malheureusement forme : le dandy est dans un jour sombre, largement alcoolisé, plus proche de tomber que de tenir debout. Les premiers accords joués sur une guitare de plus en plus désaccordée sont exécutés avec maladresse et hésitation. Le compositeur massacre ses mélodies dans une tristesse abyssale. Seul sur scène, Pete Doherty provoque un malaise phénoménale accompagnant ses gestes d'une mélancolie rare, déprimante, profondément dérangeante. Il n'est à ce stade qu'une bête de foire portée par un public un peu voyeur, révoltant et parfois aussi saoul que lui. Pourtant dans ce marasme, les fans restent jusqu'à la fin guettant une improbable éclaircie. Elle vient parfois dans un élan indescriptible : le début de Beg Steal and Borrow, les premières notes de Music When The Lights Go Out ou l'arrivée inattendue d'un Back From The Dead symbole d'un artiste en totale perdition. 1h10, puis le départ. Un simple salut, un moment de doute - encore - et les lumières se rallument. Il n'y aura pas de rappel. On en est presque rassuré. 

Finalement, au cours de sa carrière, le mythe a toujours plus ou moins vacillé. Mais il se rattrapait toujours en invoquant un génie manifeste et un magnétisme exaltant. Aujourd'hui il ne reste plus rien. Ou tout ce qu'on redoutait : un effondrement attendu d'une merveille de la pop anglaise. En attendant l'oubli définitif d'un magnifique affranchi.

samedi 2 février 2013

Les dix meilleures chansons des Strokes !

 
 
Tous les samedis, THIS vous proposera le classement des dix meilleures chansons d'un groupe ou d'un artiste faisant l'actualité. On commence avec les Strokes dont le dernier titre One Way Trigger a fortement divisé les internautes. Parodié, adulé ou rejeté, le morceau déchaîne les passions. Notamment dans la (nouvelle) voix haut-perchée de Julian Casablancas qui est semble-t-il revenu aux commandes de la formation. En effet, les synthés ressemblent étrangement aux expérimentations de sa fabuleuse escapade solitaire, Phrazes For The Young. Le nouvel album Comedown Machine sortira le 26 mars et vous pouvez découvrir la pochette - officielle ? - en illustration. De telles critiques rappellent la sortie du deuxième opus Room On Fire. Sont-elles justifiées ou non ? Seul l'avenir nous le dire mais il est actuellement de bon ton de taper sur les américains après la sortie chaotique mais talentueuse de Angles en 2011. Et pourtant la carrière des cinq new-yorkais est semée de tubes gigantesques et de chansons révolutionnaires. Découvrez alors la sélection des dix plus grands titres de leur carrière :

10 - I Can't Win (Room On Fire)
9 - Take It or Leave It (Is This It)
8 - Taken For A Fool (Angles)
7 - Reptilia (Room On Fire)
6 - Last Nite (Is This It)
5 - Red Light (First Impressions Of Earth)
4 - New-York City Cops (Is This It)
3 - You Only Live Once (First Impressions Of Earth)
2 - Automatic Stop (Room On Fire)
1 - Hard To Explain (Is This It)

Et pour conclure sur ce groupe mythique, une tournée internationale devrait être annoncé très prochainement. Casablancas & Co ont l'habitude de se produire au Zénith de Paris en France. Mais mon intuition me dit qu'une salle plus historique ne serait pas à exclure. A suivre !

Villagers (1,5/5) : La (nouvelle) tentative ratée de O'Brien



Sous ce nom d'emprunt se cache une véritable tête pensante dans la plus grande tradition des auteurs britanniques. L'irlandais Conor J. O'Brien s'inscrit comme valeur montante dans la sphère musicale anglo-saxonne. Magnifique prophète en son pays, le compositeur peine cependant à traverser les mers et à étendre sa folk-pop vers d'autres contrées. Entraperçu au Festival des Inrocks en 2010, le petit prodige n'avait pas franchement convaincu tant la monotonie gagnait chaque minute d'une prestation maîtrisée mais sans saveur. A l'image d'un premier album décevant, redondant, lisse intitulé Becoming A Jackal. 

