samedi 1 décembre 2012

Notons la Télé (NTL) : Salut les Terriens (3,5/5)



Salut les Terriens : enfin le bon départ ?

Salut les Terriens coïncide avec l'arrivée de l'excellent Thierry Ardisson, figure emblématique du paysage médiatique français, sur Canal +. A l'antenne depuis 2006, cette émission semble en perpétuelle évolution : d'abord décalée, satirique, presque ludique, elle est aujourd'hui articulée autour de quatre invités - généralement un politique, deux personnages publics et un témoignage - et découpée en trois parties. En six ans, le talk-show a peiné pour trouver le ton juste et le rythme adéquat. Mais force est de constater que cette année, même si tout n'est pas parfait, les changements opérés ont amené un vent nouveau sur le plateau. 

En effet, Ardisson maîtrise mieux son concept. Le présentateur gère de façon intelligente les temps de paroles, alterne avec brio les phases comiques et les phases plus sérieuses et surtout il paraît s'intéresser de manière plus convaincante à ses convives en libérant un peu plus la parole. Lors des premiers numéros, le téléspectateur avait l'impression d'un véritable numéro de la part du fameux producteur. En coupant autant la parole et en assénant autant de vacheries ou de piques légères, on se serait même cru devant un mauvais remake de Lunettes Noires Pour Nuits Blanches. Assagi depuis, il s'inscrit plus dans une critique profonde des incohérences politiques ou dans une empathie nouvelle pour son invité du "Samedi 20h". Mais fort heureusement, l'impertinence et l'ironie - marque de fabrique d'Ardisson - sont toujours présentes et font du présentateur le numéro 1 de l'interview en France. 

Cependant, le maître délègue beaucoup cette année. Et cela se traduit par une multitude d'édito : si celui de Stéphane Blakowski fait partie des meubles de la chaînes cryptée - rappelez vous TV+ avec Marc-Olivier Fogiel - celui du groupe les Gréements déçoit fortement et casse le rythme soutenu du programme. Effectivement, cette multiplication des interventions abaissent le niveau général : en réalité, ça parle beaucoup mais ça réagit peu si bien que certains propos passent aux oubliettes quand ils nécessiteraient un éclairement ou une justification. En revanche, un autre édito mérite toutes les éloges. Remplaçant du pitre Stéphane Guillon, Gaspard Proust et son "Elle est pas belle la vie?" devient en seulement quelques semaines, le moment à ne pas rater. A l'aide de son humour glaçant, parfois violent mais souvent juste, le comique amène une originalité à une émission très ciselée. En sept ou huit minutes, il développe un univers encore jamais vu à la télévision et franchissement jouissif. En choisissant Proust et en sortant des codes d'une télévision formatée à l'extrême, Ardisson opère un (nouveau) coup de génie : son concept devient unique et les téléspectateurs se fidélisent. 

SLT ne dispose pas de la force d'un Tout le Monde en Parle à son époque. Trop de petites lacunes viennent ternir un tableau pourtant prometteur. Mais Thierry Ardisson, à l'aide d'une volonté créatrice intacte, a retrouvé son Baffie : en la personne de Gaspard Proust, il appâte le public et tient enfin un trublion plus que génial. L'émission est ainsi complète et mieux contre-balancée mais reste coincée dans une case horaire qui ne favorise pas sa visibilité. Encore un effort Thierry, tu y es presque. 


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