lundi 11 février 2013

My Bloody Valentine (2/5) : Un regrettable retour



1991. Le style shoegaze vient de trouver son pionnier et arbore ses plus belles lettres de noblesse. Avec Loveless, My Bloody Valentine vient de toucher au but. Unanimement salué, l'album s'impose un succès incroyable, l'une des pièces maîtresses de l'histoire musicale. Même sans en être fan, le travail du groupe est absolument dantesque, sidérant mais surtout novateur. Après un tel engouement, la formation semble partie vers les sommets. Une signature chez une major, une entrée en studio, une impatience perceptible et sans explication une complète disparition. Le leader Kevin Shields ne donne plus aucune nouvelle et les aficionados se préparent à une longue attente.

Pourtant, en ce début 2013, après de nombreuses rumeurs, une suite est (enfin) annoncée. Il aura fallu 10 ans à Shields pour se remettre au boulot. Disponible sur internet, le disque se nomme sobrement MBV. Et s'inscrit comme l'une des plus grosses déceptions de l'année. Au fil des écoutes, il faut reconnaître que les sentiments prédominants changent régulièrement : d'abord porté par l'excitation, les mélodies indé parviennent à convaincre un auditeur comblé notamment avec un New You appliqué et exaltant. Malheureusement, l'opus ne tient pas du tout la cadence. L'ensemble des morceaux s'imbrique dans un tourbillon assez brouillon de sons mollassons, un peu cliché et sans la touche d'inventivité propre à My Bloody Valentine. L'enchaînement Only Tomorrow/Who Sees You s'entend par exemple comme un épuisant voyage dans l'esthétique des années 90. Sans le charme, sans la fougue et sans le talent d'autrefois. Clairement, les titres de MBV sonnent plus comme des faces B de Loveless que comme de réelles compositions. 

En une décennie, le groupe est devenu absolument culte et l'aspect précurseur de leur oeuvre a forgé la culture musicale de bons nombres de musiciens. Au détour de ces neuf chansons, rien ne transparait à part un sentiment tenace et amer de profond désenchantement. On pensait (re)vivre une formidable révolution et on se retrouve face à une simple maquette rigoureusement bâclée et affreusement nébuleuse à la fois dans les voix mais aussi dans la production. 

Lorsqu'un mythe forge sa légende, un retour n'est jamais bon signe. Mais avec seulement deux albums publiés par le passé, l'imagination et la créativité pouvaient être au rendez-vous. Sans souffle et sans intérêt, MBV retourne alors d'où il vient. Dans un oubli plein d'amertumes et de regrets.

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