Trois années se sont écoulées depuis. Mais malheureusement le style reste pompeusement le même. Avec Awayland, le chanteur tente un voyage initiatique fait de nouveaux sons et de nouvelles expérimentations. Pari raté tant l'esthétique demeure semblable. Le disque sombre une fois de plus dans une vague escapade barbante sans idée et sans véritable originalité. L'ensemble semble incontestablement cohérent, étudié, ciselé, subtilement produit mais aussi fatalement vain. Les rythmes mid-tempo n'aident pas à faire décoller une oeuvre caractérisée par de nombreux passages monocordes et vaporeux. Pire, le manque d'imagination transparaît sur quelques titres comme l'horrible boucle acoustique Earthly Pleasure ou l'affreux tournoiement offert par Passing A Message. Pourtant, dans tout ce marasme, l'auditeur distingue de temps à autre quelques agréables chansonnettes permettant de comprendre l'attrait pour un artiste au charisme assez mystérieux. On prête alors une oreille plus accueillante pour un Nothing Arrived plus envolé et profond ou un Grateful Song plus sombre et en rupture. 

Awayland ne répond visiblement pas à toutes nos interrogations. Souffreteux et un peu paresseux, il échoue aux portes de nos frontières. Et pose la question des soi-disant dons de son répétitif leader.

mardi 29 janvier 2013

Focus de la semaine : L'imbroglio Daft Punk



Un album au printemps ? Des concert surprises ? La bande originale de Tron 3 ? Les rumeurs fleurissent mais les confirmations tardent. Personne - à part peut-être le duo et leur entourage - ne sait ce que les membres de Daft Punk nous réservent pour cette année. Et pourtant, les fans sont à cran : dernier opus Human After All sorti en 2005, dernière apparition pharaonique à Bercy en 2007. Puis plus rien. Ou presque avec une BO Disneyland fortement critiquée ou adulée selon les points de vues.

Néanmoins, un espoir survient dès le début de cette année 2013. Le journal Le Parisien révèle la signature d'un nouveau contrat avec la maison de disque Columbia US, filière de Sony. Les Inrocks et le Figaro renchérissent en annonçant pêle-mêle les collaborations de Nile Rodgers de Chic, du compositeur Gonzales, de l'ombrageux Panda Bear tête pensante d'Animal Collective, du bassiste Paul Williams ou de la plus surprenante chanteuse Feist. Mieux, le nouvel album est annoncé pour le printemps prochain. En mai selon le Guardian. De quoi nourrir les fantasmes de bons nombres d'aficionados. Quitte à les décevoir.

En effet, l'ensemble de ces informations est à relativiser. Les sources sont souvent obscures et rien ne paraît décidé. En ce qui concerne les concerts, les contradictions sont encore plus grandes. Certains affirment une tournée des festivals imminente, d'autres glacent l'enthousiasme général en déclarant qu'aucune représentation ne sera programmée en 2013 et quelques voix proclament une venue surprise à Coachella dans les prochains mois accouplée à un show encore très secret dans notre chère capitale.

Comment alors démêler le vrai du faux ? Le probable de l'impossible ? Seul le temps nous le dira. Si un disque pourrait normalement inonder les bacs du monde entier, le reste n'est que simple supposition. Daft Punk soigne sa communication, aiguise son mythe et déchaîne (volontairement ?) les passions. Mais en provoquant une telle effervescence, la qualité de leur travail devra être obligatoirement au rendez-vous. Une autre histoire me direz-vous ...

dimanche 27 janvier 2013

Django Unchained (3,5/5) : Magnifiquement décevant



Il aura fallu du temps à Tarantino pour enfin réaliser un western tant désiré. Mais comme l'auteur de l'excellent Inglorious Basterds ne fait jamais les choses à moitié, il organise tout d'abord son récit à travers un remake de 1965 de Franco Nero puis le plonge dans la période trouble de l'esclavage aux Etats-Unis. Dans Django, la violence habituelle se conjugue désormais et comme chez son prédécesseur avec l'Histoire. L'intrigue s'accomplit alors dans le sud de l'Amérique, univers moite et peu fréquentable, deux ans avant la guerre de Sécession. Pourtant, première scène dans une neige haute, dans un froid glacial. L'horrible condition des noirs américains est déjà mise en scène. Les blancs à cheval, les autres à terre frigorifiés dans une quasi-obscurité. D'un coup, la lumière jaillit et le personnage flamboyant du Docteur King Schultz (Christoper Waltz) apparaît en arrière-plan pour offrir à Django (Jamie Foxx) une nouvelle liberté dans un détournement comique ébouriffant. Pas de doute, Tarantino n'a rien perdu de sa virtuosité. Malheureusement, celle-ci n'est visible que de façon sporadique dans une oeuvre lourde et mal construite.

