mardi 5 février 2013

Concert : Pete Doherty, le mythe effondré



Il y a toujours un doute. Avant de voir Pete Doherty en concert, c'est avant tout l'inquiétude qui prédomine. Est-ce qu'il viendra ? Si oui, dans quel état ? Sera-t-il dans un bon ou dans un mauvais jour ? Au regard de ses dernières performances, l'heure n'est plus à l'optimisme : cet été à la Fête de l'Huma, l'ancien prodige n'avait tenu que neuf petites chansons devant une audience assez médusée. Alors hier, avant de pénétrer dans la salle de la Maroquinerie à Paris pour le premier des deux concerts exceptionnels programmés sur la capitale, on préfère repenser à ses années fastes lorsqu'il tenait, déjà sur un fil, une foule en adoration fascinée par tant de talent et de charisme. Pour se rassurer tout d'abord. Pour ne pas trop le détester ensuite.

En guise de - très - longue introduction, Doherty a invité trois groupes aussi lamentables qu'inutiles. Que ce soit en set acoustique, perdues dans une folk poussiéreuse ou dans un glam-rock inaudible, toutes ces formations proposent le même ennui et englobent la scène d'un sentiment bizarre. Il règne en effet le parfum des soirées médiocres et ratées. Devant tant de médiocrité, l'attente est paradoxalement à son paroxysme. L'ex-Libertines joue sur nos nerfs et ne débarque que vers 22h20 dans un smoking noir affublé de son désormais célèbre chapeau. Un pas dans l'assistance et les craintes prennent malheureusement forme : le dandy est dans un jour sombre, largement alcoolisé, plus proche de tomber que de tenir debout. Les premiers accords joués sur une guitare de plus en plus désaccordée sont exécutés avec maladresse et hésitation. Le compositeur massacre ses mélodies dans une tristesse abyssale. Seul sur scène, Pete Doherty provoque un malaise phénoménale accompagnant ses gestes d'une mélancolie rare, déprimante, profondément dérangeante. Il n'est à ce stade qu'une bête de foire portée par un public un peu voyeur, révoltant et parfois aussi saoul que lui. Pourtant dans ce marasme, les fans restent jusqu'à la fin guettant une improbable éclaircie. Elle vient parfois dans un élan indescriptible : le début de Beg Steal and Borrow, les premières notes de Music When The Lights Go Out ou l'arrivée inattendue d'un Back From The Dead symbole d'un artiste en totale perdition. 1h10, puis le départ. Un simple salut, un moment de doute - encore - et les lumières se rallument. Il n'y aura pas de rappel. On en est presque rassuré. 

Finalement, au cours de sa carrière, le mythe a toujours plus ou moins vacillé. Mais il se rattrapait toujours en invoquant un génie manifeste et un magnétisme exaltant. Aujourd'hui il ne reste plus rien. Ou tout ce qu'on redoutait : un effondrement attendu d'une merveille de la pop anglaise. En attendant l'oubli définitif d'un magnifique affranchi.

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