jeudi 29 novembre 2012

Rich Aucoin (4/5) : Epique et exaltant



Réjouissez-vous! Rich Aucoin compile le meilleur des années 2000 pour votre plus grand bonheur : l'aspect baroque d'un Sufjan Stevens, la fougue de Of Montreal, la puissance mélodique d'un Fanfarlo, la magnificence d'Arcade Fire, la délicatesse d'un Dead Man's Bones, les sonorités électro de MGMT, le groove et la puissance de frappe d'un Justice. Tout y passe dans une gaité magnifique, un esprit libéré, une explosion de symphonies. 

Le canadien a mis presque trois ans à façonner un album patchwork, à regrouper toutes ses influences sous une même bannière. We're All Dying To Live est une oeuvre épique, aussi délicate qu'abrasive où chaque son se répond dans une beauté commune. La légende dit que 500 musiciens ont participé à ce projet un peu fou et cela se ressent. Entre chaque piste se dégage un étrange sentiment : l'ensemble demeure hétéroclite mais un mince fil relie le tout dans une esthétique fourmillante proche de l'exceptionnelle. Ainsi, l'artiste, pour mieux faire adhérer à une créativité vertigineuse, assène deux hymnes à un auditeur pourtant déjà comblé. Le plus fort et le plus marquant reste l'éblouissant The Little Creatures Know/It/The Greatest Secret In The World, véritable tube instantané et lumineux. L'autre, plus discret, se trouve en fin d'album et clôt un disque assez jubilatoire : Dying To Live sonne comme la conclusion parfaite d'un travail faramineux devant lequel on ne peut que reconnaître un talent rare.

Difficile de se détacher de ce We're All Dying To Live aussi fleuve qu'exaltant. Sa mélancolie enchante quand ses accords impressionnent. On pourrait cependant lui reprocher son manque de singularité, son magnétisme trop prononcé et ses inspirations trop nombreuses. Mais le temps d'une heure, il ravit et s'inscrit comme l'un des moments les plus charmants d'une année musicale abondante. Brian Wilson is A.L.I.V.E ? Oui bien vivant. Et peut-être lui aussi fredonne "We won't leave it all in our heads".

mercredi 28 novembre 2012

Argo (4/5) : Quand cinéma et histoire ne font qu'un



Après The Town et Gone Baby Gone, l'acteur Ben Affleck repasse derrière - et devant - la caméra pour son troisième long-métrage intitulé Argo. L'action se déroule le 4 novembre 1979 : les manifestants de la révolution iranienne envahissent l'ambassade américaine et prennent 52 américains en otage. Seulement 6 personnes parviennent à s'enfuir et à se réfugier au domicile de l'ambassadeur canadien. La CIA décide d'envoyer l'agent Tony Mendez pour les exfiltrer. Son plan est dangereux, risqué, presque suicidaire et n'est possible qu'avec le soutien indirect et secret d'Hollywood. 

Comme souvent ces derniers temps, l'idée est extraite d'un véritable fait divers. Mais là où généralement le concept épuise, il permet ici d'insérer le spectateur dans un réel parfaitement rendu et à l'esthétique subjuguante. Le souci du détail semble être une priorité absolue et l'ensemble s'inscrit dans une démarche de reconstitution minutieuse. Cette résurgence de l'aspect historique invite à une réflexion sur un évènement passé mais aussi à un retour sur l'hégémonie - ou le crépuscule - d'Hollywood sur le cinéma mondial et occidental. En plongeant son public dans un climat de Guerre Froide et de fortes tensions avec le Moyen-Orient - de ce point de vue l'écho entre le temps de narration et notre époque est saisissant - le réalisateur développe un véritable art de la tension où la maîtrise impeccable des péripéties englobe un épisode fascinant et inimaginable. Ainsi, les acteurs excellent (notamment Affleck dans un rôle sur mesure), semblent parfaitement dirigés et apportent une profondeur magnifique et une empathie manifeste à des personnages touchants mais également légèrement stéréotypés. Argo se met au service de l'Histoire en effectuant un travail malicieux sur les contours du cinéma américain et le lien étroit entre les producteurs voir les réalisateurs et les plus hautes sphères politiques et institutionnelles de l'Etat. Ce film d'espionnage s'adosse également aux codes du divertissement en alternant judicieusement entre un ton grave, presque suffocant et un ton plus léger, quasi-comique. Les deux mondes se répondent constamment et conjointement : l'humour riposte à la violence, le dévouement réagit face à la compromission.

Cependant, Ben Affleck ne peut s'empêcher de tomber dans des clichés un peu faciles et manichéens. S'ils paraissent indispensables à sa trame narrative, ils alourdissent un climat forcément pesant et ne servent pas une oeuvre foisonnante. Pourtant, ceux-ci manient à quelques occasions une ironie savoureuse et un recul rassurant et ils permettent ainsi au réalisateur de casser les barrières d'un genre fatalement poussiéreux et repris jusqu'à l'usure.

Argo est un film bouleversant et prodigieux qui possède une double-lecture intelligente et révélatrice du talent en gestation de son auteur. A l'aide d'une adresse fine et d'un brio remarquable, Ben Affleck parvient à tenir en haleine des spectateurs comblés par une intrigue captivante. Malin, drôle, profond, virtuose et réaliste, il signe une oeuvre totale et réussie.

mardi 27 novembre 2012

Rihanna (2/5) : Un deux en un mal maitrisé



Depuis 2005, Rihanna squatte sans interruption les charts. Constamment en mouvement et en fabrication, l'artiste adopte le rythme presque boulimique d'une sortie d'album par an. En sept ans de carrière, la chanteuse a sorti sept opus qui ont façonné à la fois son succès mais aussi son personnage entre célébrité revendiquée, icône glorifiée et personnalité plus touchante et introvertie.
Avec Unapologetic, la barbadienne délivreune oeuvre hautement schizophrène à la puissance calculée et savamment délivrée. La star propose en réalité deux albums en un : un premier qui va de la piste d'ouverture à la septième et un deuxième de la huitième à la dernière. Pour un résultat sensiblement différent. En introduction, l'ensemble est fait pour danser : ouvert et fermé en collaboration avec le célèbre - et nullissime - David Guetta, ce volet assène des beats sans intérêt compressés dans des styles dubstep, électro et urbains. Refrains faciles, mélodies fleurant bon le marketing, featuring profitables, Rihanna met en scène ses aspects les plus fumeux et son esthétique la plus évidente. Impersonnelle, elle se présente comme la chef de file d'un mouvement power girl un peu nauséabond où la sincérité demeure étouffée dans un mélange poisseux entre une efficacité manifeste (Diamonds, Power It Up, Right Now) et une tonne de niaiseries exacerbées (Jump, Loveeeee Song).
L'étiquette commerciale bien collée et justifiée, l'artiste peut alors prendre un virage aussi bien déroutant qu'inattendu. La deuxième partie de l'album paraît en effet beaucoup plus personnelle, moins tambourinante et forcément plus intéressante. La chanteuse épure son style dansant, parfois à l'extrême, parfois avec brio comme avec le très surprenant enchaînement What Now et Stay ou avec le titre minimaliste mais brillamment composé Love Without Tragedy - Mother Mary, véritable symbole d'un disque coincé entre deux aspérités. Rihanna et son entourage s'inscrivent dans une démarche plus sensible qui ne convainc pas toujours mais qui amène l'auditeur vers une reconnaissance méritée.