Indéniablement, le savoir-faire du réalisateur est toujours aussi présent. L'humour fin ou grossier s'imbrique souvent avec justesse et brio dans un déferlement d'actions maitrisées et savoureuses. Deux scènes - parmi tant d'autres - retiennent forcément l'attention : le rire provoqué par l'imbroglio autour des cagoules avant l'attaque de la diligence du Docteur s'impose déjà comme l'un des moments les plus drôles de l'année. Puis l'étouffement, presque la paralysie dans ce court chef d'oeuvre de minutie lors du repas final réunissant les différents protagonistes du film semble être une apogée fabuleuse. En offrant aux spectateurs, la présence d'aussi grands acteurs que Christopher Waltz, Leonardo Di Caprio (éblouissant méchant) ou Samuel L. Jackson (impensable vieux bourru), le metteur en scène appuie sa narration et son univers de génies indépassables. A côté de ces extraordinaires performances, Jamie Foxx fait alors bien pâle figure. Constamment dans la pose, il souffre d'une comparaison cruelle et adosse gauchement la psychologie de son personnage dans une trop grande linéarité. Comme Django dans un face à face avec Waltz, il choisit un costume ridicule pour se représenter. Et sonne comme la mauvaise pioche d'un casting pourtant hallucinant.

Autre reproche évident, la longueur épuisante du film. Il faut presque trois heures à Tarantino pour mettre en place un dénouement attendu, horriblement facile et contemplatif. Il a certes fait la même chose pour Inglorious Basterds mais le rythme était mieux géré, beaucoup plus efficace, moins redondant et plus propre au second degré. Si bien qu'on pourrait penser à un souci troublant dans le montage. Ainsi, le réalisateur tente bien, et avec talent, de réveiller son auditoire en utilisant un déferlement d'explosions, de courses poursuites, de sang projeté, de crânes explosés mais rien n'y fait. Au bout du compte, il arrive un certain ennui face à ces actions annoncés et un sentiment tenace de redite désagréable. La recette s'épuise fatalement : l'ensemble n'impressionne plus et le thème général se couvre d'un drap un peu poussiéreux et craquelé. Tout est un peu plat, un peu harassant, un peu inintéressant parfois. Même le côté historique est bizarrement bâclé en dégringolant dans une caricature surprenante. Enfin, la bande-son volontairement en rupture rappelle et appuie de façon grossière le style de l'auteur sans apporter une deuxième lecture fortement appréciée auparavant.

Django ne s'inscrit finalement que comme un divertissement talentueux mais simpliste seulement porté par le caractère fantastique d'un trio d'acteurs au sommet de leur art. Quentin Tarantino se répète avec regret et réutilise des codes maintes fois explorés - et de bien meilleurs façons - dans d'autres de ses oeuvres. Moins sinueux, moins intelligent, moins implacable, il s'arrête aux portes du grandiose pour achever sa course dans un plaisir immédiat et sans profondeur. Et on ressort de cette épreuve globalement déçu.

samedi 26 janvier 2013

Yo La Tengo (4/5) : Un souffle nouveau



Actif depuis 1984, le trio Yo La Tengo emmené par Georgia Hubley, Ira Kaplan et James McNew revient en ce début d'année 2013 avec un treizième album studio. Au cours de leur carrière, les membres du groupe ont exploré de nombreux styles passant de l'indie-rock le plus basique à la noise pop tout en expérimentant une dream-pop plutôt inspirée. 

Avec Fade, la formation américaine semble vouloir compiler toutes ces influences dans une même oeuvre. Brillantes, les mélodies oscillent entre une folk sommaire et un rock vertigineux tout en révélant une magnifique - seconde - jeunesse qui conjugue les aspérités nouvelles de la pop moderne avec le savoir-faire si particulier des musiciens. Dès les premières notes, l'auditeur se retrouve emporté dans un travail de qualité où les harmonies se répondent avec brio, où les accords possèdent une force sublime et fédératrice. Les rythmes répétés de Ohm, l'envolée de cordes sur Is That Enough, la touche eighties de Paddle Forward, le calme de I'll Be Around, la mélancolie de The Point Of It et la virtuosité des cuivres sur Before We Run sont autant de moments magiques, profondément réussis et subtilement orchestrés. 

