The Master est une histoire de retour(s) et de
rencontre(s). Plusieurs réapparitions, plusieurs croisements. D'abord
avec son réalisateur : Paul Thomas Anderson n'avait plus tourné depuis
l'excellent There Will Be Blood en 2007. Depuis 12 ans, Il tente à de
nombreuses reprises de travailler avec le génial Joaquin Phoenix.
Volonté accomplie avec un acteur lui aussi revenu de nulle part. Ou
plutôt d'un concept raté avec I'm Still
Here en 2010. Mais ces thèmes de la confrontation et de l'approche, on
les retrouve surtout dans l'intrigue du film : Freddie, alcoolique,
violent, psychotique et obsédé sexuel, revient de guerre après s'être
battu dans le Pacifique. Au détour d'une marche sans fin, il fait la
connaissance de Lancaster Dodd (Philip Seymour Hoffman), dit Le Maître,
un charismatique leader d'un groupe nommé "La Cause". Le vétéran décide
de le suivre et tombe sous sa coupe.
Pour ce sixième long-métrage, Anderson a mis de côté la grandiloquence de ses derniers travaux et se focalise avec précision sur la relation ambiguë, réciproquement fascinante presque fusionnelle des deux personnages. En se sortant du simple et attendu schéma "domination-soumission", il dévoile, sous les yeux du spectateur à travers l'enchevêtrement de scènes éblouissantes, la mise en place d'une connexion indéchiffrable reposant sur une mutuelle attirance mais aussi une profonde répulsion. Et ici réside le talent du réalisateur : l'histoire est à la fois transparente et totalement hermétique voir mystérieuse. Ainsi, le récit fatalement trouble souligne le traitement singulier d'une mise en scène assez sauvage impliquant indéfiniment une double lecture phénoménale, intelligente, brillante.
L'interprétation est alors multiple : sous cette rencontre se cache plusieurs zones d'influences symbolisées par le personnage dur, inaccessible et autoritaire de Peggy Dodd (Amy Adams) dont le désir de domination est palpable et parfaitement démontré. Dans cette complexité manifeste, Joaquin Phoenix impressionne par son caractère fabuleux constamment coincé entre une terrible souffrance, une inquiétante férocité et une dérangeante psychologie. Le jeu furieux de l'acteur impose une splendide reconnaissance tant il parvient à retranscrire avec un brio affolant une multitude de sentiments contraires.
En ce qui concerne Lancaster Dodd, la référence à la scientologie - bien que réfutée par le réalisateur - est évidente. Plusieurs scènes subjuguantes rendent compte de la dérive sectaire de "La Cause". Enervements face à ses propres incohérences, discours inventés au fil de la parole, rassemblement autour d'une figure paternelle, charisme décuplé : dans tout ce catalogue Hoffman excelle. La véritable force du film se trouve alors dans son face-à-face récurrent avec Phoenix. L'intrigue est un quasi-prétexte à cette réunion magistrale
.
Paul Thomas Anderson transpose à un long-métrage d'une intensité froide, la virtuosité de deux acteurs au sommet de leur art. The Master semble être un objet parfait - peut-être même un peu trop - qui confirme sa maîtrise d'une image impeccable et son contrôle chirurgicale des événements. Porté par une bande-son composée par Johnny Greenwood juste et exaltante, il signe d'une main de maître le formidable portrait d'une Amérique d'après-guerre propre à la folie et à l'imposture. Où l'envoutement demeure superbe et la prise de risque maximale.
Paul Thomas Anderson transpose à un long-métrage d'une intensité froide, la virtuosité de deux acteurs au sommet de leur art. The Master semble être un objet parfait - peut-être même un peu trop - qui confirme sa maîtrise d'une image impeccable et son contrôle chirurgicale des événements. Porté par une bande-son composée par Johnny Greenwood juste et exaltante, il signe d'une main de maître le formidable portrait d'une Amérique d'après-guerre propre à la folie et à l'imposture. Où l'envoutement demeure superbe et la prise de risque maximale.

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