mardi 29 janvier 2013

Focus de la semaine : L'imbroglio Daft Punk



Un album au printemps ? Des concert surprises ? La bande originale de Tron 3 ? Les rumeurs fleurissent mais les confirmations tardent. Personne - à part peut-être le duo et leur entourage - ne sait ce que les membres de Daft Punk nous réservent pour cette année. Et pourtant, les fans sont à cran : dernier opus Human After All sorti en 2005, dernière apparition pharaonique à Bercy en 2007. Puis plus rien. Ou presque avec une BO Disneyland fortement critiquée ou adulée selon les points de vues.

Néanmoins, un espoir survient dès le début de cette année 2013. Le journal Le Parisien révèle la signature d'un nouveau contrat avec la maison de disque Columbia US, filière de Sony. Les Inrocks et le Figaro renchérissent en annonçant pêle-mêle les collaborations de Nile Rodgers de Chic, du compositeur Gonzales, de l'ombrageux Panda Bear tête pensante d'Animal Collective, du bassiste Paul Williams ou de la plus surprenante chanteuse Feist. Mieux, le nouvel album est annoncé pour le printemps prochain. En mai selon le Guardian. De quoi nourrir les fantasmes de bons nombres d'aficionados. Quitte à les décevoir.

En effet, l'ensemble de ces informations est à relativiser. Les sources sont souvent obscures et rien ne paraît décidé. En ce qui concerne les concerts, les contradictions sont encore plus grandes. Certains affirment une tournée des festivals imminente, d'autres glacent l'enthousiasme général en déclarant qu'aucune représentation ne sera programmée en 2013 et quelques voix proclament une venue surprise à Coachella dans les prochains mois accouplée à un show encore très secret dans notre chère capitale.

Comment alors démêler le vrai du faux ? Le probable de l'impossible ? Seul le temps nous le dira. Si un disque pourrait normalement inonder les bacs du monde entier, le reste n'est que simple supposition. Daft Punk soigne sa communication, aiguise son mythe et déchaîne (volontairement ?) les passions. Mais en provoquant une telle effervescence, la qualité de leur travail devra être obligatoirement au rendez-vous. Une autre histoire me direz-vous ...

dimanche 27 janvier 2013

Django Unchained (3,5/5) : Magnifiquement décevant



Il aura fallu du temps à Tarantino pour enfin réaliser un western tant désiré. Mais comme l'auteur de l'excellent Inglorious Basterds ne fait jamais les choses à moitié, il organise tout d'abord son récit à travers un remake de 1965 de Franco Nero puis le plonge dans la période trouble de l'esclavage aux Etats-Unis. Dans Django, la violence habituelle se conjugue désormais et comme chez son prédécesseur avec l'Histoire. L'intrigue s'accomplit alors dans le sud de l'Amérique, univers moite et peu fréquentable, deux ans avant la guerre de Sécession. Pourtant, première scène dans une neige haute, dans un froid glacial. L'horrible condition des noirs américains est déjà mise en scène. Les blancs à cheval, les autres à terre frigorifiés dans une quasi-obscurité. D'un coup, la lumière jaillit et le personnage flamboyant du Docteur King Schultz (Christoper Waltz) apparaît en arrière-plan pour offrir à Django (Jamie Foxx) une nouvelle liberté dans un détournement comique ébouriffant. Pas de doute, Tarantino n'a rien perdu de sa virtuosité. Malheureusement, celle-ci n'est visible que de façon sporadique dans une oeuvre lourde et mal construite.

Indéniablement, le savoir-faire du réalisateur est toujours aussi présent. L'humour fin ou grossier s'imbrique souvent avec justesse et brio dans un déferlement d'actions maitrisées et savoureuses. Deux scènes - parmi tant d'autres - retiennent forcément l'attention : le rire provoqué par l'imbroglio autour des cagoules avant l'attaque de la diligence du Docteur s'impose déjà comme l'un des moments les plus drôles de l'année. Puis l'étouffement, presque la paralysie dans ce court chef d'oeuvre de minutie lors du repas final réunissant les différents protagonistes du film semble être une apogée fabuleuse. En offrant aux spectateurs, la présence d'aussi grands acteurs que Christopher Waltz, Leonardo Di Caprio (éblouissant méchant) ou Samuel L. Jackson (impensable vieux bourru), le metteur en scène appuie sa narration et son univers de génies indépassables. A côté de ces extraordinaires performances, Jamie Foxx fait alors bien pâle figure. Constamment dans la pose, il souffre d'une comparaison cruelle et adosse gauchement la psychologie de son personnage dans une trop grande linéarité. Comme Django dans un face à face avec Waltz, il choisit un costume ridicule pour se représenter. Et sonne comme la mauvaise pioche d'un casting pourtant hallucinant.

Autre reproche évident, la longueur épuisante du film. Il faut presque trois heures à Tarantino pour mettre en place un dénouement attendu, horriblement facile et contemplatif. Il a certes fait la même chose pour Inglorious Basterds mais le rythme était mieux géré, beaucoup plus efficace, moins redondant et plus propre au second degré. Si bien qu'on pourrait penser à un souci troublant dans le montage. Ainsi, le réalisateur tente bien, et avec talent, de réveiller son auditoire en utilisant un déferlement d'explosions, de courses poursuites, de sang projeté, de crânes explosés mais rien n'y fait. Au bout du compte, il arrive un certain ennui face à ces actions annoncés et un sentiment tenace de redite désagréable. La recette s'épuise fatalement : l'ensemble n'impressionne plus et le thème général se couvre d'un drap un peu poussiéreux et craquelé. Tout est un peu plat, un peu harassant, un peu inintéressant parfois. Même le côté historique est bizarrement bâclé en dégringolant dans une caricature surprenante. Enfin, la bande-son volontairement en rupture rappelle et appuie de façon grossière le style de l'auteur sans apporter une deuxième lecture fortement appréciée auparavant.