Sans cesse, Yo La Tengo frôle le génie sans jamais l'atteindre complètement. Fade est un disque qui se découvre : un peu obscur tout d'abord, il se dévoile petit à petit tout en conservant une part de mystère et de confidentialité. Dans les voix notamment, souvent graves, presque susurrées. Enfin, l'esthétique venue de la Cote-Est de l'Amérique offre un environnement rassurant mais parfois un peu commun qui peut jouer sur le degré d'écoute. 

Mais globalement, la bande propose un opus charmant, bien mené et intelligent. On comprend même leur influence sur une scène new-yorkaise foisonnante et reconnue (Adam Green en tête). 2013 s'ouvre sur un souffle nouveau. Et sonne comme une promesse.

vendredi 25 janvier 2013

The Master (4,5/5) : L'envoutante et magristrale imposture



The Master est une histoire de retour(s) et de rencontre(s). Plusieurs réapparitions, plusieurs croisements. D'abord avec son réalisateur : Paul Thomas Anderson n'avait plus tourné depuis l'excellent There Will Be Blood en 2007. Depuis 12 ans, Il tente à de nombreuses reprises de travailler avec le génial Joaquin Phoenix. Volonté accomplie avec un acteur lui aussi revenu de nulle part. Ou plutôt d'un concept raté avec I'm Still Here en 2010. Mais ces thèmes de la confrontation et de l'approche, on les retrouve surtout dans l'intrigue du film : Freddie, alcoolique, violent, psychotique et obsédé sexuel, revient de guerre après s'être battu dans le Pacifique. Au détour d'une marche sans fin, il fait la connaissance de Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman), dit Le Maître, un charismatique leader d'un groupe nommé "La Cause". Le vétéran décide de le suivre et tombe sous sa coupe. 

Pour ce sixième long-métrage, Anderson a mis de côté la grandiloquence de ses derniers travaux et se focalise avec précision sur la relation ambiguë, réciproquement fascinante presque fusionnelle des deux personnages. En se sortant du simple et attendu schéma "domination-soumission", il dévoile, sous les yeux du spectateur à travers l'enchevêtrement de scènes éblouissantes, la mise en place d'une connexion indéchiffrable reposant sur une mutuelle attirance mais aussi une profonde répulsion. Et ici réside le talent du réalisateur : l'histoire est à la fois transparente et totalement hermétique voir mystérieuse. Ainsi, le récit fatalement trouble souligne le traitement singulier d'une mise en scène assez sauvage impliquant indéfiniment une double lecture phénoménale, intelligente, brillante. 

L'interprétation est alors multiple : sous cette rencontre se cache plusieurs zones d'influences symbolisées par le personnage dur, inaccessible et autoritaire de Peggy Dodd (Amy Adams) dont le désir de domination est palpable et parfaitement démontré. Dans cette complexité manifeste, Joaquin Phoenix impressionne par son caractère fabuleux constamment coincé entre une terrible souffrance, une inquiétante férocité et une dérangeante psychologie. Le jeu furieux de l'acteur impose une splendide reconnaissance tant il parvient à retranscrire avec un brio affolant une multitude de sentiments contraires.

En ce qui concerne Lancaster Dodd, la référence à la scientologie - bien que réfutée par le réalisateur - est évidente. Plusieurs scènes subjuguantes rendent compte de la dérive sectaire de "La Cause". Enervements face à ses propres incohérences, discours inventés au fil de la parole, rassemblement autour d'une figure paternelle, charisme décuplé : dans tout ce catalogue Hoffman excelle. La véritable force du film se trouve alors dans son face-à-face récurrent avec Phoenix. L'intrigue est un quasi-prétexte à cette réunion magistrale
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Paul Thomas Anderson transpose à un long-métrage d'une intensité froide, la virtuosité de deux acteurs au sommet de leur art. The Master semble être un objet parfait - peut-être même un peu trop - qui confirme sa maîtrise d'une image impeccable et son contrôle chirurgicale des événements. Porté par une bande-son composée par Johnny Greenwood juste et exaltante, il signe d'une main de maître le formidable portrait d'une Amérique d'après-guerre propre à la folie et à l'imposture. Où l'envoutement demeure superbe et la prise de risque maximale.

mercredi 23 janvier 2013

Focus : Nouvelle Star vs Star Academy, quel vainqueur ?



