dimanche 27 janvier 2013

Django Unchained (3,5/5) : Magnifiquement décevant



Il aura fallu du temps à Tarantino pour enfin réaliser un western tant désiré. Mais comme l'auteur de l'excellent Inglorious Basterds ne fait jamais les choses à moitié, il organise tout d'abord son récit à travers un remake de 1965 de Franco Nero puis le plonge dans la période trouble de l'esclavage aux Etats-Unis. Dans Django, la violence habituelle se conjugue désormais et comme chez son prédécesseur avec l'Histoire. L'intrigue s'accomplit alors dans le sud de l'Amérique, univers moite et peu fréquentable, deux ans avant la guerre de Sécession. Pourtant, première scène dans une neige haute, dans un froid glacial. L'horrible condition des noirs américains est déjà mise en scène. Les blancs à cheval, les autres à terre frigorifiés dans une quasi-obscurité. D'un coup, la lumière jaillit et le personnage flamboyant du Docteur King Schultz (Christoper Waltz) apparaît en arrière-plan pour offrir à Django (Jamie Foxx) une nouvelle liberté dans un détournement comique ébouriffant. Pas de doute, Tarantino n'a rien perdu de sa virtuosité. Malheureusement, celle-ci n'est visible que de façon sporadique dans une oeuvre lourde et mal construite.

Indéniablement, le savoir-faire du réalisateur est toujours aussi présent. L'humour fin ou grossier s'imbrique souvent avec justesse et brio dans un déferlement d'actions maitrisées et savoureuses. Deux scènes - parmi tant d'autres - retiennent forcément l'attention : le rire provoqué par l'imbroglio autour des cagoules avant l'attaque de la diligence du Docteur s'impose déjà comme l'un des moments les plus drôles de l'année. Puis l'étouffement, presque la paralysie dans ce court chef d'oeuvre de minutie lors du repas final réunissant les différents protagonistes du film semble être une apogée fabuleuse. En offrant aux spectateurs, la présence d'aussi grands acteurs que Christopher Waltz, Leonardo Di Caprio (éblouissant méchant) ou Samuel L. Jackson (impensable vieux bourru), le metteur en scène appuie sa narration et son univers de génies indépassables. A côté de ces extraordinaires performances, Jamie Foxx fait alors bien pâle figure. Constamment dans la pose, il souffre d'une comparaison cruelle et adosse gauchement la psychologie de son personnage dans une trop grande linéarité. Comme Django dans un face à face avec Waltz, il choisit un costume ridicule pour se représenter. Et sonne comme la mauvaise pioche d'un casting pourtant hallucinant.

Autre reproche évident, la longueur épuisante du film. Il faut presque trois heures à Tarantino pour mettre en place un dénouement attendu, horriblement facile et contemplatif. Il a certes fait la même chose pour Inglorious Basterds mais le rythme était mieux géré, beaucoup plus efficace, moins redondant et plus propre au second degré. Si bien qu'on pourrait penser à un souci troublant dans le montage. Ainsi, le réalisateur tente bien, et avec talent, de réveiller son auditoire en utilisant un déferlement d'explosions, de courses poursuites, de sang projeté, de crânes explosés mais rien n'y fait. Au bout du compte, il arrive un certain ennui face à ces actions annoncés et un sentiment tenace de redite désagréable. La recette s'épuise fatalement : l'ensemble n'impressionne plus et le thème général se couvre d'un drap un peu poussiéreux et craquelé. Tout est un peu plat, un peu harassant, un peu inintéressant parfois. Même le côté historique est bizarrement bâclé en dégringolant dans une caricature surprenante. Enfin, la bande-son volontairement en rupture rappelle et appuie de façon grossière le style de l'auteur sans apporter une deuxième lecture fortement appréciée auparavant.

Django ne s'inscrit finalement que comme un divertissement talentueux mais simpliste seulement porté par le caractère fantastique d'un trio d'acteurs au sommet de leur art. Quentin Tarantino se répète avec regret et réutilise des codes maintes fois explorés - et de bien meilleurs façons - dans d'autres de ses oeuvres. Moins sinueux, moins intelligent, moins implacable, il s'arrête aux portes du grandiose pour achever sa course dans un plaisir immédiat et sans profondeur. Et on ressort de cette épreuve globalement déçu.

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