Django ne s'inscrit finalement que comme un divertissement talentueux mais simpliste seulement porté par le caractère fantastique d'un trio d'acteurs au sommet de leur art. Quentin Tarantino se répète avec regret et réutilise des codes maintes fois explorés - et de bien meilleurs façons - dans d'autres de ses oeuvres. Moins sinueux, moins intelligent, moins implacable, il s'arrête aux portes du grandiose pour achever sa course dans un plaisir immédiat et sans profondeur. Et on ressort de cette épreuve globalement déçu.

samedi 26 janvier 2013

Yo La Tengo (4/5) : Un souffle nouveau



Actif depuis 1984, le trio Yo La Tengo emmené par Georgia Hubley, Ira Kaplan et James McNew revient en ce début d'année 2013 avec un treizième album studio. Au cours de leur carrière, les membres du groupe ont exploré de nombreux styles passant de l'indie-rock le plus basique à la noise pop tout en expérimentant une dream-pop plutôt inspirée. 

Avec Fade, la formation américaine semble vouloir compiler toutes ces influences dans une même oeuvre. Brillantes, les mélodies oscillent entre une folk sommaire et un rock vertigineux tout en révélant une magnifique - seconde - jeunesse qui conjugue les aspérités nouvelles de la pop moderne avec le savoir-faire si particulier des musiciens. Dès les premières notes, l'auditeur se retrouve emporté dans un travail de qualité où les harmonies se répondent avec brio, où les accords possèdent une force sublime et fédératrice. Les rythmes répétés de Ohm, l'envolée de cordes sur Is That Enough, la touche eighties de Paddle Forward, le calme de I'll Be Around, la mélancolie de The Point Of It et la virtuosité des cuivres sur Before We Run sont autant de moments magiques, profondément réussis et subtilement orchestrés. 

Sans cesse, Yo La Tengo frôle le génie sans jamais l'atteindre complètement. Fade est un disque qui se découvre : un peu obscur tout d'abord, il se dévoile petit à petit tout en conservant une part de mystère et de confidentialité. Dans les voix notamment, souvent graves, presque susurrées. Enfin, l'esthétique venue de la Cote-Est de l'Amérique offre un environnement rassurant mais parfois un peu commun qui peut jouer sur le degré d'écoute. 

Mais globalement, la bande propose un opus charmant, bien mené et intelligent. On comprend même leur influence sur une scène new-yorkaise foisonnante et reconnue (Adam Green en tête). 2013 s'ouvre sur un souffle nouveau. Et sonne comme une promesse.

vendredi 25 janvier 2013

The Master (4,5/5) : L'envoutante et magristrale imposture



The Master est une histoire de retour(s) et de rencontre(s). Plusieurs réapparitions, plusieurs croisements. D'abord avec son réalisateur : Paul Thomas Anderson n'avait plus tourné depuis l'excellent There Will Be Blood en 2007. Depuis 12 ans, Il tente à de nombreuses reprises de travailler avec le génial Joaquin Phoenix. Volonté accomplie avec un acteur lui aussi revenu de nulle part. Ou plutôt d'un concept raté avec I'm Still Here en 2010. Mais ces thèmes de la confrontation et de l'approche, on les retrouve surtout dans l'intrigue du film : Freddie, alcoolique, violent, psychotique et obsédé sexuel, revient de guerre après s'être battu dans le Pacifique. Au détour d'une marche sans fin, il fait la connaissance de Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman), dit Le Maître, un charismatique leader d'un groupe nommé "La Cause". Le vétéran décide de le suivre et tombe sous sa coupe. 

Pour ce sixième long-métrage, Anderson a mis de côté la grandiloquence de ses derniers travaux et se focalise avec précision sur la relation ambiguë, réciproquement fascinante presque fusionnelle des deux personnages. En se sortant du simple et attendu schéma "domination-soumission", il dévoile, sous les yeux du spectateur à travers l'enchevêtrement de scènes éblouissantes, la mise en place d'une connexion indéchiffrable reposant sur une mutuelle attirance mais aussi une profonde répulsion. Et ici réside le talent du réalisateur : l'histoire est à la fois transparente et totalement hermétique voir mystérieuse. Ainsi, le récit fatalement trouble souligne le traitement singulier d'une mise en scène assez sauvage impliquant indéfiniment une double lecture phénoménale, intelligente, brillante. 

L'interprétation est alors multiple : sous cette rencontre se cache plusieurs zones d'influences symbolisées par le personnage dur, inaccessible et autoritaire de Peggy Dodd (Amy Adams) dont le désir de domination est palpable et parfaitement démontré. Dans cette complexité manifeste, Joaquin Phoenix impressionne par son caractère fabuleux constamment coincé entre une terrible souffrance, une inquiétante férocité et une dérangeante psychologie. Le jeu furieux de l'acteur impose une splendide reconnaissance tant il parvient à retranscrire avec un brio affolant une multitude de sentiments contraires.

En ce qui concerne Lancaster Dodd, la référence à la scientologie - bien que réfutée par le réalisateur - est évidente. Plusieurs scènes subjuguantes rendent compte de la dérive sectaire de "La Cause". Enervements face à ses propres incohérences, discours inventés au fil de la parole, rassemblement autour d'une figure paternelle, charisme décuplé : dans tout ce catalogue Hoffman excelle. La véritable force du film se trouve alors dans son face-à-face récurrent avec Phoenix. L'intrigue est un quasi-prétexte à cette réunion magistrale
.
Paul Thomas Anderson transpose à un long-métrage d'une intensité froide, la virtuosité de deux acteurs au sommet de leur art. The Master semble être un objet parfait - peut-être même un peu trop - qui confirme sa maîtrise d'une image impeccable et son contrôle chirurgicale des événements. Porté par une bande-son composée par Johnny Greenwood juste et exaltante, il signe d'une main de maître le formidable portrait d'une Amérique d'après-guerre propre à la folie et à l'imposture. Où l'envoutement demeure superbe et la prise de risque maximale.

mercredi 23 janvier 2013

Focus : Nouvelle Star vs Star Academy, quel vainqueur ?



Décidément les chaînes de la TNT sont de plus en plus ambitieuses. Et l'arrivée en octobre dernier du groupe Canal + dans ce nouveau paysage audiovisuel ne risque pas de changer la donne. Avec D8 et D17, la chaîne cryptée fait une entrée remarquée et réussie dans un environnement florissant. Mais son principal concurrent ne reste pas en retrait : NRJ 12 et ses Tellement Vrai ou Les Anges de la Réalité est encore leader chez les jeunes et les amateurs d'une télé un peu racoleuse et surtout enclin à satisfaire le voyeurisme - ou le second degré - des téléspectateurs. 