Décidément les chaînes de la TNT sont de plus en plus ambitieuses. Et l'arrivée en octobre dernier du groupe Canal + dans ce nouveau paysage audiovisuel ne risque pas de changer la donne. Avec D8 et D17, la chaîne cryptée fait une entrée remarquée et réussie dans un environnement florissant. Mais son principal concurrent ne reste pas en retrait : NRJ 12 et ses Tellement Vrai ou Les Anges de la Réalité est encore leader chez les jeunes et les amateurs d'une télé un peu racoleuse et surtout enclin à satisfaire le voyeurisme - ou le second degré - des téléspectateurs. 

Et cette "nouvelle guerre" s'exporte depuis quelques mois sur l'adaptation de deux célèbres émissions sévissant à l'époque sur TF1 et M6. Deux programmes musicaux qui ont déchaîné les passions à une certaine époque. Voir ainsi le retour de La Nouvelle Star sur D8 et de la Star Academy sur NRJ 12, c'est replonger le public dans une nostalgie pas si lointaine et le réhabituer à des formats qui ont connu un succès incroyablement populaire. La répartition est à ce titre plutôt logique : la Nouvelle Star a toujours eu une meilleure reconnaissance que sa concurrente et colle plus à l'image du groupe Canal. En effet, le caractère télé-crochet a toujours davantage plu aux spécialistes médias et culturels que la télé-réalité diffusée par TF1 et réarrangée par NRJ.

A ce titre, la désormais douzième chaîne a semble-t-il tenté une adaptation de la Star Academy en adéquation avec sa grille de programme. Il suffit alors de regarder le sommaire d'une quotidienne pour se rendre compte du décalage entre le concept de l'émission et la réalisation proposée. L'homme à tout faire Mathieu Delormeau n'annonce que des clashs, des amourettes et autres situations dénuées d'intérêt. La musique ? Quelle musique ? Il n'y en que très peu et cela même sur les primes. Les candidats chantent affreusement, les professeurs sont sans charisme et l'animation est plombée par la présence de Tonya Kinzinger, anciennement actrice dans Sous le Soleil. NRJ 12 se concentre uniquement sur la vie des élèves. Au point de devenir une simple télé-réalité dont le prétexte est la chanson. D'où sûrement son succès. 

Chez D8, la Nouvelle Star a subi un très léger lifting. Du moins lors des premières émissions de casting. Dans le jury, on retrouve les habitués, André Manoukian et Sinclair, et deux nouveaux, Olivier Bas et Maurane. Et c'est là où le bas blesse. Lors des primes, les quatre membres sont incroyablement mous et d'une gentillesse parfois troublante. Rappelez-vous ce qui faisait le sel de cette émission : l'intransigeance de Manu Katché, le franc-parler de Marianne James ou le regard souvent juste de Dove Attia. Manifestement, la nouvelle formation n'est pas à la hauteur et distribue trop facilement les bons points. Pourtant, il faut le reconnaître que le niveau est très haut : ça chante plutôt juste et plutôt bien. Certains candidats possèdent même un peu de charisme. On avait plus vu autant de talent depuis la saison 5 et Julien Doré. Un mot enfin sur la présentation avec un Cyril Hanouna très sympathique mais visiblement pas à son aise. Si bien qu'on regrette la présence d'un atout charme aussi élégant qu'une Virginie Efira ou Virginie Guillhaume. 

En définitive, les deux concours historiques de la télévision française ressemblent en réalité comme deux gouttes d'eau à leur diffuseur. Volontairement tendance et parisien pour D8, légèrement putassier et foncièrement jeune pour NRJ 12, avec une préférence majeure pour le premier. Mais une chose est quasiment sûre : aucun des candidats ne fera la carrière qui lui est promise. Demandez à Amandine Bourgeois ou autre Cyril Cinélu.

Hundred Waters (4/5) : La pureté éléctronique



2012 n'a pas encore livré toutes ses pépites. A peine la nouvelle année arrivée que l'on se replonge déjà dans l'ancienne. Avec un plaisir non dissimulé car le groupe retrouvé possède le charme exquis des trésors rares, certes un peu confidentiel mais surtout révélateur d'un talent subtil et rassurant. Hundred Waters à l'aide d'un album éponyme déroutant propose une sorte de mélange phénoménal entre un School Of Seven Bells attachant et sorti des placards, un Four Tet tourné vers la pop et principalement un Animal Collective qui aurait enfin mis une limite à des expérimentations géniales. 