Seulement, avec autant d'auteurs à sa botte, Unapologetic reste une oeuvre fondamentalement creuse et dénuée d'originalité voir de passion. La production extrêmement lisse tire vers le bas certains titres prometteurs. Un peu effacée, la chanteuse délivre un opus rémunérateur - la présence d'Eminem et surtout celle de Chris Brown - mais bien peu excitant. Comme une provocation passée dans le domaine public.

Andy Burrows (2/5) : Une folk-pop inefficace



Le monde de la musique possède quelques trajectoires particulières. Et celle de Andy Burrows en est une. D'abord batteur chez Razorlight, l'artiste vogue après son départ du groupe vers des contrées moins indie. D'abord fondateur de I Am Arrows, il se glace ensuite avec le leader des Editors, Tom Smith dans des chansons de Noël un peu ridicule pour enfin se retrouver de façon curieuse sur son premier album solo.

Tant de collaborations ont du nourrir et enrichir sa culture musicale et son savoir-faire. Pourtant dans ce premier effort, rien ne transparait vraiment à part une pop-folk acoustique un peu mielleuse, sans véritable temps forts mais avec de grosses longueurs et une inspiration en berne. Company ne dure que 35 minutes mais il semble interminable tant les minauderies du chanteur trouvent un écho famélique dans une production extrêmement lisse et épurée. Rien ne transpire ici à part un solide sentiment d'ennui provoqué par des mélodies faciles et redondantes comme avec un If I Had A Heart fatalement vain ou avec un Hometown faussement émouvant. C'est un fait et c'est un choix, Andy Burrows désire s'orienter vers des harmonies douces, volontairement ralenties, excessivement orchestrées parfois surinterpretées. L'ensemble n'apporte aucune profondeur, aucune magie à des accords beaucoup trop simplistes et la voix n'est pas assez maîtrisée et assurée pour enjoliver des chansons sans intérêt. Mais le plus gros défaut réside dans le rythme donné à chacun des morceaux. Lorsque l'on connait la carrière du bonhomme, on ne peut être qu'effarer par cette rythmique désenchantée, presque monolithique. Comme le talent de l'artiste, elle reste affreusement en retrait.

A vouloir tout parfaitement décorer, Andy Burrows se perd dans des artifices secondaires et en oublie de composer. Inefficace, Company ne démarre jamais et laisse l'auditeur sur la route. Seul avec sa guitare, l'ex-batteur s'égare dans des aspirations qu'il ne dompte pas. Et le disque s'inscrit alors comme un raté indélébile.

lundi 26 novembre 2012

Le Capital (3,5/5) : Agréable et amer



Costa-Gavras revient avec une oeuvre à priori politique tout en s'accompagnant de Gad Elmaleh. L'histoire est la suivante : Marc Tourneuil (Gad Elmaleh) accède à la Présidence de Fenix, une banque internationale. Le film dépeint la vie de cet homme dont la situation se modifie peu à peu depuis qu'il a du pouvoir.

Comme à son habitude Costa-Gavras est bon narrateur et son histoire se raconte elle-même, la fluidité du récit est sans doute un des points forts du long-métrage. Le milieu décrit est certes quelque peu stéréotypé, cependant comment ne pas y croire ? Après tout, des gens motivés que par l'argent ne peuvent avoir aucune décence et il paraît tout à fait normal que leurs seules préoccupations soient le pouvoir et les femmes. Les références à Godard sont presque évidentes, c'est pourquoi, on peut être déçu du faible message politique. Le discours semble éculé, la rivière est tarie depuis longtemps : critiquer le capitalisme semble déjà trop facile et inefficace.

L'autre point fort du film, c'est sa capacité à ne montrer que le milieu de la haute finance : le spectateur est aux côtés des personnages comme l'un d'eux, et il n'a jamais accès aux conséquences sur le « petit peuple » Costa-Gavras arrive ainsi a trouvé une juste distance pour la narration sans paraître didactique ni moralisateur. Le cinéaste connaît bien ses références et il nous le démontre (bien que d'une manière quelque peu simpliste) à l'image de cette femme fatale qui apparaît fugitivement pour la première fois dans une robe rouge et qui ne va cesser de hanter le personnage ; le réalisateur utilise à foison les systèmes de diffusion instantanée (la webcam et autre visiophone) pour bien nous montrer que le capitalisme ce n'est pas un système d'échange d'homme à homme mais d'image à image ; l'emploi des flash–sideways souligne les refoulements que Marc est obligé d'opérer. Tout paraît simple mais suffisamment percutant pour que cela fonctionne. Finalement le seul véritable reproche que l'on peut faire au film c'est la prestation de Gad Elmaleh. Il est bien incapable d'assumer un rôle de cette envergure. Les tics de ses interventions télévisuelles et scéniques ne le quittent plus : on attend la blague à chaque fois qu'il ouvre la bouche. Il dessert vraiment l'ensemble par son jeu très formaté et trop limité. Impossible de soutenir sa voix off également : elle manque de distinction, comme l'impression d'entendre un animateur radiophonique imitant un banquier. Tous les aspects dramatiques du personnage s'efface dans l'impossibilité d'Elmaleh à retranscrire de manière vraisemblable les émotions, pourtant fortes, de son personnage.

Le film est très agréable, mais il souffre d'un certain arrière goût amer. Le Capital n'a pas le message politique fort que l'on pourrait attendre de lui (sur le même thème Cosmopolis de Cronenberg s'en sort mieux) mais il contre-balance par une belle narration qui n'est pas sans évoquer Le Couperet sur certains points.

dimanche 25 novembre 2012

Notons la Télé (NTL) : Dr CAC (4,5/5)

   La pépite discrète

Diffusée sur France 5 chaque soir de la semaine (à 20h20 et à 23h35), Dr CAC est une émission courte de 4 minutes qui met en avant les thèmes incompris de l’économie. Son but est de répondre le plus simplement possible aux interrogations économiques que l’on se pose chaque jour face aux JT. Mêlant humour potache, image d’archives doublées et informations précises, le programme est une véritable pépite méconnue du PAF.

L’émission est construite sur un principe récurrent : le générique nous crie « DR CAC : C’est assez clair » puis apparait un homme directement issue de la télé des années 60 qui se présente « Bonjour, je suis Christian CAC, docteur en économie. CAC, en trois lettres, comme C’est Assez Clair. Et avec moi, l’économie va le devenir… assez claire ! ». Et c’est parti pour quatre minutes hilarantes et ludiques basées sur des vidéos anciennes et poussiéreuses, datant d’une cinquantaine d’année, détournées de leur contexte et doublées magistralement.  Les questions posées sont sérieuses et d’actualité mais le Dr CAC apporte une touche d’humour à tous les sujets : « Pourquoi notre facture électrique augmente-t-elle ? », « Le FMI, c’est quoi ? » ou encore « Comment Facebook gagne de l’argent ? » … Cette saison, une nouvelle rubrique fait son apparition, « la grande idée en économie de … » qui montre que Keynes, Marx ou encore Schumpeter peuvent exister et nous passionner l’espace d’un épisode. 