Et cette "nouvelle guerre" s'exporte depuis quelques mois sur l'adaptation de deux célèbres émissions sévissant à l'époque sur TF1 et M6. Deux programmes musicaux qui ont déchaîné les passions à une certaine époque. Voir ainsi le retour de La Nouvelle Star sur D8 et de la Star Academy sur NRJ 12, c'est replonger le public dans une nostalgie pas si lointaine et le réhabituer à des formats qui ont connu un succès incroyablement populaire. La répartition est à ce titre plutôt logique : la Nouvelle Star a toujours eu une meilleure reconnaissance que sa concurrente et colle plus à l'image du groupe Canal. En effet, le caractère télé-crochet a toujours davantage plu aux spécialistes médias et culturels que la télé-réalité diffusée par TF1 et réarrangée par NRJ.

A ce titre, la désormais douzième chaîne a semble-t-il tenté une adaptation de la Star Academy en adéquation avec sa grille de programme. Il suffit alors de regarder le sommaire d'une quotidienne pour se rendre compte du décalage entre le concept de l'émission et la réalisation proposée. L'homme à tout faire Mathieu Delormeau n'annonce que des clashs, des amourettes et autres situations dénuées d'intérêt. La musique ? Quelle musique ? Il n'y en que très peu et cela même sur les primes. Les candidats chantent affreusement, les professeurs sont sans charisme et l'animation est plombée par la présence de Tonya Kinzinger, anciennement actrice dans Sous le Soleil. NRJ 12 se concentre uniquement sur la vie des élèves. Au point de devenir une simple télé-réalité dont le prétexte est la chanson. D'où sûrement son succès. 

Chez D8, la Nouvelle Star a subi un très léger lifting. Du moins lors des premières émissions de casting. Dans le jury, on retrouve les habitués, André Manoukian et Sinclair, et deux nouveaux, Olivier Bas et Maurane. Et c'est là où le bas blesse. Lors des primes, les quatre membres sont incroyablement mous et d'une gentillesse parfois troublante. Rappelez-vous ce qui faisait le sel de cette émission : l'intransigeance de Manu Katché, le franc-parler de Marianne James ou le regard souvent juste de Dove Attia. Manifestement, la nouvelle formation n'est pas à la hauteur et distribue trop facilement les bons points. Pourtant, il faut le reconnaître que le niveau est très haut : ça chante plutôt juste et plutôt bien. Certains candidats possèdent même un peu de charisme. On avait plus vu autant de talent depuis la saison 5 et Julien Doré. Un mot enfin sur la présentation avec un Cyril Hanouna très sympathique mais visiblement pas à son aise. Si bien qu'on regrette la présence d'un atout charme aussi élégant qu'une Virginie Efira ou Virginie Guillhaume. 

En définitive, les deux concours historiques de la télévision française ressemblent en réalité comme deux gouttes d'eau à leur diffuseur. Volontairement tendance et parisien pour D8, légèrement putassier et foncièrement jeune pour NRJ 12, avec une préférence majeure pour le premier. Mais une chose est quasiment sûre : aucun des candidats ne fera la carrière qui lui est promise. Demandez à Amandine Bourgeois ou autre Cyril Cinélu.

Hundred Waters (4/5) : La pureté éléctronique



2012 n'a pas encore livré toutes ses pépites. A peine la nouvelle année arrivée que l'on se replonge déjà dans l'ancienne. Avec un plaisir non dissimulé car le groupe retrouvé possède le charme exquis des trésors rares, certes un peu confidentiel mais surtout révélateur d'un talent subtil et rassurant. Hundred Waters à l'aide d'un album éponyme déroutant propose une sorte de mélange phénoménal entre un School Of Seven Bells attachant et sorti des placards, un Four Tet tourné vers la pop et principalement un Animal Collective qui aurait enfin mis une limite à des expérimentations géniales. 

En onze titres et presque trois quarts d'heure, la formation explore des contrées lointaines en les réarrangeant en plages lumineuses, inspirées et exaltantes. Hundred Waters détourne l'électro, la libère, la déstructure parfois, la manie avec un brio affolant, la rafistole à sa guise pour en produire une frénésie de sons assez singuliers sublimée par une voix incandescente et des choeurs harmonieux qui s'inscrivent parfaitement dans la démarche du groupe. Intelligente, la musique des cinq américains développe un univers un peu capiteux, déconcertant aux premiers abords mais qui dévoile sans arrêt aux fils des écoutes sa finesse, son raffinement et son adresse. Au rayon des moments marquants, plusieurs morceaux tirent avec grâce leur épingle du jeu notamment un Visitor très envolé, un Thistle frôlant des influences math-rock, un Caverns d'une émotion troublante de simplicité ou un Wonderboom tout en rythmique sauvage.

Néanmoins, la folle troupe exerce dans un style abstrait et en rupture pouvant à la longue être usant. A trop faire tenir des compositions recherchées sur un fil fragile et à deux doigts de se rompre, l'écriture des musiciens tombe occasionnellement dans un marasme sonore indigeste comme sur l'affreux et harassant And-Or. 

Mais l'album des Hundred Waters est une franche et superbe réussite. Naviguant entre la pop la plus pure et l'électro la plus secrète, le groupe offre une oeuvre saisissante à l'intérêt manifeste. La prochaine fois, on essayera d'être à l'heure pour cette belle découverte.

mardi 22 janvier 2013

Notons la Télé (NTL) : Le Débarquement (3/5)



Cela ressemblait presque à un rêve. Une multitude de star françaises, reconnues et talentueuses s'associait pour une soirée à travers un concept extrêmement ambitieux, volontairement inspiré des talks shows à l'américaine mais légitimement revendiqué comme une production française alliant humour fin et blagues plutôt potaches. Ainsi, Canal + laissait carte blanche à Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Laurent Laffite, Guillaume Canet, Nicolas Bedos et Alex Lutz pour une soirée en direct, unique, exceptionnelle, révolutionnaire selon les propres termes utilisés. Mais finalement, Le Débarquement se relève un peu décevant. 