En onze titres et presque trois quarts d'heure, la formation explore des contrées lointaines en les réarrangeant en plages lumineuses, inspirées et exaltantes. Hundred Waters détourne l'électro, la libère, la déstructure parfois, la manie avec un brio affolant, la rafistole à sa guise pour en produire une frénésie de sons assez singuliers sublimée par une voix incandescente et des choeurs harmonieux qui s'inscrivent parfaitement dans la démarche du groupe. Intelligente, la musique des cinq américains développe un univers un peu capiteux, déconcertant aux premiers abords mais qui dévoile sans arrêt aux fils des écoutes sa finesse, son raffinement et son adresse. Au rayon des moments marquants, plusieurs morceaux tirent avec grâce leur épingle du jeu notamment un Visitor très envolé, un Thistle frôlant des influences math-rock, un Caverns d'une émotion troublante de simplicité ou un Wonderboom tout en rythmique sauvage.

Néanmoins, la folle troupe exerce dans un style abstrait et en rupture pouvant à la longue être usant. A trop faire tenir des compositions recherchées sur un fil fragile et à deux doigts de se rompre, l'écriture des musiciens tombe occasionnellement dans un marasme sonore indigeste comme sur l'affreux et harassant And-Or. 

Mais l'album des Hundred Waters est une franche et superbe réussite. Naviguant entre la pop la plus pure et l'électro la plus secrète, le groupe offre une oeuvre saisissante à l'intérêt manifeste. La prochaine fois, on essayera d'être à l'heure pour cette belle découverte.

mardi 22 janvier 2013

Notons la Télé (NTL) : Le Débarquement (3/5)



Cela ressemblait presque à un rêve. Une multitude de star françaises, reconnues et talentueuses s'associait pour une soirée à travers un concept extrêmement ambitieux, volontairement inspiré des talks shows à l'américaine mais légitimement revendiqué comme une production française alliant humour fin et blagues plutôt potaches. Ainsi, Canal + laissait carte blanche à Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Laurent Laffite, Guillaume Canet, Nicolas Bedos et Alex Lutz pour une soirée en direct, unique, exceptionnelle, révolutionnaire selon les propres termes utilisés. Mais finalement, Le Débarquement se relève un peu décevant. 

Le programme s'apparente à un mini-échec. D'abord, comment ne pas souligner le manque de communication flagrant de la chaîne cryptée pour un programme réunissant autant de talents et devant coûter une petite fortune. Aucune publicité, de faibles annonces et une visibilité forcément amoindrie. Les noms, même prestigieux, ne garantissent pas un succès populaire et historique. L'engouement n'a pas jamais été palpable, le désir jamais titillé et l'attente forcément minime. Dommage, car Canal aurait pu et dû faire beaucoup mieux qu'à peine 650 000 téléspectateurs. 

Pourtant, la production avait mis les petits plats dans les grands. Des décors somptueux, une image nette et saisissante : les moyens étaient de sortie et utilisés de manière assez convaincante. Porté par cette brochette d'acteurs, le programme possède un charisme et une personnalité assez rare qui aurait mérité une meilleure reconnaissance. Surtout quand le grand public s'amuse quotidiennement à critiquer l'ensemble des productions bleu-blanc-rouge. Dujardin & co ont véritablement soigné la présentation et pour cela Le Débarquement demeure une réussite visuelle.

Malheureusement, en terme d'humour, ce n'est pas du tout le même niveau. Souvent sauvé grâce aux performances de Dujardin et Lellouche, les sketchs oscillent entre le convenable et le miséreux. Globalement bien joué, il manque une écriture plus profonde, plus concise, peut-être moins délirante. La complicité entre les différents acteurs peut ainsi à quelques occasions mettre le téléspectateur de côté. Mention plus que passable aux gags du restaurant, de la chirurgie esthétique et surtout à la performance délicieusement dérangeante de Nicolas Bedos. En revanche, la pastille sur la fin du monde ou la situation rocambolesque des légumes frôlent le ridicule. 

En définitive, Le Débarquement reste quand même un bon moment et un joyeux et enthousiaste premier essai qui - on l'espère - sera amené à réapparaître épisodiquement sur la chaîne cryptée. L'émission possède un énorme potentiel et ses prises de risques seront à coup sûr récompensées avec peut-être plus de travail d'écriture. Un programme relativement charmant sublimé par des acteurs fédérateurs.

dimanche 20 janvier 2013

Notons la Télé (NTL) : On n'est pas Couché (2/5)



Il fut un temps où l'émission de Laurent Ruquier arrivait à réunir les aficionados des débats télévisés, les adeptes du divertissement, les amoureux d'une formule maintes fois explorés par le présentateur et les spécialistes de l'actualité. Tout ce petit cercle de curieux s'agglutinait le samedi soir - jusqu'au dimanche matin - devant France 2 et son nouveau programme On n'est pas Couché, censé remplacer le non moins célèbre Tout le Monde en Parle du légendaire Thierry Ardisson. Le concept était clair, extrêmement bien rodé et diablement efficace : autour du sympathique et faussement candide maître de soirée, un duo de critiques voir de polémistes assénait sans gêne quelques saillies bien senties à quelques artistes ou politiques peu habitués à un tel traitement surtout sur une grande chaîne public. 

