Amour de jeunesse, passion adolescente,
Indochine dans l'inconscient populaire, c'est un peu ce groupe qu'on a
aimé, qu'on a adoré détester et qu'on idolâtre désormais. La formation
légendaire est revenue de nulle part avec un Paradize assez prodigieux
pour retomber dans des travers miséreux avec un République des Meteors
complètement désastreux. Concept raté autour de la guerre accompagné de
paroles caricaturales, sans intérêt,
frôlant le ridicule, l'album semblait annoncer une fin imminente. Et si
Sirkis et sa bande avait déjà tout dit, tout fait, tout vu ? Alors, lors
de la sortie de Black City Parade, l'excitation a laissé place à
l'appréhension. Un douzième opus ayant pour thème la ville, les grands
espaces, l'urbain qui s'écoute heureusement comme un redoutable retour
en grâce.
Musicalement, le disque est simplement excellent, parfaitement agencé, savamment orchestré et apporte une fraîcheur non négligeable dans une carrière foisonnante. Le son demeure plus massif, étayé par une production impeccable mettant en relief chaque instrument et chaque nuance. Au cours de ces quatorze titres, on pense souvent à Un Jour Dans Notre Vie mais dans une version beaucoup plus moderne, actuelle et électronique. Adieu le piano clair issu de Dancetaria, ici les machines apportent des gimmicks envolées et des nappes synthétiques subtiles, intrigantes et justement adossées à l'esthétique proposée. Berlin et la post new-wave semblent omniprésentes tant au niveau d'une rythmique froide mais lourde qu'au niveau de guitares rondes, entraînantes et moins crasseuses qu'à l'époque Alice & June. Black City Parade sonne comme une formidable oeuvre possédant de nouveau une imagination débordante : enfin le duo Sirkis/Olivier Gérard redevient intéressant bercé par des élans pop et des aspérités indé. Des chansons comme College Boy, Wuppertal, Nous Demain, Belfast ou le sublime Traffic Girl (en collaboration avec Lescop) paraissent taillées pour la scène, domaine où Indochine a toujours excellé. Et elles se suivent comme une succession de moments rares que l'on pensait oublié.
En ce qui concerne les textes, même si une amélioration est manifestement notable, Nicola Sirkis peine néanmoins à retrouver ses talents de parolier. Mieux construits, ils n'évitent pas toujours l'écueil de la répétition et de la facilité. On retrouve péniblement l'accumulation de rimes en "a", la multiplication de références sexuelles un peu lourdingues vues et revues et une construction syntaxique des plus alambiquée. Seulement, la voix si charismatique du leader historique ne déçoit pas : plus grave qu'à l'accoutumée et moins perdue dans des aiguës compliquées, elle convainc pleinement et retrouve des couleurs.
Finalement, après quelques sueurs froides, le vaisseau indochinois (re)tient son rang avec brio et justifie pleinement son statut de fer de lance du rock français. Au point même d'espérer de nombreux concerts parisiens.
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