En résumé, cette émission qui manie parfaitement la plaisanterie et l’économie permet aux plus fainéants de comprendre l’actualité financière de notre pays et de l’apprécier puisque les interrogations sont toujours résolues avec simplicité.

 "Ce programme est très fortement recommandé par le Dr CAC"


mercredi 21 novembre 2012

Focus : L'oeuvre d'art Beach House



Depuis quatre albums, Beach House enchante le monde musical à l'aide d'une novatrice dream-pop aussi mélodieuse qu'enchanteresse. D'abord hésitant, ce style particulier trouve un véritable écho avec l'apparition en 2010 du disque Teen Dream. Enfin le courant possède ses hymnes, découvre des piliers, s'assoit sur une reconnaissance manifeste. Grâce à un formidable bouche-à-oreille, le répertoire de fans, restreint dans un premier temps, ne cesse de grandir et d'autres groupes tout aussi talentueux s'inspirent et émergent - Memoryhouse pour le plus récent. 

La dream-pop a désormais une identité et une aura naissante. Les tubes s'enchaînent jusqu'à la sortie cette année d'un Bloom qui fait évoluer le groupe vers un son encore plus massif, vers des contrées encore plus reculées. Alex Scally et Victoria Legrand repoussent les limites, agrandissent l'horizon de leurs possibilités, s'affranchissent des règles un peu méticuleuses et programmées de leurs débuts. Myth, The Hours, Lazuli, Other People ou Irene développent une tonne de subtilités, un océan de sons encore plus aériens, encore plus évaporées tout en s'ancrant paradoxalement dans une structure plus terre à terre et fortement actuelle. S'envoler pour mieux atterrir en quelque sorte. Gagner également en cohérence et en efficacité. Notamment sur scène. Hier, dans le cadre majestueux du Trianon, les deux compères ont effectué une prestation lumineuse, majestueuse, charismatique. La voix de Victoria est plus en plus maîtrisée, les accords moins arrachés et le concert navigue ainsi à travers des morceaux réorchestrés, presque transcendés. En près d'une heure et demi, Beach House parvient à retourner une salle acquise à sa cause, à toucher au plus profond un public leur réservant une ovation à chaque fin de titre. Le signe d'un groupe finalement pas comme les autres.

En fait, le duo est une oeuvre d'art sur album et redevient extrêmement musical en live. Indispensables, quasiment nécessaires, ces orfèvres de la pop tracent une marque indélébile sur l'Art. Et ils sont en passe de devenir de véritables références pour le futur.

mardi 20 novembre 2012

-M- (3/5) : Un pari osé et (presque) réussi



-M- fait office de pionnier dans l'univers musical français. D'abord méconnu puis consacré avec l'album Qui de nous deux en 2003, le guitariste ne cesse depuis d'étendre son public et son aura à l'aide d'un son et d'une imagerie de plus en plus chiffonnée, attendue et redondante. Au point que le personnage perd de sa superbe, s'enfonce vers un convenu inquiétant si bien que même son auteur le délaisse en revenant de façon plus régulière à sa véritable identité.
 
Pourtant, avec la sortie de Îl, Mathieu Chedid reprend à bras-le-corps sa création, la réinvente et lui accorde un lifting rafraîchissant. Nouveau look pour une deuxième vie serait-on tenter de dire, d'autant plus que musicalement l'album est accompli, parfois égaré mais souvent prodigieusement réalisé. L'artiste semble enfin (re)prendre des risques, explore des contrées peut-être moins instantanées mais à l'intérêt plus grand et au résultat plus abouti. Excepté l'horrible single Mojo ou l'égarement Baia, le disque oscille entre une pop investie et un rock inspiré, parfois facile. Plus généralement, c'est paradoxalement quand il met en avant ses parties de piano qu'il impressionne, notamment dans le très bon morceau d'ouverture Elle, sorte de symphonie pop-rock aux accents baroques, envolée et fascinante. Quand -M- ressort sa guitare, il retombe (un peu) dans les travers d'une folk-rock qui a certes fait son succès mais qui alimentent aussi ses détracteurs (Faites-moi souffrir, Le Film). Décidément fourmillant, le fils Chedid n'hésite pas à se faire plus doux et à titiller la chanson française sur des pistes aussi convaincantes que Laisse Aller, Machine ou l'exquise Océan. Dommage qu'il n'accorde pas plus de nuances à une voix véritablement très (trop ?) haut perchée et forcément épuisante. Îl demeure alors une œuvre extrêmement charmante qui casse les formats et les codes esthétiques forgés par le chanteur.

En définitive, -M- propose un album déstabilisant à la complexité manifeste. En fournissant un album aussi ambitieux, il prend le risque de décevoir et de prendre à contre-pied les espérances populaires placées en lui. Le résultat donne un délicieux pari.

Focus, Chromatics en nouvelle version

Il y a quinze jours, Johnny Jewel, le co-fondateur du label ITALIANS DO IT BETTER et accessoirement tête pensante du groupe CHROMATICS, proposait sur internet et gratuitement un EP concocté en quelques heures dans une chambre d'hôtel parisienne suite à sa performance dantesque au Pitchfork Music Festival. Le multi-instrumentiste réinvente une nouvelle fois son sublime album, Kill For Love : on avait déjà eu la magnifique - bien qu'un peu barbante - version DRUMLESS et voici maintenant l'atmosphérique et lunaire Running From The Sun. 

Agrémentée de quelques inédits, cette offrande prouve l'inventivité et la richesse productive de Jewel. Au fil des trente cinq minutes et des huit pistes, l'album soumet une véritable puissance créatrice mais aussi une volonté manifeste et assez génial de réarrangement à l'aide de collages et d'autres orchestrations. L'auditeur redécouvre dans des formats aériens, pop, délicats des tubes aussi explosifs que Kill For Love ou l'inimaginable These Streets Will Never Look The Same. La voix de Ruth Radelet gagne une profondeur et un charisme bluffant quand les accords électroniques effleurent la synthpop et délaisse l'italian disco. A côté de morceaux connus, Johnny Jewel présente des inédits à la qualité indéniable s'imbriquant dans une oeuvre explorée de façon fragile sous forme de longues plages aussi hypnotiques que réussies. On retiendra alors le langoureux Red Car qui aurait très bien pu figurer sur l'excellent Night Drive ou un Desintegration à couper le souffle tant l'émotion afflue de toutes parts.