Si la recette reste la même de nos jours, le programme a néanmoins perdu l'essentiel de son effervescence. Deux couples ont permis ce succès soudain et mérité : Eric Zemmour et Michel Polac dans un premier temps puis le même Zemmour et le petit nouveau Eric Naulleau par la suite. Avec de tels intellectuels l'émission était à son sommet et régalait ses téléspectateurs de formules dévastatrices, envolées, souvent pertinentes, parfois de mauvaise foi mais toujours comprises entre une forme d'intelligence et de spectacle. Avec Natacha Poloni et Aymeric Caron, le verbe demeure moins haut, la culture moins imposante, le parler plus balbutiant. Les clashs se font plus rare, les invités moins courroucés. On n'est pas Couché a perdu ce qui faisait sa marque de fabrique tout simplement. 

Le seul moment fort de cette saison reste l'affrontement symbolique entre un Caron remonté et un Eric Naulleau venu ce jour-là présenter son livre. En quelques minutes, le constat est sans appel : le désormais présentateur de Ca Balance à Paris offre une leçon télévisuel à son remplaçant. Pourtant, ce dernier commence à trouver ses marques et semble plus apprécié qu'une Audrey Pulvar embourbée dans une vie sentimentale trop souvent exacerbée et reprochée. Toutefois, Poloni parait plus à l'aise et pose la plupart du temps les meilleures questions.

Mais le véritable problème réside dans la longueur de l'émission. Entre les blagues de Ruquier, les dessins, les tweets, les présentations pas franchement passionnantes des uns et des autres, le programme offre un rythme lourd et fatigant. D'autant plus que les invités ont perdu de leur valeur : le public voit alors défiler des comédiens secondaires ou des auteurs dont le désir d'excellence semble être la dernière des priorités.

En définitive, les nombreux changements dans le duo de polémistes et le manque latent d'innovations font qu'On n'est pas Couché est devenu un banal divertissement de deuxième partie de soirée. Édulcoré, il ne possède ni la force, ni l'enthousiasme des années fastes. Jusqu'à être appelé à disparaître dans un relatif anonymat.

Focus : The Strokes, le retour en grâce ?



Décidément, l'année 2013 réserve quelques belles surprises. Après l'annonce du retour inespéré de David Bowie, un autre monument de la musique rock, certes plus récent, communique un inattendu come-back. A peine deux ans après leur quatrième album, les Strokes s'apprêtent à publier un nouvel opus. 

Pourtant, en 2011, après divers expériences solos, la sortie d'Angles avait provoqué de nombreux débats. Tout d'abord sur le mode de fonctionnement du groupe : des compositions signées pour la première fois sans le leader charismatique Julian Casablancas, des musiciens et un chanteur travaillant séparément, des interviews mal maîtrisées laissant apparaître un profond malaise entre les différents membres. Ainsi, tout le monde s'attendait à une vaste mascarade. Néanmoins, sans égaler la force et la puissance créatrice d'un Is This It, la fougue du brillant Room On Fire ou le savoir-faire magnifique de First Impressions Of Earth, ces nouvelles chansons demeuraient bien supérieur à bon nombres de productions contemporaines. Un peu en-dessous en terme de talent mais largement au-dessus des espérances de chacun. 

Cependant, il faut le reconnaître, quelques pistes étaient un peu faiblardes. Si bien que les Strokes eux-mêmes n'étaient pas totalement satisfaits de leur travail. Il naissait dès la promotion d'Angles, une volonté farouche de retourner le plus vite possible en studio. Malheureusement, croyait-on en juin dernier, la bateau tangue à nouveau et les premières rumeurs d'humeurs détestables fleurissent sur la toile. Pire, en juin dernier un communiqué informe le public qu'aucun album ne paraîtra dans les prochains mois. 