Le programme s'apparente à un mini-échec. D'abord, comment ne pas souligner le manque de communication flagrant de la chaîne cryptée pour un programme réunissant autant de talents et devant coûter une petite fortune. Aucune publicité, de faibles annonces et une visibilité forcément amoindrie. Les noms, même prestigieux, ne garantissent pas un succès populaire et historique. L'engouement n'a pas jamais été palpable, le désir jamais titillé et l'attente forcément minime. Dommage, car Canal aurait pu et dû faire beaucoup mieux qu'à peine 650 000 téléspectateurs. 

Pourtant, la production avait mis les petits plats dans les grands. Des décors somptueux, une image nette et saisissante : les moyens étaient de sortie et utilisés de manière assez convaincante. Porté par cette brochette d'acteurs, le programme possède un charisme et une personnalité assez rare qui aurait mérité une meilleure reconnaissance. Surtout quand le grand public s'amuse quotidiennement à critiquer l'ensemble des productions bleu-blanc-rouge. Dujardin & co ont véritablement soigné la présentation et pour cela Le Débarquement demeure une réussite visuelle.

Malheureusement, en terme d'humour, ce n'est pas du tout le même niveau. Souvent sauvé grâce aux performances de Dujardin et Lellouche, les sketchs oscillent entre le convenable et le miséreux. Globalement bien joué, il manque une écriture plus profonde, plus concise, peut-être moins délirante. La complicité entre les différents acteurs peut ainsi à quelques occasions mettre le téléspectateur de côté. Mention plus que passable aux gags du restaurant, de la chirurgie esthétique et surtout à la performance délicieusement dérangeante de Nicolas Bedos. En revanche, la pastille sur la fin du monde ou la situation rocambolesque des légumes frôlent le ridicule. 

En définitive, Le Débarquement reste quand même un bon moment et un joyeux et enthousiaste premier essai qui - on l'espère - sera amené à réapparaître épisodiquement sur la chaîne cryptée. L'émission possède un énorme potentiel et ses prises de risques seront à coup sûr récompensées avec peut-être plus de travail d'écriture. Un programme relativement charmant sublimé par des acteurs fédérateurs.

dimanche 20 janvier 2013

Notons la Télé (NTL) : On n'est pas Couché (2/5)



Il fut un temps où l'émission de Laurent Ruquier arrivait à réunir les aficionados des débats télévisés, les adeptes du divertissement, les amoureux d'une formule maintes fois explorés par le présentateur et les spécialistes de l'actualité. Tout ce petit cercle de curieux s'agglutinait le samedi soir - jusqu'au dimanche matin - devant France 2 et son nouveau programme On n'est pas Couché, censé remplacer le non moins célèbre Tout le Monde en Parle du légendaire Thierry Ardisson. Le concept était clair, extrêmement bien rodé et diablement efficace : autour du sympathique et faussement candide maître de soirée, un duo de critiques voir de polémistes assénait sans gêne quelques saillies bien senties à quelques artistes ou politiques peu habitués à un tel traitement surtout sur une grande chaîne public. 

Si la recette reste la même de nos jours, le programme a néanmoins perdu l'essentiel de son effervescence. Deux couples ont permis ce succès soudain et mérité : Eric Zemmour et Michel Polac dans un premier temps puis le même Zemmour et le petit nouveau Eric Naulleau par la suite. Avec de tels intellectuels l'émission était à son sommet et régalait ses téléspectateurs de formules dévastatrices, envolées, souvent pertinentes, parfois de mauvaise foi mais toujours comprises entre une forme d'intelligence et de spectacle. Avec Natacha Poloni et Aymeric Caron, le verbe demeure moins haut, la culture moins imposante, le parler plus balbutiant. Les clashs se font plus rare, les invités moins courroucés. On n'est pas Couché a perdu ce qui faisait sa marque de fabrique tout simplement. 

Le seul moment fort de cette saison reste l'affrontement symbolique entre un Caron remonté et un Eric Naulleau venu ce jour-là présenter son livre. En quelques minutes, le constat est sans appel : le désormais présentateur de Ca Balance à Paris offre une leçon télévisuel à son remplaçant. Pourtant, ce dernier commence à trouver ses marques et semble plus apprécié qu'une Audrey Pulvar embourbée dans une vie sentimentale trop souvent exacerbée et reprochée. Toutefois, Poloni parait plus à l'aise et pose la plupart du temps les meilleures questions.

Mais le véritable problème réside dans la longueur de l'émission. Entre les blagues de Ruquier, les dessins, les tweets, les présentations pas franchement passionnantes des uns et des autres, le programme offre un rythme lourd et fatigant. D'autant plus que les invités ont perdu de leur valeur : le public voit alors défiler des comédiens secondaires ou des auteurs dont le désir d'excellence semble être la dernière des priorités.

En définitive, les nombreux changements dans le duo de polémistes et le manque latent d'innovations font qu'On n'est pas Couché est devenu un banal divertissement de deuxième partie de soirée. Édulcoré, il ne possède ni la force, ni l'enthousiasme des années fastes. Jusqu'à être appelé à disparaître dans un relatif anonymat.

Focus : The Strokes, le retour en grâce ?



Décidément, l'année 2013 réserve quelques belles surprises. Après l'annonce du retour inespéré de David Bowie, un autre monument de la musique rock, certes plus récent, communique un inattendu come-back. A peine deux ans après leur quatrième album, les Strokes s'apprêtent à publier un nouvel opus. 

Pourtant, en 2011, après divers expériences solos, la sortie d'Angles avait provoqué de nombreux débats. Tout d'abord sur le mode de fonctionnement du groupe : des compositions signées pour la première fois sans le leader charismatique Julian Casablancas, des musiciens et un chanteur travaillant séparément, des interviews mal maîtrisées laissant apparaître un profond malaise entre les différents membres. Ainsi, tout le monde s'attendait à une vaste mascarade. Néanmoins, sans égaler la force et la puissance créatrice d'un Is This It, la fougue du brillant Room On Fire ou le savoir-faire magnifique de First Impressions Of Earth, ces nouvelles chansons demeuraient bien supérieur à bon nombres de productions contemporaines. Un peu en-dessous en terme de talent mais largement au-dessus des espérances de chacun. 

