mardi 20 novembre 2012

-M- (3/5) : Un pari osé et (presque) réussi



-M- fait office de pionnier dans l'univers musical français. D'abord méconnu puis consacré avec l'album Qui de nous deux en 2003, le guitariste ne cesse depuis d'étendre son public et son aura à l'aide d'un son et d'une imagerie de plus en plus chiffonnée, attendue et redondante. Au point que le personnage perd de sa superbe, s'enfonce vers un convenu inquiétant si bien que même son auteur le délaisse en revenant de façon plus régulière à sa véritable identité.
 
Pourtant, avec la sortie de Îl, Mathieu Chedid reprend à bras-le-corps sa création, la réinvente et lui accorde un lifting rafraîchissant. Nouveau look pour une deuxième vie serait-on tenter de dire, d'autant plus que musicalement l'album est accompli, parfois égaré mais souvent prodigieusement réalisé. L'artiste semble enfin (re)prendre des risques, explore des contrées peut-être moins instantanées mais à l'intérêt plus grand et au résultat plus abouti. Excepté l'horrible single Mojo ou l'égarement Baia, le disque oscille entre une pop investie et un rock inspiré, parfois facile. Plus généralement, c'est paradoxalement quand il met en avant ses parties de piano qu'il impressionne, notamment dans le très bon morceau d'ouverture Elle, sorte de symphonie pop-rock aux accents baroques, envolée et fascinante. Quand -M- ressort sa guitare, il retombe (un peu) dans les travers d'une folk-rock qui a certes fait son succès mais qui alimentent aussi ses détracteurs (Faites-moi souffrir, Le Film). Décidément fourmillant, le fils Chedid n'hésite pas à se faire plus doux et à titiller la chanson française sur des pistes aussi convaincantes que Laisse Aller, Machine ou l'exquise Océan. Dommage qu'il n'accorde pas plus de nuances à une voix véritablement très (trop ?) haut perchée et forcément épuisante. Îl demeure alors une œuvre extrêmement charmante qui casse les formats et les codes esthétiques forgés par le chanteur.

En définitive, -M- propose un album déstabilisant à la complexité manifeste. En fournissant un album aussi ambitieux, il prend le risque de décevoir et de prendre à contre-pied les espérances populaires placées en lui. Le résultat donne un délicieux pari.

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