Nouveau pied de nez ou changement soudain de cap ? Qu'importe, les avis évoluent favorablement et la radio américaine RCA proclame la sortie d'un nouveau disque et la diffusion sous peu d'un single intitulé All the Time. La station a même pu écouter un autre titre plus électronique. Incroyable nouvelle qui divise les fans. Nouvel Angles ou retour en grâce ? A vrai dire, seul Julian Casablancas le sait. Le leader est le vrai génie du groupe comme le prouve son prodigieux album solo, Phrazes For The Young qui aurait dû être la quatrième merveille studio des Strokes. 

Finalement, ce retour soulève autant d'interrogations que l'absence supposée des différents membres. Mais il suggère également quelques dates de concert à travers le monde. Et là, même dans une ambiance détestable, la formation délivre des shows époustouflants. Leur passage à Paris en juillet 2011 en est une preuve irréfutable.

jeudi 17 janvier 2013

Searching For Sugar Man (4/5) : Précieux et puissant



La vie réserve parfois quelques trajectoires hors du commun. Searching for Sugar Man fait parti de ces histoires hallucinantes, tellement inattendues qu'elles touchent au plus profond de la sensibilité de chacun. Le documentaire explore pendant près d'une heure et demi, le destin phénoménal du compositeur Sixto Rodriguez. Ce dernier sort deux albums au début des années 70 sur le prodigieux label Motown dans le plus complet anonymat. Artiste dit raté et incompris, la légende raconte que le chanteur se serait suicidé sur scène lors d'une de ses représentations. Pourtant, il vit toujours aux alentours de Detroit et sans le savoir, son premier disque est un succès gigantesque en Afrique du Sud (à peu près 500 000 exemplaires vendus) et surtout un symbole de lutte dans le combat contre l'Apartheid. Il ne le découvrira cependant que 30 ans plus tard.

Lorsqu'on écoute les différentes compositions de Sixto Rodriguez, comprendre cet échec commercial demeure impossible notamment pour son opus intitulé Cold Fact, merveilleux chef d'oeuvre regroupant un nombre incalculable de tubes (Sugar Man, Only Good For Conversation, I Wonder ...). Cette incompréhension est le premier thème soulevé par le réalisateur Malik Bendjelloul, déjà auteur d'un travail remarqué en 2001 sur le groupe électro-allemand Kraftwerk. Sans tomber dans une apologie un peu forcée, il parvient à rendre compte du caractère inexplicable de son impopularité à travers les paroles de ses différents producteurs. Bendjelloul n'occulte aucune zone d'ombre, garde les incompréhensions, les "on-dit", l'émotion ou la colère de certains protagonistes particulièrement sur le sujet de l'argent que personne n'a jamais touché et pourtant venu d'Afrique du Sud. Cela donne une scène saisissante avec l'ancien propriétaire de Sussex Records - la maison de disque de Sixto -, Clarence Avant, prouvant en quelques minutes que les plaies ne sont toujours pas refermées et la déception voir la honte toujours aussi présentes.

Mais la principale trame du film s'organise autour du travail de recherche incroyable de deux hommes, Stephen Segerman et Craig Bartholomew-Strydom respectivement vendeur de disque et journaliste musical, qui partent tous les deux à la recherche d'information à propos de leur idole commune. En effet, ils ne disposent que des chansons de Rodriguez pour dans un premier temps établir une biographie et dans un deuxième temps le retrouver et le faire venir en Afrique du Sud pour une tournée saisissante. 

Dans ce tas de confessions, le réalisateur parvient à se défaire des codes du genre documentaire. Ainsi, il accomplit l'exploit de tenir en haleine son spectateur qu'il juge aussi démuni que ses intervenants. Sixto Rodriguez est une énigme pour tous : Searching for Sugar Man se positionne à la fois comme une nécessaire porte d'entrée à l'univers du chanteur mais également comme un véritable conte touchant et captivant. L'histoire du héros aurait pu être inventé par Hollywood et Boudjelloul n'hésite pas à instaurer un jeu confondant réel et fantastique. Jusqu'à l'apothéose final entre l'interview de Rodriguez et les images de ses concerts absolument sidérantes et bouleversantes.

Sans être complaisant et en se maintenant à bonne distance de jugement, le film est d'un rocambolesque magnifique et d'une beauté factuelle. A la fois historique et lumineux, il offre une fenêtre géniale pour un artiste dorénavant à sa place. Une oeuvre miraculeuse, puissante et enthousiasmante.