Running From The Sun est une parenthèse enchantée, une pause redoutable et féconde dans une tournée arasante. En insistant plus sur le silence que sur les rythmiques dévastatrices, l'artiste Jewel frappe juste et convainc pleinement. Entre talent et inventivité, il s'impose comme l'une des figures à suivre pour les prochaines années.


lundi 19 novembre 2012

Crystal Castles (3/5) : Furieusemement hypnotique




A l'aide d'un style electro-punk tout en saturation et en synthés sophistiqués et affolants, le duo Crystal Castles assène sans relâche depuis 2004 des beats fulgurants à travers le monde. A la fois branché, indé, bien aidé par une presse enthousiaste, le groupe mise sur son énergie pour fédérer autour d'un son oscillant entre l'extrême et le minimaliste.
 
Sur album, cependant, les compositions possèdent une aura limitée et un peu fulgurante empruntée aux bandes-sons des jeux vidéos 8-bit. Le style impressionne aux premières écoutes puis se délite au fur et à mesure et laisse apparaître plusieurs failles notamment dans la cohérence entre les titres. Et encore une fois, III ne déroge pas à la règle : Crystal Castles semble vouloir faire tout trop vite, sans s'attarder sur des détails pourtant cruciaux. Un tel manque de maîtrise frappe l'auditeur qui abandonne un intérêt naissant pour un abandon certain. Néanmoins, l'ensemble du disque reste musicalement très puissant et certains morceaux s'inscrivent parfaitement dans la veine noise-pop voulue par la formation comme avec un Kerosene hypnotique, un Sad Eyes vrombissant ou un Telepath aussi dansant qu'excellent. L'esthétique noire et un peu morbide est toujours présente et s'accorde parfaitement à des rythmiques assez tourbillonnantes et vertigineuses. Mais, malheureusement, tout demeure sensiblement vain et sans souvenir. Principalement dans la voix toujours aussi énigmatique, déformée voir traficotée d'une Alice Glass qui n'envoute et ne transporte que très rarement une série de chansons sans génie mais terriblement efficace.

Comme d'habitude, le duo frappe un grand coup dans l'eau. En n'apportant aucun ingrédient nouveau à une carrière pourtant singulière, les deux musiciens se mordent eux-mêmes la queue. Et ne savent plus trop où aller.

dimanche 18 novembre 2012

Notons la Télé (NTL) : On n'est pas que des cobayes (3,5/5)




Les testeurs de sciences

Apparu en 2011 sur le paysage audiovisuel français, « On n’est pas que des cobayes » est un programme ludique qui met en scène 3 animateurs, assez kitsch mais drôles, qui se transforment le temps d’un épisode en testeurs. Durant 52 minutes, Agathe Lecaron, Vincent Chatelain et David Lowe répondent à nos plus vieilles interrogations. Le dynamisme et l’originalité de cette émission d'un genre nouveau étonnent dans un premier temps mais ravissent ensuite les téléspectateurs.

En effet, France 5 joue au poker en lançant cette émission familiale en octobre 2011, celle-ci étant totalement inédite dans le paysage audiovisuel. Alors véritable succès ou un échec cuisant ? En un an, le programme a pourtant fait ses preuves et la deuxième saison ne fait que confirmer cette réussite naissante. Chaque vendredi, « On n’est pas des cobayes » traite quelques questions qui nous taraudent depuis l’enfance et les animateurs multiplient les méthodes qui répondrait au mieux aux interrogations posées. Généralement, les trois collèges se livrent une bataille folle, aidés de spécialistes, pour impressionner les spectateurs. Installés dans un hangar, la peureuse, le casse cou et le british ont recours à des techniques de laboratoire mais aussi à des tests grandeur nature pour tordre le cou aux idées reçues, démystifier ou confirmer les croyances populaires. Chaque émission compte 3 interrogations telles que : Peut-on marcher sur l’eau ?, Peut-on faire une baguette sans mie ?, La peau de banane glisse-t-elle comme dans les films ? ou encore Une voiture peut-elle exploser comme au cinéma ? Les sujets sont toujours courts, très rythmés et divertissants. Le plus souvent, une des expérimentations est spectaculaire puisque Vincent Chatelain, le casse cou, nous propose des animations jamais vues. Chaque problématique est traitée jusqu’au bout afin de donner une explication scientifique concrète aux nombreuses questions que se posent les français.

Ce programme scientifique qui marie à la fois les expérimentations spectaculaires et la franche rigolade a réussi à rajeunir considérablement l’audience de la cinquième chaine comme avec l’aide de la série Breaking Bad. Cependant, une telle émission pourrait-elle ne pas lasser le spectateur ? Les expérimentations, à terme, peuvent-elles être toujours extraordinaires ? A voir. 

samedi 17 novembre 2012

Notons la Télé (NTL) : Koh Lanta (3/5)



L'aventure drolatique

Après la Thaïlande, le Panama, le Vanuatu ou encore la Nouvelle-Calédonie, place à la Malaisie pour cette douzième édition (hors Retour des héros) de l'un des programmes les plus appréciés sur la première chaîne, Koh Lanta. Et comme on ne change pas une recette qui marche et qui rapporte, on retrouve tous les ingrédients des précédentes versions. Le téléspectateur avait eu le droit à des noms d'équipes aussi ridicules et savoureux que les Korok, Guntao ou les Jacaré : cette fois-ci les candidats  toujours jaunes et rouges, sont respectivement les Sungaï et les Mawar. Evidemment le fidèle Denis Brogniart est toujours aux commandes et le but est bien sûr d'être l'ultime survivant d'une compétition entre défis sportifs, survie sur une "plage de sable fin", stratégie machiavélique et trahison théâtrale. A partir de ce simple rappel des règles, il y a deux sortes de façon de regarder cette télé-réalité : être fasciner par l'aventure ou être avide de franches rigolades autour de candidats mythiques. 

En effet, le succès de l'émission repose sur son casting souvent excellent. Au fur et à mesure des années, les participants ont connu une évolution. D'abord simple personne désirant participer à une aventure un peu extrême - n'oublions pas que Fear Factor connaissait à l'époque un certain succès - le profil a bifurqué vers trois axes majeurs : le dépassement de soi, la reconnaissance (ou la fierté) des proches, la vie d'aventurier (ou de "Robinson" comme dirait Denis). Ainsi, depuis la première saison en 2001, bon nombre de figures marquantes ont émaillé les différents épisodes. Qui ne se souvient pas de Nicolas dans Koh Lanta 2, le stratège infâme capable des coups les plus pernicieux ? De Moundir, de Momo, de Patrick et  de son célèbre slip de bain ou de Véronique (Koh Lanta 7), la seule participante qui ne savait pas nager ? L'année dernière le félin Gégé avait connu un succès fulgurant. Et le moins que l'on puisse dire c'est que cette année TF1 a fait très fort : entre Philippe et son jardin réservé à ses trouvailles "koh-lantesque", Sara et ses pompes, ses muscles, son côté "Rambo", Anthony, le plombier marseillais et Marie, la belge dictatoriale, on peut affirmer que le public est gâté. 

