mercredi 28 novembre 2012

Argo (4/5) : Quand cinéma et histoire ne font qu'un



Après The Town et Gone Baby Gone, l'acteur Ben Affleck repasse derrière - et devant - la caméra pour son troisième long-métrage intitulé Argo. L'action se déroule le 4 novembre 1979 : les manifestants de la révolution iranienne envahissent l'ambassade américaine et prennent 52 américains en otage. Seulement 6 personnes parviennent à s'enfuir et à se réfugier au domicile de l'ambassadeur canadien. La CIA décide d'envoyer l'agent Tony Mendez pour les exfiltrer. Son plan est dangereux, risqué, presque suicidaire et n'est possible qu'avec le soutien indirect et secret d'Hollywood. 

Comme souvent ces derniers temps, l'idée est extraite d'un véritable fait divers. Mais là où généralement le concept épuise, il permet ici d'insérer le spectateur dans un réel parfaitement rendu et à l'esthétique subjuguante. Le souci du détail semble être une priorité absolue et l'ensemble s'inscrit dans une démarche de reconstitution minutieuse. Cette résurgence de l'aspect historique invite à une réflexion sur un évènement passé mais aussi à un retour sur l'hégémonie - ou le crépuscule - d'Hollywood sur le cinéma mondial et occidental. En plongeant son public dans un climat de Guerre Froide et de fortes tensions avec le Moyen-Orient - de ce point de vue l'écho entre le temps de narration et notre époque est saisissant - le réalisateur développe un véritable art de la tension où la maîtrise impeccable des péripéties englobe un épisode fascinant et inimaginable. Ainsi, les acteurs excellent (notamment Affleck dans un rôle sur mesure), semblent parfaitement dirigés et apportent une profondeur magnifique et une empathie manifeste à des personnages touchants mais également légèrement stéréotypés. Argo se met au service de l'Histoire en effectuant un travail malicieux sur les contours du cinéma américain et le lien étroit entre les producteurs voir les réalisateurs et les plus hautes sphères politiques et institutionnelles de l'Etat. Ce film d'espionnage s'adosse également aux codes du divertissement en alternant judicieusement entre un ton grave, presque suffocant et un ton plus léger, quasi-comique. Les deux mondes se répondent constamment et conjointement : l'humour riposte à la violence, le dévouement réagit face à la compromission.

Cependant, Ben Affleck ne peut s'empêcher de tomber dans des clichés un peu faciles et manichéens. S'ils paraissent indispensables à sa trame narrative, ils alourdissent un climat forcément pesant et ne servent pas une oeuvre foisonnante. Pourtant, ceux-ci manient à quelques occasions une ironie savoureuse et un recul rassurant et ils permettent ainsi au réalisateur de casser les barrières d'un genre fatalement poussiéreux et repris jusqu'à l'usure.

Argo est un film bouleversant et prodigieux qui possède une double-lecture intelligente et révélatrice du talent en gestation de son auteur. A l'aide d'une adresse fine et d'un brio remarquable, Ben Affleck parvient à tenir en haleine des spectateurs comblés par une intrigue captivante. Malin, drôle, profond, virtuose et réaliste, il signe une oeuvre totale et réussie.

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