Cependant, il faut le reconnaître, quelques pistes étaient un peu faiblardes. Si bien que les Strokes eux-mêmes n'étaient pas totalement satisfaits de leur travail. Il naissait dès la promotion d'Angles, une volonté farouche de retourner le plus vite possible en studio. Malheureusement, croyait-on en juin dernier, la bateau tangue à nouveau et les premières rumeurs d'humeurs détestables fleurissent sur la toile. Pire, en juin dernier un communiqué informe le public qu'aucun album ne paraîtra dans les prochains mois. 

Nouveau pied de nez ou changement soudain de cap ? Qu'importe, les avis évoluent favorablement et la radio américaine RCA proclame la sortie d'un nouveau disque et la diffusion sous peu d'un single intitulé All the Time. La station a même pu écouter un autre titre plus électronique. Incroyable nouvelle qui divise les fans. Nouvel Angles ou retour en grâce ? A vrai dire, seul Julian Casablancas le sait. Le leader est le vrai génie du groupe comme le prouve son prodigieux album solo, Phrazes For The Young qui aurait dû être la quatrième merveille studio des Strokes. 

Finalement, ce retour soulève autant d'interrogations que l'absence supposée des différents membres. Mais il suggère également quelques dates de concert à travers le monde. Et là, même dans une ambiance détestable, la formation délivre des shows époustouflants. Leur passage à Paris en juillet 2011 en est une preuve irréfutable.

jeudi 17 janvier 2013

Searching For Sugar Man (4/5) : Précieux et puissant



La vie réserve parfois quelques trajectoires hors du commun. Searching for Sugar Man fait parti de ces histoires hallucinantes, tellement inattendues qu'elles touchent au plus profond de la sensibilité de chacun. Le documentaire explore pendant près d'une heure et demi, le destin phénoménal du compositeur Sixto Rodriguez. Ce dernier sort deux albums au début des années 70 sur le prodigieux label Motown dans le plus complet anonymat. Artiste dit raté et incompris, la légende raconte que le chanteur se serait suicidé sur scène lors d'une de ses représentations. Pourtant, il vit toujours aux alentours de Detroit et sans le savoir, son premier disque est un succès gigantesque en Afrique du Sud (à peu près 500 000 exemplaires vendus) et surtout un symbole de lutte dans le combat contre l'Apartheid. Il ne le découvrira cependant que 30 ans plus tard.

Lorsqu'on écoute les différentes compositions de Sixto Rodriguez, comprendre cet échec commercial demeure impossible notamment pour son opus intitulé Cold Fact, merveilleux chef d'oeuvre regroupant un nombre incalculable de tubes (Sugar Man, Only Good For Conversation, I Wonder ...). Cette incompréhension est le premier thème soulevé par le réalisateur Malik Bendjelloul, déjà auteur d'un travail remarqué en 2001 sur le groupe électro-allemand Kraftwerk. Sans tomber dans une apologie un peu forcée, il parvient à rendre compte du caractère inexplicable de son impopularité à travers les paroles de ses différents producteurs. Bendjelloul n'occulte aucune zone d'ombre, garde les incompréhensions, les "on-dit", l'émotion ou la colère de certains protagonistes particulièrement sur le sujet de l'argent que personne n'a jamais touché et pourtant venu d'Afrique du Sud. Cela donne une scène saisissante avec l'ancien propriétaire de Sussex Records - la maison de disque de Sixto -, Clarence Avant, prouvant en quelques minutes que les plaies ne sont toujours pas refermées et la déception voir la honte toujours aussi présentes.

Mais la principale trame du film s'organise autour du travail de recherche incroyable de deux hommes, Stephen Segerman et Craig Bartholomew-Strydom respectivement vendeur de disque et journaliste musical, qui partent tous les deux à la recherche d'information à propos de leur idole commune. En effet, ils ne disposent que des chansons de Rodriguez pour dans un premier temps établir une biographie et dans un deuxième temps le retrouver et le faire venir en Afrique du Sud pour une tournée saisissante. 

Dans ce tas de confessions, le réalisateur parvient à se défaire des codes du genre documentaire. Ainsi, il accomplit l'exploit de tenir en haleine son spectateur qu'il juge aussi démuni que ses intervenants. Sixto Rodriguez est une énigme pour tous : Searching for Sugar Man se positionne à la fois comme une nécessaire porte d'entrée à l'univers du chanteur mais également comme un véritable conte touchant et captivant. L'histoire du héros aurait pu être inventé par Hollywood et Boudjelloul n'hésite pas à instaurer un jeu confondant réel et fantastique. Jusqu'à l'apothéose final entre l'interview de Rodriguez et les images de ses concerts absolument sidérantes et bouleversantes.

Sans être complaisant et en se maintenant à bonne distance de jugement, le film est d'un rocambolesque magnifique et d'une beauté factuelle. A la fois historique et lumineux, il offre une fenêtre géniale pour un artiste dorénavant à sa place. Une oeuvre miraculeuse, puissante et enthousiasmante.

mardi 15 janvier 2013

Solange (3,5/5) : Entre héritage et innovation



Après un début de carrière hésitant marqué par deux albums au succès curieux et quelques collaborations ancrées dans le cercle familial, la petite soeur de Beyoncé, Solange Knowles débarque en fin d'année dernière avec un son résolument différent. Désormais affranchie des contraintes liées à son nom, l'artiste propose un EP sous forme d'album ou de maxi qui se place à travers sept titres à la croisée des influences.
 
True s'inscrit comme un mélange ingénieux de volontés à la fois mainstream et indé. Accompagnée de Dev Hynes sur chaque piste (Lightspeed Champion), la belle-soeur de Jay-Z oscille sans cesse entre un kitsch assumé et inspiré et une pop certes édulcorée mais addictive voir intelligente - l'excellent tube Losing You symbolise à ce titre parfaitement cette alliance. Pour cela, elle ajoute à ses compositions plusieurs touches empruntées aux eighties : rythmiques froides, presque impersonnelles portées par une voix soul affolante et quelques synthés mélodieusement évaporés. L'enchaînement Looks Good With Trouble/Bad Girls est alors révélateur d'une réorientation positive dans la carrière de la chanteuse. Ainsi, l'album sonne sans cesse comme une renaissance artistique où Solange semble enfin avoir trouvé ce qui la caractérise réellement. En choisissant son camp et en faisant confiance à son imagination, elle choisit la difficulté, l'inattendu mais surtout la singularité. Il suffit d'écouter un titre aussi hallucinant que Some Things Never Seem to Fucking Work pour alors s'en convaincre. 