Après un Retour des Héros décevant, la production se devait de redresser la barre pour satisfaire ses deux types de téléspectateurs. Finalement, tout le monde est content, les amoureux de l'aventure comme les plus ironiques. Cependant, le programme est véritablement - et encore plus cette année - sauvé par ses concurrents. Pour les amateurs, le format souffre d'une redondance poussée à un paroxysme parfois fatiguant. Dans le montage, dans la musique d'ambiance, parfois même dans les résumés, tout semble annoncé et formaté à l'extrême. Et cela gâche sensiblement le plaisir. Le travail sur la production parait alors un peu feignant même si l'ensemble demeure farouchement efficace. 

En définitive, Koh Lanta a encore de beaux jours devant lui. Furieusement comique pour ceux qui le désirent, émouvant pour les autres, le concept se porte très bien. Lors du dernier épisode, les bons sentiments ont (déjà) volé en éclats et cela promet quelques épisode des plus excitants. Dommage que les clichés, nécessaires, ternissent un tableau et une scène des plus drôles. 

vendredi 16 novembre 2012

Pulp à l'Olympia, aussi bon que la première fois



Les fans attendaient cela depuis bien trop longtemps. Depuis leur récente reformation, Pulp n'avait pas encore (re)fouler les scènes parisiennes. Dix longues années qui ont vu Jarvis Cocker s'égarer un peu en solo, revenir vers ses premiers amours, reprendre le chemin des routes. Et enfin, en cette nuageuse soirée d'automne, le (re)voilà dans notre belle capitale, en tête d'affiche du vingt-cinquième festival des Inrocks, le même qui l'avait propulsé vers la gloire en 1991. Pour l'occasion, la salle de l'Olympia affiche complet depuis plusieurs semaines et dans le public, on ressent ce petit frisson des nuits endiablées, des souvenirs impérissables.

La musique d'ambiance s'éteint à peine que les cris apparaissent, que les clappements de mains surgissent de la fosse et que les têtes bouillonnes déjà. Pourtant, les lumières sont toujours allumées mais un grognement résonne comme un épuisant compte à rebours. Mais quand elle s'éteignent la joie envahit les coeurs des milliers de spectateurs et des néons verts apparaissent délivrant quelques messages sympathiques. Les musiciens investissent la salle, Jarvis s'affutent derrière le rideau. Celui-ci tombe et comme un symbole Pulp démarre avec un Do You Remerber The First Time d'anthologie. Le son excellent met en avant les cinq musiciens et Cocker se dandine déjà comme un maître de cérémonie absolument déchaîné, en pose constante et en volupté inégalable. A l'aide d'un humour très britannique, il rythme son set et balance sans sourciller et avec panache un répertoire de tubes complètement faramineux : Pink Glove, Razzmatazz, Disco 2000, Babies, This Is Hardcore ... Les hymnes sont de sortie et le public les hurlent dans une ambiance extrêmement joyeuse. Tous les titres sont parfaitement exécutés et magnifiés par un Jarvis Cocker excellant dans son personnage à la fois poétique et fondamentalement populaire. Pour clore la première partie, il annonce Common People. Le sol de l'Olympia tremble comme jamais, le concert est à un paroxysme formidable, presque transcendantal et se conclue dans un fracas digne des plus belles louanges. En rappel, le groupe n'est pas en reste et propose un enchaînement Countdown, Little Girl (With Blue Eyes), Mis-Shapes, Live Bed Show émouvant, savoureux et jouissif.

Après deux heures de show et près de dix-neuf morceaux joués, la formation quitte un public parisien conquis. Presque trop tôt tant les retrouvailles s'imposent comme une réussite rare et sublime. En reposant le pied sur Paris, Pulp réaffirme son statut de maître d'une brit-pop lyrique, mélodique et inspirée. Et tout le monde en redemande.

SETLIST : Do You Remember The First Time / Pink Glove / Razzmatazz / Something Changed / Disco 2000 / Sorted For E's & Wizz / F.E.E.L.I.N.G.C.A.L.L.E.D.L.O.V.E / Acrylic Afternoons / Have You Seen Her Lately ? / Babies / Help The Aged / This Is Hardcore / Sunrise / Bar Italia / Common People / Countdown / Little Girl (With Blue Eyes) / Mis-Shapes / Live Bed Show

mercredi 14 novembre 2012

Looper (4/5) : Un monstre jubilatoire





Comme souvent ces derniers temps dans le cinéma américain, la scène d'introduction fait l'objet d'un véritable travail d'orfèvre dans le but de plonger le spectateur dans l'imagerie et la virtuosité du metteur en scène. Ici, on retrouve Joe, le personnage principal, accroupi, son arme à la main, tentant d'apprendre quelques mots de français dans un champ d'une luminosité phénoménale et presque désert quand sa cible apparaît soudainement sur le drap blanc posé un peu plus loin pour se faire tuer. En moins d'une minute, l'intérêt est déjà à son paroxysme et l'histoire s'apprête à être dévorée par un public exalté. 


Dans un futur proche, la mafia met en place un système infaillible pour faire disparaître les témoins gênants en les envoyant dans le passé où des Loopers - sorte de tueurs en séries modernes - les éliminent. A partir d'un scénario futuriste, ambitieux mais sans complexité apparente, Rian Johnson propose un long-métrage aux variétés multiples : s'inscrivant dans un premier temps dans la science-fiction la plus habituelle, plusieurs couches se superposent par la suite et offrent un panel fascinant de différents embranchement. La comédie apparaît à petite dose puis le thriller noir et ombrageux mais également l'aspect fortement psychologique notamment dans la deuxième partie de l'oeuvre. Looper est un monstre jubilatoire à plusieurs têtes qui jonglent constamment entre les esthétiques pour fédérer autour d'une moralité un peu convenue. Johnson possède le talent d'imprégner à son travail des éléments novateurs à un cadre pourtant extrêmement formel. Le rythme est ainsi celui des grosses productions américaines quand les idées développées s'inspirent d'horizons plus vastes et se rapprochent de génies du divertissement comme Christopher Nolan. Par conséquent, le réalisateur met en lumière son savoir-faire méthodique et minutieux qui réinvente les codes d'un genre spectaculaire effleurant sans cesse le cliché et pénétrant dans une dramaturgie presque inconsciente et incandescente. 


La photographique, bien que changeante voir déstabilisante, est magnifique et porte aux nues un casting imposant. Bruce Willis demeure à l'aise dans un rôle qu'il a, malheureusement, maintes et maintes fois exploré et Joseph Gordon-Levitt justifie son nouveau statut d'acteur bankable. Mention spéciale à la futur star Pierce Gagnon qui a son âge encore très jeune électrise une aura grandissante. Seul Emily Bunt surjoue un peu son rôle de mère protectrice. 



En définitive, le plus grand défaut du film réside dans un bavardage un peu omniprésent et quelques longueurs arasantes gâchant quelque peu un final tout en suspens. Innovant et conventionnel, Looper s'impose comme un film intelligent et maîtrisé où tout fleure bon le calcul, l'audace et la transformation. Universel, il ravira les initiés et le grand public.



