L'IMPERTINENCE EDULCOREE
Apparu en 2004 dans le cadre du Grand Journal de Canal +, le Petit Journal a depuis bien grandi. Devenu émission à part entière depuis 2011, il ne cesse de se développer et entame à présent sa deuxième saison. Désormais en deux parties (une plus politique, l'autre plus people), le nouveau format présenté par Yann Barthès ne cesse de coller à l'actualité en montrant les à-côtés des grands et petits événements nationaux ou internationaux.
En huit ans, le programme n'a pas perdu de sa valeur et reste toujours aussi amusant, intelligent et bien mené. L'impertinence des premiers temps est toujours présente et l'ingéniosité des rédacteurs toujours au rendez-vous. La facilité apparente dans le choix des thèmes et des reportages n'altèrent en rien une mécanique bien huilée, sans cesse en mouvement et constamment au coeur des petites histoires parisiennes comme au centre des affaires politiques. Le style demeure d'une efficacité et d'une pertinence redoutable : entre impertinence, satire et dénonciation, il oscille largement entre le commun et le drolatique et offre une palette assez large permettant d'offrir vingt minutes de qualité chaque jour au téléspectateur.
Pourtant, l'indépendance prise ces dernières années semble malheureusement un peu orientée. Et l'émission peine à se défaire d'un "Esprit Canal" très présent qui nuit au caractère unique du concept. Ainsi, l'ensemble manque parfois cruellement de souffle et de pluralité. Sans un recul nécessaire et une acceptation du principe de base du programme, le Petit Journal peut souffrir d'une forte étiquette de donneur de leçons.
Cependant, le travail sur la production gomme ces défauts plus idéologiques que télévisuels. D'autant plus que la multitude d'invités a pour but d'atténuer ces prises de positions involontaires (ou non). A ce titre, on peut noter l'amélioration de Yann Barthès dans ses interviews et son utilisation savoureuse d'un ton faussement candide et naïvement désintéressé. En obligeant son interlocuteur à réagir aux événements récents et marquants, il ne prend plus le risque de s'embourber dans des rapports de forces qu'il ne maîtrise visiblement pas. Enfin, les pastilles et les sketchs réalisés avec ses deux acolytes, Quentin Margot et Eric Metzger sont souvent assez bien trouvés sans pour autant être hilarants.
En définitive, le Petit Journal s'inscrit comme un programme nécessaire et ingénieux qui se démarque fortement de la télé mielleuse et ringarde des autres chaînes. Bien qu'un peu orienté, il pointe le doigt sur ce que nos politiques et nos peoples refusent de nous montrer et tourne en dérision la société en générale. Avec un talent manifeste.

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