La (re)découverte de la compositrice demeure une véritable surprise qui allie la qualité et un lâcher-prise évident. Traîner avec Twin Shadow, Theophilus London ou Chairlift lui va plutôt bien. Sans tomber dans une posture caricaturale et en rupture, la petite Knowles accepte à la fois son héritage et ses aspirations. Pour notre plus grand plaisir.

lundi 14 janvier 2013

Birdy (2/5) : Joliment sans intérêt



Déjà sorti depuis plus d'un an, le 11 novembre 2011 exactement, l'album éponyme de Birdy ne cesse d'impressionner un public conquis par l'univers féérique voir très feutré de la jeune chanteuse venu de l'Hampshire. Le succès est tellement grand et international que l'anglaise ressort ses mélodies empruntées en version deluxe agrémentée de deux inédits et d'un live. Une démarche sensiblement paradoxal pour une artiste plus vouée à la réorchestration qu'à l'invention. 

En effet, dans les quatorze pistes composant désormais l'album, seule une est originale. Le reste n'est que reprise et ne sonne que comme une simple et délicate vulgarisation de la pop à travers l'exploration d'une culture britannique voir européenne foisonnante. En d'autres termes, Birdy n'est en fait que l'allégorie parfaite des instrumentistes de salon : parfaitement à l'aise dans l'appropriation de grands classiques mais affreusement timide dans le développement de mélodies convaincantes et inspirées. Ainsi, le seul titre écrit par ses soins paraît hésitant, en rupture et placé là juste pour justifier le statut dit virtuose du personnage. La pianiste possède néanmoins un talent charmant, une voix pas si inintéressante et une aura qui lui permet d'inscrire n'importe quel standard à un univers dégoulinant de cordes envolées et de rythmiques légères mais sans véritable profondeur. Malheureusement, il ne suffit de ralentir le tempo d'un tube unanimement reconnu comme 1901 de Phoenix, Skinny Love de Bon Iver ou en bonus Farewell and Goodnight des Smashing Pumpkins pour faire passer une émotion nouvelle et singulière. Pire, un étrange sentiment englobe une oeuvre sommaire et faussement indé marquée par la présence de groupe comme The xx ou The Naked And Famous : tout fleure bon l'étude, la marchandise, le ciselé. Entre volonté populaire saupoudrée d'une fausse intelligence et production d'une propreté dégoutante, Birdy n'offre qu'un travail de karaoké, certes élégant mais sans épaisseur. 

Pourtant, son succès est évidemment compréhensible tant l'artiste joue sur une corde sensible faisant appel à la connaissance d'un public averti ou à une dimension sentimentale propice à l'adhésion. Il faudra alors attendre son premier album pour mettre un point - final ou non - à un travail pour l'instant sans intérêt.

dimanche 13 janvier 2013

Notons la Télé (NTL) : L'Equipe 21 (3,5/5)



Depuis le 12 décembre 2012, la TNT propose - enfin - la première chaîne de sport disponible à grande échelle. Ainsi, le journal l'Equipe investit le foyer des français par le petit écran après avoir institutionnalisé sa version papier. Pourtant, le quotidien est depuis plusieurs années présent dans le paysage audiovisuel français. En 1998 se lance l'Equipe TV : il n'est pas surprenant alors de retrouver quelques anciens programmes sur une grille de programme mieux organisée et dépouillée de quelques redondances. 

Néanmoins, malgré la conservation ou le recrutement de quelques têtes connues comme France Pierron - nouvelle coqueluche du Petit Journal - Gaëlle Millon, Olivier Ménard, Lionel Rosso ou Eric Hannezo, la nouvelle chaîne 100% sport souffre de quelques problèmes de lancement. En effet, d'un point de vue esthétique et factuel, les programmes de la journée présentent tous un plateau commun certes élégant mais qui ne favorise pas la singularité des émissions proposées. Difficile alors de discerner les spécificités de tons ou d'ambiances liées à chaque programme.

De plus, l'ensemble manque de fluidité : on dénombre bons nombres de problèmes techniques dans les lancements de reportages ou dans le défilement d'informations en bas de l'écran. Si ce manque de rodage est légitime, il peut également s'expliquer par une certaine appréhension éprouvée par les nouveaux présentateurs notamment lors des JT. Le téléspectateur ressent parfois l'angoisse des intervenants ce qui ne favorise pas une adhésion complète de sa part. 

Mais globalement la chaîne réussit son pari à savoir parler - et de manière captivante et intéressante - de sport sans tomber dans des échanges trop spécifiques pouvant exclure un auditoire pas forcément connaisseur et en osmose avec un langage de spécialistes. Ainsi, l'Equipe 21 repose sur beaucoup de "talks" donnant bien sûr la parole à des acteurs majeurs des disciplines porteuses d'actualités mais aussi à de nombreux et nouveaux journalistes qui parviennent à rendre compte de la ligne éditorial en mouvement de la version papier. Il est agréable à cet effet de découvrir de nouvelles têtes et ainsi mettre un visage sur plusieurs rédacteurs - en chef ou pas - talentueux ou possédant au moins une verve non négligeable. 

En définitive, ce passage à la TNT, bien qu'un peu bavard et hésitant, est plutôt convaincant même si la qualité des émissions demeure trop dépendante de l'actualité. Les concepts sont parfois encore difficile à cerner et à comprendre - on pense surtout au Grand Tour dont le rythme peine à être trouvé. Certaines émissions comme L'Equipe du Soir s'inscrivent, au contraire, comme un véritable rendez-vous divertissant en proposant une heure et demi de qualité malgré le brouhaha des intervenants plus ou moins inspirés et en conservant certains codes et une fraîcheur relatifs à l'ancienne version de la chaîne. C'est un fait, le sport fait désormais partie intégrante de la télévision française. Rien que pour ça, on ne peut que se réjouir.

