Costa-Gavras revient avec une oeuvre à priori
politique tout en s'accompagnant de Gad Elmaleh. L'histoire est la
suivante : Marc Tourneuil (Gad Elmaleh) accède à la Présidence de Fenix,
une banque internationale. Le film dépeint la vie de cet homme dont la
situation se modifie peu à peu depuis qu'il a du pouvoir.
Comme à son habitude Costa-Gavras est bon narrateur et son histoire se raconte elle-même, la fluidité du récit est sans doute un des points forts du long-métrage. Le milieu décrit est certes quelque peu stéréotypé, cependant comment ne pas y croire ? Après tout, des gens motivés que par l'argent ne peuvent avoir aucune décence et il paraît tout à fait normal que leurs seules préoccupations soient le pouvoir et les femmes. Les références à Godard sont presque évidentes, c'est pourquoi, on peut être déçu du faible message politique. Le discours semble éculé, la rivière est tarie depuis longtemps : critiquer le capitalisme semble déjà trop facile et inefficace.
L'autre point fort du film, c'est sa capacité à ne
montrer que le milieu de la haute finance : le spectateur est aux côtés
des personnages comme l'un d'eux, et il n'a jamais accès aux
conséquences sur le « petit peuple » Costa-Gavras arrive ainsi a trouvé
une juste distance pour la narration sans paraître didactique ni
moralisateur. Le cinéaste connaît bien ses références et il nous le
démontre (bien que d'une manière quelque peu simpliste) à l'image de
cette femme fatale qui apparaît fugitivement pour la première fois dans
une robe rouge et qui ne va cesser de hanter le personnage ; le
réalisateur utilise à foison les systèmes de diffusion instantanée (la
webcam et autre visiophone) pour bien nous montrer que le capitalisme ce
n'est pas un système d'échange d'homme à homme mais d'image à image ;
l'emploi des flash–sideways souligne les refoulements que Marc est
obligé d'opérer. Tout paraît simple mais suffisamment percutant pour que
cela fonctionne. Finalement le seul véritable reproche que l'on peut
faire au film c'est la prestation de Gad Elmaleh. Il est bien incapable
d'assumer un rôle de cette envergure. Les tics de ses interventions
télévisuelles et scéniques ne le quittent plus : on attend la blague à
chaque fois qu'il ouvre la bouche. Il dessert vraiment l'ensemble par
son jeu très formaté et trop limité. Impossible de soutenir sa voix off
également : elle manque de distinction, comme l'impression d'entendre un
animateur radiophonique imitant un banquier. Tous les aspects
dramatiques du personnage s'efface dans l'impossibilité d'Elmaleh à
retranscrire de manière vraisemblable les émotions, pourtant fortes, de
son personnage.
Le film est très agréable, mais il souffre d'un
certain arrière goût amer. Le Capital n'a pas le message politique fort
que l'on pourrait attendre de lui (sur le même thème Cosmopolis de
Cronenberg s'en sort mieux) mais il contre-balance par une belle
narration qui n'est pas sans évoquer Le Couperet sur certains points.

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