Benjamin Biolay à la Cigale : Un retour acclamé




Une semaine après la sortie de son nouvel album Vengeance, Benjamin Biolay se retrouve propulsé en tête d'affiche de l'une des nombreuses soirées organisées dans le cadre du Festival des Inrocks. Une petite ironie du destin quand on sait que le magazine désormais dirigé par la journaliste Audrey Pulvar n'avait pas toujours été très tendre avec le natif de Villefranche-sur-Saône. 

Avant de découvrir les nouvelles compositions duchanteur, deux premières parties étaient proposées. Mai Lan monte alors sur scène dans une ambiance polie et respectueuse. Si le nom ne vous dit peut-être rien, la chanteuse est la star de la récente pub SFR où on la voit revivre son enfance avec un père fictif et surtout très connecté. Musicalement, les titres proposés sont d'une faiblesse assez incommensurable. C'est mignon certes mais la prestance des trois musiciens s'apparente plus à un spectacle de fin d'année qu'à une véritable performance scénique. Heureusement, la belle reste souriante et obtient l'adhésion des festivaliers forcément séduits par ce sourire ravageur. Trente minutes de guimauve inutiles, pas méchantes mais aussi vite oubliées que consommées. 


Deuxième artiste de la soirée, Yan Wagner, accompagné de deux musiciens, investit la Cigale pour un show extrêmement électronique, un peu visuel, à mi-chemin entre un Kraftwerk perdu sur l'autoroute et un Depeche Mode sans charisme. D'une fraicheur assumée, Wagner propose une musique répétitive, redondante, sans vie, sans âme et seulement soutenu par une rythmique sauvage et fatigante. Un peu hautain, un peu prétentieux, le chanteur parvient à fédérer autour de lui un certain enthousiasme et clôt un set décevant et pantouflard dans un acclamation quasi-générale. 

Après deux si mauvaises performances, le terrain semble dégagé pour un Benjamin Biolay attendu de pied ferme par un public parisien impatient de le retrouver. A peine les lumières s'éteignent que la magie opère malgré un son assez mauvais - une habitude pour les Inrocks. Alternant les succès antérieurs et les nouveaux morceaux, le compositeur paraît prendre un plaisir évident. Pour son dernier concert de l'année, il ne cesse de remercier les acclamations d'une foule conquise par des titres accrocheurs et subtilement orchestrés. Les chansons de Vengeance passent de façon remarquable l'épreuve du live notamment un Marlène Déconne merveilleux ou un Confettis décidément très fort en émotion. Orelsan vient faire son apparition dans un bruit incroyable et Biolay visiblement pressé ne reste que 50 minutes sur scène avant de nous dire au revoir. Pour rappel, seulement deux chansons avec un Padam d'anthologie et un Brandt Rhapsodie en compagnie de Jeanne Cherhal. 

Visiblement fatigué, la star de la soirée a privilégié la qualité à la quantité.  Un peu court (1h), le concert n'en reste pas moins la confirmation du talent manifeste et précieux d'un artiste presque inégalable en hexagone. Contemplatifs, les spectateurs ont alors pu assister à des moments rares et forcément convaincants.

Benjamin Biolay (3,5/5) : Une simple réussite



Les premières notes de La Superbe avaient marqué un tournant. Benjamin Biolay, éternel insolent de la chanson française, franchissait enfin le pont de la reconnaissance avec un double-album absolument fabuleux, aux références nombreuses, à la puissance mélodique exaltée et au charisme évident. Trois ans plus tard, le natif de Villefranche-sur-Saône revient après les récompenses avec un album forcément très attenduet agrémenté d'une multitude de collaborations. 

Difficile de reproduire un coup de maître et de se replonger dans un univers aussi marquant. Aux premières écoutes, Vengeance se pose comme une oeuvre relativement décevante où les accords semblent moins envolées et les paroles plus faiblardes. Compliqué également de retrouver la patte Biolay, son charme et sa voix si caractéristique dans tous ces duos à la qualité aléatoire. On passe ainsi du très bon avec les deux magnifiques ballades en compagnie de Vanessa Paradis (Profite) et de Julia Stone (le sublimissime Confettis) voir avec l'imposant mélange pop-rap, La Belle Epoque (Oxmo Puccino aux manettes) au franchement très insuffisant. Venganza avec Sol Sanchez sonne comme une faillite inhabituelle - aspect que l'on retrouve avec un Orelsan décidément insupportable - et Vengeance avec l'inusable Carl Barat s'abandonne à un lyrisme un peu gauche. Cependant, la principale qualité de Biolay saute régulièrement aux yeux : le chanteur dispose toujours de cette force de composition impressionnante. Que ce soit sur l'efficace et subtil Aime Mon Amour ou l'électro-pop et poétique Marlène Déconne, l'artiste retrouve les contours de ses prouesses antérieures et sans les dépasser, égale son génie dans une satisfaction non dissimulée. L'album s'inscrit comme une réalisation bien au-dessus du correct, une transition vers un travail peut-être plus recherché et plus inventif. 


Benjamin Biolay parvient ainsi à éviter l'écueil de la répétition sans convaincre pleinement un public néanmoins conquis par des morceaux qui oscille entre le merveilleux et un commun redouté et accepté. En signant un disque accompli, il revient sur terre et continue sa route vers un succès de plus en plus grandissant. 



lundi 12 novembre 2012

Kendrick Lamar (1/5) : Un album du passé



C'est la nouvelle superstar du rap. Le californien est entrain de révolutionner le petit monde du hip-hop bien aidé par une presse dithyrambique et un réseau de fans de plus en plus croissant. Mais face à l'épreuve de l'écoute, une seule question subsiste : pourquoi tant de bruit pour un album aussi poussiéreux et dénué d'intérêt culturel ? 

Au fil des douze pistes de l'album, l'artiste semble effectuer un perpétuel retour en arrière. Les percussions sont convenues, les synthés paraissent venir d'une cave abandonnée par un Dr Dre présent en featuring sur l'insupportable Compton et l'esthétique d'ensemble demeure bien passéiste. Inutile de dire qu'en terme d'originalité good kid m.A.A.d city n'apporte rien de nouveau et tombe même parfois dans un cliché vomissant et rébarbatif comme avec un lamentable Bitch, Don't Kill My Vibe. L'auditeur se retrouve plongé dans une pâle copie de précédentes influences bourrée de lieux-communs et qui se caractérise à la fois par un vide mélodique et un vide de pensée. Rien ne ressort et tout s'oublie dans ce marasme entendu mille fois qui ne se différencie que par son caractère affreusement commun. Seul la piste good kid parvient à apporter autre chose que de la médiocrité crasse et un oubli certain. 

Finalement, l'engouement autour de Kendrick Lamar reste une énigme non résolue. Peu efficace, redondant, flemmard, brouillon et ordinaire, il signe une oeuvre aux contours grossiers et au talent absent. Et se retrouve à la tête d'une révolution quelconque.