L'Homme qui rit (1/5) : Un récit hugolien mal formaté



Adapté d'un roman de Victor Hugo, cette histoire est celle de Gwynplaine (Marc-André Grondin), jeune homme au sourire monstrueux, défiguré alors qu'il était enfant. Il sauve alors une petite fille aveugle, Déa (Christa Theret), du froid, dont il tombe amoureux, et se fait héberger par Ursus (Gérard Depardieu). Ce dernier va finir par exploiter le côté disgracieux de Gwynplaine en écrivant un spectacle de rue mettant en scène le jeune héros. Il sera remarqué par la Duchesse (Emanuelle Seigner) qui finira par le désirer.

Pour aller plus en détail, les acteurs ont beau se cacher derrière une mise en abyme, leur prestation reste très scolaire, voire artificielle. Des intonations toujours mal placées et un corps dont on ne sait pas quoi faire, tout est gênant dans ce spectacle. Seul Depardieu apporte un peu de vie, c'est-à-dire de Hugo, dans le morne panorama d'acteurs pourtant reconnus. Marc-André Grondin semble porter une charge trop lourde sur ses épaules et Christa Theret est souvent à côté.

Pourtant il y avait quelque chose d'intéressant à jouer avec le personnage de la fille aveugle, sous- exploité, non seulement dans la psychologie (un personnage qui ne voit ni le monstrueux, ni la magie) mais également dans les plans avec les jeux de regards. Gwynplaine porte un foulard autour de la bouche pour ne pas laisse apparaître ses cicatrices, du coup seul son regard est accessible. On note un effort cependant lors de quelques champ-contrechamps où les regards ne se répondent pas, dommage que ce soit si superficiel.

D'autant plus que les protagonistes (qui sont des figures chez Hugo) ne sont que des stéréotypes bien léchés, directement accessibles avant même qu'il aient ouvert la bouche, et la catégorisation manichéenne est sans invention (les gentils pauvres et les méchants riches). Toutefois, malgré la platitude des dialogues, on a de temps en temps des fulgurances, des petites maximes hugoliennes placées un peu au hasard qui visent à revivifier un discours tombant.

Qu'en est-il de la revendication burtonienne si ostensiblement exhiber sur l'affiche ? Une vague ressemblance avec Edward Scissorhands, et c'est tout. Même si la scène où Gwynplaine accède au château présente quelques traits humoristiques assez proches de l'univers de Burton, le soufflé retombe aussitôt dès que les dialogues commencent. Pas assez étrange et décalé pour être burtonien, et à la fois trop pour être tout à fait hugolien.

Le seul point gratifiant du film est sa qualité photographique, malheureusement contrariée par le jeu d'acteurs, les dialogues et le récit. L'esthétique est très réussie, avec de beaux contrastes et des jeux d'ombres précis, un petit côté hollywoodien qui manque bien souvent aux fictions françaises. Dommage de ne pas avoir réussi à marier cette exigence formelle avec un récit mieux construit.

Car au fond c'est aussi ça qui dérange, vouloir rendre hommage à Victor Hugo en une petite heure et demie, format de divertissement classique c'est aller au devant de grands soucis quant à la structure même de la narration, dépouillée de tout ce qui aurait pu rendre l'histoire originale. On attend la sortie des Misérables de Tom Hooper (A King's Speech) pour comparer avec ce que sont capables de faire les américains avec le même auteur - bien - français

samedi 12 janvier 2013

Les dix albums les plus attendus en 2013 !



10) Nick Cave & The Bad Seeds
Intitulé Push The Sky Away, le nouvel album de Nick Cave accompagné de ses Bad Seeds sortira le 18 février prochain. Enregistré en France, à Saint-Rémy de Provence, il sera le premier effort réalisé sans l'éternel Mick Harvey. Pour un nouveau départ ? Les fans d'un rock pur et historique apprécieront.

9) AlunaGeorge
Il devrait sortir en juin et s'intitulera Body Music. Mais il devrait surtout faire apparaître les nouveaux tenants d'une musique hybride, extrêmement catchy et fatalement dans la mouvance. Sûrement la prochaine sensation populaire.

8) Queens Of The Stone Age
Pas tellement d'info, pas de date de sortie mais une annonce importante. Pour l'enregistrement de l'album, le magique Dave Grohl est repassé derrière sa batterie comme à l'époque dorée de Songs For The Deaf. Et le groupe, Josh Homme en tête, a une revanche à prendre 6 ans après le décevant Era Vulgaris.

7) Yeah Yeah Yeahs
Le groupe le plus fou de la scène new-yorkaise des années 2000 est enfin de retour. Il faudra attendre le printemps pour retrouver la voix puissante de Karen O, les accords électriques de Nick Zinner et la batterie ronde de Brian Chase. 3 ans après It's Blitz! l'attente est interminable.

6) Depeche Mode
Un titre mystérieux mais exaltant et c'est tout. Depeche Mode couve son bébé qui devrait naître en mars prochain. Déjà un Stade de France annoncé et plusieurs stades remplis dans le monde. Le privilège des plus grands.

5) Daft Punk
Enfin un nouvel album attendu par les fans depuis 2005 ? L'enregistrement de la BO de Tron 3 ? Le mystère est une marque de fabrique chez les deux casqués. Mauvaise nouvelle cependant, les dernières rumeurs indiquent que le duo ne devrait pas faire de concert cette année.

4) Vampire Weekend
Le groupe le plus cool des années 2000 - et sûrement des suivantes - revient en 2013. La chanson Unbelievers peut déjà être écoutée sur la toile et Ezra Koening annonce le nouvel album comme plus organique. On a hâte de voir ça.

3) Phoenix
Les petits versaillais ont certes pris leur temps mais ils reviennent au printemps prochain. Une attente entre impatience et retenue : difficile d'atteindre deux fois dans une carrière un chef d'oeuvre comme Wolfgang Amadeus Phoenix. On croise néanmoins les doigts.

2) Arcade Fire
Après un The Suburbs frôlant la perfection, les sept canadiens reviendront en fin d'année pour ce qui s'annonce comme l'un des moments les plus marquants de l'année musicale. Un petit détour - habituel - par Saint-Cloud serait pas mal aussi.

