jeudi 17 janvier 2013

Searching For Sugar Man (4/5) : Précieux et puissant



La vie réserve parfois quelques trajectoires hors du commun. Searching for Sugar Man fait parti de ces histoires hallucinantes, tellement inattendues qu'elles touchent au plus profond de la sensibilité de chacun. Le documentaire explore pendant près d'une heure et demi, le destin phénoménal du compositeur Sixto Rodriguez. Ce dernier sort deux albums au début des années 70 sur le prodigieux label Motown dans le plus complet anonymat. Artiste dit raté et incompris, la légende raconte que le chanteur se serait suicidé sur scène lors d'une de ses représentations. Pourtant, il vit toujours aux alentours de Detroit et sans le savoir, son premier disque est un succès gigantesque en Afrique du Sud (à peu près 500 000 exemplaires vendus) et surtout un symbole de lutte dans le combat contre l'Apartheid. Il ne le découvrira cependant que 30 ans plus tard.

Lorsqu'on écoute les différentes compositions de Sixto Rodriguez, comprendre cet échec commercial demeure impossible notamment pour son opus intitulé Cold Fact, merveilleux chef d'oeuvre regroupant un nombre incalculable de tubes (Sugar Man, Only Good For Conversation, I Wonder ...). Cette incompréhension est le premier thème soulevé par le réalisateur Malik Bendjelloul, déjà auteur d'un travail remarqué en 2001 sur le groupe électro-allemand Kraftwerk. Sans tomber dans une apologie un peu forcée, il parvient à rendre compte du caractère inexplicable de son impopularité à travers les paroles de ses différents producteurs. Bendjelloul n'occulte aucune zone d'ombre, garde les incompréhensions, les "on-dit", l'émotion ou la colère de certains protagonistes particulièrement sur le sujet de l'argent que personne n'a jamais touché et pourtant venu d'Afrique du Sud. Cela donne une scène saisissante avec l'ancien propriétaire de Sussex Records - la maison de disque de Sixto -, Clarence Avant, prouvant en quelques minutes que les plaies ne sont toujours pas refermées et la déception voir la honte toujours aussi présentes.

Mais la principale trame du film s'organise autour du travail de recherche incroyable de deux hommes, Stephen Segerman et Craig Bartholomew-Strydom respectivement vendeur de disque et journaliste musical, qui partent tous les deux à la recherche d'information à propos de leur idole commune. En effet, ils ne disposent que des chansons de Rodriguez pour dans un premier temps établir une biographie et dans un deuxième temps le retrouver et le faire venir en Afrique du Sud pour une tournée saisissante. 

Dans ce tas de confessions, le réalisateur parvient à se défaire des codes du genre documentaire. Ainsi, il accomplit l'exploit de tenir en haleine son spectateur qu'il juge aussi démuni que ses intervenants. Sixto Rodriguez est une énigme pour tous : Searching for Sugar Man se positionne à la fois comme une nécessaire porte d'entrée à l'univers du chanteur mais également comme un véritable conte touchant et captivant. L'histoire du héros aurait pu être inventé par Hollywood et Boudjelloul n'hésite pas à instaurer un jeu confondant réel et fantastique. Jusqu'à l'apothéose final entre l'interview de Rodriguez et les images de ses concerts absolument sidérantes et bouleversantes.

Sans être complaisant et en se maintenant à bonne distance de jugement, le film est d'un rocambolesque magnifique et d'une beauté factuelle. A la fois historique et lumineux, il offre une fenêtre géniale pour un artiste dorénavant à sa place. Une oeuvre miraculeuse, puissante et enthousiasmante.

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