Film de la semaine : Frankenweenie - Tim Burton (2/5)



Après un médiocre Dark Shadows, Tim Burton revient avec l'adaptation d'un de ses courts-métrages. Lorsque l'on connaît l'original, ici rien ne surprend. L'histoire est la même (à quelques inventions près) : un jeune garçon doué en sciences perd son chien adoré « Sparky » sous les roues d'une voiture. Il décide de le ramener à la vie à l'aide d'une décharge électrique et miracle, ceci fonctionne. « It's alive ! ». Outre quelques ajouts, le scénario est en tout point le même que celui du court-métrage.


Les références ne sont même pas cachées, Burton est un grand fan des vieux films horrifiques : le nom de famille du personnage principal n'est autre que Frankenstein, difficile de faire plus simple et plus éloquent. Et beaucoup d'éléments ne sont que des reprises d'autres films : le noir et blanc rappelle celui d'Ed Wood, la banlieue WASP n'est pas sans évoquer Edward Scissorhands et le design général (les personnages et le stop motion) est vraiment similaire à The Corpse Bride. Comme si Burton était passé du côté de l'écologie et avait décidé de recycler. Il n'a même plus la décence de cacher son manque d'innovation formelle comme scénaristique. On retrouve même le personnage de Staring Girl, créée dans l'un de ses poèmes. Le loufoque s'est évaporé, les thèmes sont édulcorés : tout le charme s'est évanoui. D'autant plus que Danny Elfman n'est pas là pour rattraper le coup. La musique, loin d'être mauvaise, n'est pas de celle qu'on se souviendra (Batman, Nightmare Before Christmas, ...). 

Ce film peine également à trouver son public : un univers enfantin mais sombre qui ne sied guère au jeune public et qui lassera les avertit car trop simple. Aller voir un Burton n'est plus synonyme de claque cinématographique ou de voyage obscur et romantique. Fini la transgression. Il faudrait à Burton un électrochoc pour se ressaisir ; revivre à l'image de son protagoniste, s'il veut rester un réalisateur incontournable. La baleine Disney semble n'avoir fait qu'une bouchée de Tim Pinocchio Burton, pourvu que le feu prenne assez vite.

dimanche 11 novembre 2012

Notons la Télé (NTL) : Qui veut épouser mon fils ? (3/5)





Durant l’été 2010, la France avait été marqué par une émission drôle, percutante mais néanmoins assez artificielle : Qui veut épouser mon fils ? Le 3 novembre, TF1 a renouvelé l’expérience et a diffusé le tout premier épisode de la seconde saison de cette télé-réalité nouvelle génération. Le concept est simple, 4 mères et un père ont pour mission de trouver LA jeune femme qui correspond en tous points à leurs exigences et à celles de leurs fils mais espèrent secrètement garder leur rejeton à la maison. Pour cela, ils testent les prétendantes avec des dictés, du shopping coquins ou enfin la visite d’une garderie parisienne.  


La saison dernière, Giuseppe et sa mère Marie-France avaient assuré le spectacle tout au long de l’émission et TF1 se devaient de trouver des candidats à la hauteur. La mécanique est bien rodée : la chaine privée n’a pas eu à redoubler d’imagination, le secret d’un programme comme celui-ci réside avant tout dans le casting de « Don Juan » limités, de parents excentriques et de prétendantes qui n’ont pas froid aux yeux ni aux jambes. Cette nouvelle édition démarre sur les chapeaux de roues avec 5 couples père/mère-fils dynamiques et légèrement stéréotypés : les aristos-chic, les beaufs attachants, les juifs extravagants, le couple père-fils cagole et Barbie & Ken. Ce n’est un secret pour personne, ces 5 damoiseaux ne sont pas là pour mener à bien leur quête de la femme idéale mais bien pour s’exposer aux yeux du grand public dans l’espoir de se faire remarquer et pour certains de profiter des atouts non dissimulés des prétendantes. Durant les épisodes, les visages de certaines prétendantes ne nous sont pas étrangers et pour cause la charmante Elodie s’est déjà « confiée » aux caméras de Tellement Vrai (son ambition première : devenir danseuse/aguicheuse dans les clips de rappeur), Karine quant à elle, cherchait l’amour dans le pré accompagné de Karine Lemarchand et enfin pour les plus cultivés, Cindy a fait ses classes à l’école du cinéma pour adulte. Tout au long de l’émission, Elsa Fayer fait quelques apparitions, aussi brèves soient-elles. Néanmoins, cette dernière arrive à redonner du rythme à un programme qui traine en longueur et se répète. Comme toutes ces émissions spectacles, des résumés assez longs de l’épisode précédent ou encore de celui en cours rabâchent les rares moments forts qui nous sont proposés par la grande chaine.



Cette nouvelle saison de Qui veut épouser mon fils ?, bien que légèrement vide, nous ravis par sa simplicité et ses ingrédients qui font toujours mouches. C’est avant tout la bêtise et le ridicule des différents intervenants qui rendent cette "agence matrimoniale télévisuelle".




vendredi 9 novembre 2012

Concert : La magie Tellier





Après un concert dantesque au Pitchfork Music Festival et un Olympia l'année prochaine, le (très) charismatique Sébastien Tellier s'accordait hier une petite parenthèse dans la minuscule salle de L'Avant-Seine à Colombes. Environ 250 chanceux avaient l'occasion d'approcher le gourou de l'Alliance Bleue et de découvrir certains de ses plus fameux tubes. 

Dès son arrivée sur la chanson Pépito Bleu, le célèbre barbu met en place l'esthétique et le ton de son spectacle : autour de son personnage un peu mystique, décalé et franchement hilarant, l'artiste assène des chansons musicalement parfaites, profondément jubilatoires et émotionnellement exaltantes. Comme si l'orfèvre pop et électro avait besoin entre chaque morceau de démystifier son excellence, de rendre ridicule un talent débordant. En réalité, Tellier se fait incroyablement plaisir. Souriant, communicatif et prodigieux, il maîtrise son public et son verbe comme il maîtrise son art et ses compositions. A l'aide de ses deux musiciens, il demeure aussi à l'aise dans un Sexual Sportswear ébouriffant que dans un Divine presque extatique, toujours aussi efficace et entêtant. Les chansons de My God Is Blue sont rodées et cela se sent : Cochon Ville fait déjà partie des meubles et le magnifique Russian Attraction - ou le puissant Against The Law - opèrent dans un registre plus électrique non sans garder le charme et la finesse de l'écriture du chanteur. Mais il existe dans la discographie du compositeur un monument, un titre qui justifie à lui tout seul sa grandeur et son aspect lumineux. Dès les premières notes de La Ritournelle, la magie opère. Fini le pitre, fini les doutes, l'artiste est un mythe, une légende vivante, un musicien frôlant la perfection. Une courte pause et il revient avec une autre prouesse de son répertoire. L'Amour et la Violence sonne comme la confirmation d'une inspiration irrationnelle et féconde. Un tourbillon d'émotions contraires délicates et enchantées. En clôture, il semble nous offrir La Dolce Vita et Look avec la simplicité qui le caractérise avant de s'effacer définitivement.


C'est dans ces concerts à l'ambiance un peu bizarre que l'on voit la volupté et le professionnalisme d'un artiste. Sébastien Tellier a proposé un show phénoménale, extrêmement addictif et contemplatif. Et il s'impose (une nouvelle fois) comme l'un des personnages les plus doués et affranchis de sa génération.

