Depuis son miteux Caravane, le beau et
insipide Raphaël arbore l'image d'un chanteur à minette un peu
méprisant, un peu imbus de sa personne et développant un sérieux amour
pour son propre nombril. Difficile alors pour lui de s'échapper des
refrains faciles, des tournées remplies à travers l'hexagone et des
promotions assurées. Et pourtant, l'artiste vient de prendre à
contre-pied bon nombre de fans et de critiques.
Aux premières
écoutes, un constat s'impose clairement au-delà de la qualité de
l'album : Super-Welter est totalement décomplexé, foisonnant, référencé
et profondément intéressant. Pour la première fois, Raphaël semble
s'affranchir des contraintes et des lourdeurs de ses précédents efforts.
Ainsi, le disque sonne comme un lâcher-prise évident, bienfaiteur,
nécessaire et s'inscrit comme une récréation à l'inventivité folle dans
laquelle l'ombre de Bashung ne cesse de planer. A sa folk traditionnelle
et plate, le compositeur ajoute des ambiances électroniques
saisissantes et des ingrédients pop ciselés et réfléchis. Et le résultat
est plutôt bon : Manager s'impose comme un excellent single avec ses
arrangements empruntés rapidement à Bowie, Déjà-Vu offre une
chansonnette exquise et Asphalte frappe un grand coup avec ses gimmicks
entêtants et sa mélodie entraînante. Mais deux titres symbolisent cette
prise de risque plus ou moins maîtrisée : Collision et Mariachi Blues
balancent entre le commun et le fabuleux, entre l'agaçant et le lunaire,
entre le facile et le complexe. Le chanteur se manque autant qu'il
impressionne et offre une oeuvre fascinante bien qu'un peu écornée.
En effet, l'ensemble manque clairement de singularité et pioche dans
l'héritage musical (inconscient ou non) de Raphaël. Le problème reste
avant tout esthétique : la production est encore une fois beaucoup trop
lisse et léchée comme si l'artiste n'avait pas voulu pousser
l'expérience jusqu'à un paroxysme dangereux. Enfin, malheureusement la
voix paraît toujours aussi candide, nasillarde voir parfois
incroyablement fade comme sur la chanson Voyageur Immobile.
Super-Welter est un album surprenant dont la découverte permet de se réconcilier de façon ponctuelle avec un artiste forcément catalogué. Sans atteindre les sommets, Raphaël propose une plongée dans une écriture plus personnelle et profonde. En attendant une confirmation illusoire.
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