jeudi 8 novembre 2012

Raphaël (3,5/5) : Résurrection passagère

Depuis son miteux Caravane, le beau et insipide Raphaël arbore l'image d'un chanteur à minette un peu méprisant, un peu imbus de sa personne et développant un sérieux amour pour son propre nombril. Difficile alors pour lui de s'échapper des refrains faciles, des tournées remplies à travers l'hexagone et des promotions assurées. Et pourtant, l'artiste vient de prendre à contre-pied bon nombre de fans et de critiques.
Aux premières écoutes, un constat s'impose clairement au-delà de la qualité de l'album : Super-Welter est totalement décomplexé, foisonnant, référencé et profondément intéressant. Pour la première fois, Raphaël semble s'affranchir des contraintes et des lourdeurs de ses précédents efforts. Ainsi, le disque sonne comme un lâcher-prise évident, bienfaiteur, nécessaire et s'inscrit comme une récréation à l'inventivité folle dans laquelle l'ombre de Bashung ne cesse de planer. A sa folk traditionnelle et plate, le compositeur ajoute des ambiances électroniques saisissantes et des ingrédients pop ciselés et réfléchis. Et le résultat est plutôt bon : Manager s'impose comme un excellent single avec ses arrangements empruntés rapidement à Bowie, Déjà-Vu offre une chansonnette exquise et Asphalte frappe un grand coup avec ses gimmicks entêtants et sa mélodie entraînante. Mais deux titres symbolisent cette prise de risque plus ou moins maîtrisée : Collision et Mariachi Blues balancent entre le commun et le fabuleux, entre l'agaçant et le lunaire, entre le facile et le complexe. Le chanteur se manque autant qu'il impressionne et offre une oeuvre fascinante bien qu'un peu écornée.
En effet, l'ensemble manque clairement de singularité et pioche dans l'héritage musical (inconscient ou non) de Raphaël. Le problème reste avant tout esthétique : la production est encore une fois beaucoup trop lisse et léchée comme si l'artiste n'avait pas voulu pousser l'expérience jusqu'à un paroxysme dangereux. Enfin, malheureusement la voix paraît toujours aussi candide, nasillarde voir parfois incroyablement fade comme sur la chanson Voyageur Immobile.

Super-Welter est un album surprenant dont la découverte permet de se réconcilier de façon ponctuelle avec un artiste forcément catalogué. Sans atteindre les sommets, Raphaël propose une plongée dans une écriture plus personnelle et profonde. En attendant une confirmation illusoire. 

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