Focus : John Talabot, l'électro retrouvée ?


Il est à peu près 21h30 dans la Grande Halle de la Villette quand une foule compacte et curieuse s'apprête à découvrir ou à apprécier l'une des plus belles révélations du Pitchfork Music Festival. L'espagnol John Talabot entre en scène et distille pendant près d'une heure une électro saisissante, à la limite de l'exceptionnelle.



Les boucles sont inlassablement répétées, les mélodies effleurées, les gimmicks assénés avec une maîtr
ise incroyable et le rythme impressionne à mi-chemin entre une house réorchestrée et un dubstep vivifiant. Minimaliste, la musique proposée par le résidant de Barcelone n'en reste pas moins extrêmement soignée et déposée avec une singularité imparable et forcément unique. L'artiste n'hésite pas non plus à poser sa voix sur quelques titres afin d'apporter une profondeur nouvelle à des titres en constante répétition symphonique. Le concert est véritablement une claque, la mise en avant d'un phénomène, la promotion d'harmonies basiques mais subtilement agencées. Le public ne s'y trompe pas et acclame chacune des prouesses délivrées par le catalan.



D'ailleurs, son album Fin s'inscrit également dans cette logique et prouve que John Talabot est aussi à l'aise en studio qu'en live. Et le pari n'était pas gagné d'avance tant les couches se superposent avec malice et talent sur certaines pistes comme la phénoménale Depak Ine ou la plus hypnotique El Oeste.
Un premier disque aussi réussi en appelle d'autres. 



L'artiste a encore un long chemin pour révolutionner une électro propre aux répétitions grasses et communes. Du Hipster à la reconnaissance totale, il n'y a qu'un pas que le producteur devra franchir en évitant l'écueil de la facilité. 






jeudi 8 novembre 2012

Raphaël (3,5/5) : Résurrection passagère

Depuis son miteux Caravane, le beau et insipide Raphaël arbore l'image d'un chanteur à minette un peu méprisant, un peu imbus de sa personne et développant un sérieux amour pour son propre nombril. Difficile alors pour lui de s'échapper des refrains faciles, des tournées remplies à travers l'hexagone et des promotions assurées. Et pourtant, l'artiste vient de prendre à contre-pied bon nombre de fans et de critiques.
Aux premières écoutes, un constat s'impose clairement au-delà de la qualité de l'album : Super-Welter est totalement décomplexé, foisonnant, référencé et profondément intéressant. Pour la première fois, Raphaël semble s'affranchir des contraintes et des lourdeurs de ses précédents efforts. Ainsi, le disque sonne comme un lâcher-prise évident, bienfaiteur, nécessaire et s'inscrit comme une récréation à l'inventivité folle dans laquelle l'ombre de Bashung ne cesse de planer. A sa folk traditionnelle et plate, le compositeur ajoute des ambiances électroniques saisissantes et des ingrédients pop ciselés et réfléchis. Et le résultat est plutôt bon : Manager s'impose comme un excellent single avec ses arrangements empruntés rapidement à Bowie, Déjà-Vu offre une chansonnette exquise et Asphalte frappe un grand coup avec ses gimmicks entêtants et sa mélodie entraînante. Mais deux titres symbolisent cette prise de risque plus ou moins maîtrisée : Collision et Mariachi Blues balancent entre le commun et le fabuleux, entre l'agaçant et le lunaire, entre le facile et le complexe. Le chanteur se manque autant qu'il impressionne et offre une oeuvre fascinante bien qu'un peu écornée.
En effet, l'ensemble manque clairement de singularité et pioche dans l'héritage musical (inconscient ou non) de Raphaël. Le problème reste avant tout esthétique : la production est encore une fois beaucoup trop lisse et léchée comme si l'artiste n'avait pas voulu pousser l'expérience jusqu'à un paroxysme dangereux. Enfin, malheureusement la voix paraît toujours aussi candide, nasillarde voir parfois incroyablement fade comme sur la chanson Voyageur Immobile.

Super-Welter est un album surprenant dont la découverte permet de se réconcilier de façon ponctuelle avec un artiste forcément catalogué. Sans atteindre les sommets, Raphaël propose une plongée dans une écriture plus personnelle et profonde. En attendant une confirmation illusoire. 

mercredi 7 novembre 2012

Notons la Télé (NTL) : Le Petit Journal (4/5)


L'IMPERTINENCE EDULCOREE


Apparu en 2004 dans le cadre du Grand Journal de Canal +, le Petit Journal a depuis bien grandi. Devenu émission à part entière depuis 2011, il ne cesse de se développer et entame à présent sa deuxième saison. Désormais en deux parties (une plus politique, l'autre plus people), le nouveau format présenté par Yann Barthès ne cesse de coller à l'actualité en montrant les à-côtés des grands et petits événements nationaux ou internationaux. 

En huit ans, le programme n'a pas perdu de sa valeur et reste toujours aussi amusant, intelligent et bien mené. L'impertinence des premiers temps est toujours présente et l'ingéniosité des rédacteurs toujours au rendez-vous. La facilité apparente dans le choix des thèmes et des reportages n'altèrent en rien une mécanique bien huilée, sans cesse en mouvement et constamment au coeur des petites histoires parisiennes comme au centre des affaires politiques. Le style demeure d'une efficacité et d'une pertinence redoutable : entre impertinence, satire et dénonciation, il oscille largement entre le commun et le drolatique et offre une palette assez large permettant d'offrir vingt minutes de qualité chaque jour au téléspectateur. 

Pourtant, l'indépendance prise ces dernières années semble malheureusement un peu orientée. Et l'émission peine à se défaire d'un "Esprit Canal" très présent qui nuit au caractère unique du concept. Ainsi, l'ensemble manque parfois cruellement de souffle et de pluralité. Sans un recul nécessaire et une acceptation du principe de base du programme, le Petit Journal peut souffrir d'une forte étiquette de donneur de leçons.

Cependant, le travail sur la production gomme ces défauts plus idéologiques que télévisuels. D'autant plus que la multitude d'invités a pour but d'atténuer ces prises de positions involontaires (ou non). A ce titre, on peut noter l'amélioration de Yann Barthès dans ses interviews et son utilisation savoureuse d'un ton faussement candide et naïvement désintéressé. En obligeant son interlocuteur à réagir aux événements récents et marquants, il ne prend plus le risque de s'embourber dans des rapports de forces qu'il ne maîtrise visiblement pas. Enfin, les pastilles et les sketchs réalisés avec ses deux acolytes, Quentin Margot et Eric Metzger sont souvent assez bien trouvés sans pour autant être hilarants. 

En définitive, le Petit Journal s'inscrit comme un programme nécessaire et ingénieux qui se démarque fortement de la télé mielleuse et ringarde des autres chaînes. Bien qu'un peu orienté, il pointe le doigt sur ce que nos politiques et nos peoples refusent de nous montrer et tourne en dérision la société en générale. Avec un talent manifeste.