C'est quasiment un phénomène de société. En seulement une saison, The Voice s'est imposé comme l'un des rendez-vous incontournables de l'année. Les deux premiers épisodes ont réunis 9,3 et 8,8 millions de téléspectateurs. Des chiffres exceptionnels, proches des 40% de part de marché qui offrent un souffle nouveau à TF1 en lui permettant, accessoirement, d'écraser la (faible) concurrence proposée par France Télévisions et M6. Pourtant le programme n'est qu'un simple télé-crochet dans lequel l'innovation et la créativité ne sautent pas directement aux yeux.
D'une part le choix du jury - et l'adhésion qu'il emporte - paraît curieux. Autour de Nikos Aliagas, excellent dans son rôle de maître de cérémonie, se trouve quatre chanteurs professionnels d'horizons et de styles différents : Jennifer, Florent Pagny, Garou et Louis Bertignac. Certes, ces vocalistes n'ont plus rien à prouver et il est toujours fort agréable de voir un concurrent être juger par un homme ou une femme connaissant les rouages du métier. Mais quelle mollesse dans les interventions ! Pas vraiment jury, pas vraiment coach, faussement amical, les conseils ou les - timides - attaques sentent littéralement le préparé, le mielleux et parfois même le condescendant.
C'est d'ailleurs le reproche principal que l'on peut faire à l'émission : tout demeure calculé, orchestré. Rien n'est vraisemblable et toute la partie mettant en lumière le casting - ou le recrutement, c'est selon - ne se voit que comme un vaste écran de fumée. Le recours à l'enregistrement accentue ce point : la production sait qui elle souhaite recruter et chaque juré connait ses principales cibles. On perd logiquement ce sentiment tenace lors des directs où le choix du public reste souverain comme le prouve la victoire surprise de Stephan Rizon l'année dernière.
Les candidats parlons-en tiens ! Le jury ne les voit peut-être pas mais nous on les entend. Et pas qu'un peu. C'est largement la fête à la puissance. Les gorges sont déployées et les décibels flottent dans un univers insupportable. On ne cherche décidément pas la plus belle voix mais la plus forte. Aucune nuance, aucune émotion, aucun charisme : ça crie, ça hurle et c'est généralement désagréable notamment lors des fameuses "Battle". A côté de La Nouvelle Star, le programme fait vraiment pâle figure. D'autant plus que les arrangements des morceaux frôlent très souvent le ridicule.
Finalement, le succès de The Voice s'explique peut-être par les moyens impressionnants mis en œuvre par TF1. Les scénarios sont bien ficelés et il est difficile de se détacher d'un épisode. Pourtant, l'émission n'est pas la révolution annoncée. Trop de défauts gâchent le plaisir et les candidats ne sont véritablement pas à la hauteur de l'événement. Le présent le montre : les vainqueurs internationaux du télé-crochet peinent à se faire un nom. Le spectacle plutôt que le talent : The Voice et TF1 étaient fait pour se rencontrer.

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