1) David Bowie
C'est LA surprise de ce début d'année. En mars, David Bowie sortira un nouvel album intitulé The Next Day. Le maître de la pop peut-il signer un nouveau millésime ? On l'espère tous, surtout après la sortie de son excellent single. Une tournée serait grandiose également.

dimanche 6 janvier 2013

L'Odysséé de Pi (1,5/5) : Lee nous mène en bateau



L'Odyssée de Pi d'Ang Lee, nous promet une formidable aventure humaine et quasi-philosophique dans un même temps, puisque cette histoire n'est pas sans évoquer celle, célèbre, de Robinson Crusoé. Ici le personnage principal se prénomme Pi (pour Piscine, ça ne s'invente pas ... ) et il est le seul rescapé d'un naufrage dû à une tempête monstrueuse. Il se réfugie sur une barque de misère mais il découvre qu'il n'est finalement pas seul puisque certains animaux (qui étaient présents sur le bateau) se retrouvent avec lui, dont un tigre (nommé Richard Parker). Tout le film est un récit interne : Pi raconte son aventure à un écrivain qui veut adapter son histoire.
 
A priori le film est intéressant, plein de conflits et une histoire qui peut paraître originale, seulement il n'en est rien. Tout d'abord, le naufrage intervient après une bonne demie heure de film, ce qui laisse un peu pantois quand on sait déjà ce qu'on vient voir. Outre cet « inconvénient » (qui n'en est pas forcément un) c'est principalement une impossibilité d'adhérer à la narration qui déstabilise. En effet, beaucoup d'incohérences scénaristiques et d’improbabilités notoires parcourent le film (Pi n'a pas un seul poil qui pousse en 220 jours alors qu'il est pubère, la première chose qu'il a envie de faire quand il arrive sur une île est de se baigner alors qu'il vient de passer plusieurs mois en mer, etc ). L'avantage est qu'on nous épargne tout de même l'amitié homme/animal qui aurait plongé le film dans la niaiserie totale.
 
La nature est toujours belle mais dangereuse (ah ! Kant quand tu nous tient!) : le tigre cette grosse boule de poils menaçante, ces paysages paradisiaques qui cachent un lourd secret, la mer d'huile qui se métamorphose sous la tempête, ... Ce film en offre beaucoup d'exemples, mais très peu de réflexion au finale ; il se contente d'illustrer sans approfondir.Et ceci sur un autre point également : la religion. Présente au tout début du film, le sujet est rapidement évincé. Traitée de manière superficielle alors qu'il y avait décidément quelque chose à creuser : on doit se contenter d'une soupe où toutes les religions (chrétienne, musulmane, hindou) se mélangent parfaitement et sans contradictions. La redéfinition des supplices de Job (cf la Bible) modernise mais ne modifie ni la structure ni les enjeux initiaux. Finalement, il se trouve que pour Pi, Vishnu et Dieu peuvent se côtoyer quand bon lui semble.

Le jeu d'acteur paraît très faible comparé à ce que ça aurait pu donner : Suraj Sharma (Pi), pourtant tout seul sur sa barque, a beaucoup de mal à conquérir son public par un jeu très lisse, sans aspérité, il ne dévoile que très sommairement les facettes de son personnage. On note toutefois la brève apparition d'un Gérard Depardieu qui fait sourire. Sur le thème similaire du mensonge de l'histoire racontée , Big Fish de Tim Burton est amplement supérieur et notamment parce qu'il n'aborde pas des points (philosophie, religion) qu'il a du mal à soutenir. 

L'Odyssée de Pi parvient cependant à mettre en valeur certaines images. Les couleurs et les contrastes lumineux apportent beaucoup à l'atmosphère et participent incontestablement à une esthétique très marquée bien qu'un peu académique. Un seul sentiment subsiste à la fin du film, et pas des plus agréable, celui d'avoir été mené en bateau pendant deux bonnes heures.

mardi 1 janvier 2013

Les meilleurs concerts de l'année !



Retour sur les dix concerts les plus marquants de l'année 2012 !

10) Jack White - La Cigale
Le maître repart en chasse. Dévastateur, moite, testostéroné, Jack White a délivré les accords les plus fabuleux de sa vaste carrière.
Moment intense : I Cut Like A Buffalo

9) Metronomy - Zénith de Paris
Fini le petit groupe confidentiel. Metronomy est dorénavant une machine à tubes capable de retourner n'importe quelle salle. Une révélation.
Moment intense : Love Underlined

8) Muse - Olympia
Débarrassé de tous ses artifices, Muse délivre un concert d'une pureté impossible et d'une puissance novatrice. Un cadeau inoubliable.
Moment intense : Bliss

7) Radiohead - Bercy
La classe des plus grands, la beauté et l'harmonie en plus. Radiohead a prouvé à tout le monde ce soir là que le groupe était entré de façon définitive au panthéon du rock.
Moment intense : The National Anthem

6) Beach House - Trianon
L'oeuvre d'art en action. Sublime et forcément émouvant, le duo a livré une prestation haut de gamme. Et la voix de Victoria Legrand est toujours une performance en soi.
Moment intense : The Hours

5) Sebastien Tellier - Casino de Paris
En une heure et demi de bavardage et de sons électroniques hallucinants, le barbu s'est imposé comme l'artiste le plus talentueux de sa génération. Tout simplement.
Moment intense : Sexual Sportswear

4) Pulp - Olympia
Enfin une reformation à Paris. Enjoué, disponible et heureux d'être là, Jarvis Cocker a embrasé l'Olympia dans une bonne humeur communicative. Entre enthousiasme et génialité.
Moment intense : Common People

3) Chromatics - Pitchfork Music Festival
Le grand moment de ces trois jours de festival. Un son impressionnant, une électro surpuissante, des morceaux en passe d'être anoblis. Un concert à la hauteur du groupe de l'année.
Moment intense : Looking For Love

2) Justice - Zénith de Paris
Une véritable claque. Un spectacle furieux sans aucun temps morts bien aidé par une mise en scène dantesque. Justice a mis à terre tout le Zénith. Et on en redemande.
Moment intense : Stress

1) Bruce Springsteen - Bercy
Le Boss a frappé. 3h30 d'un show époustouflant à la fois mélancolique, électrique, émouvant et joyeux. Une féérie, un moment des plus gracieux, un instant formidable.
Moment intense : Independence Day