Dès les premières images, le style de l'auteur
impressionne. Le spectateur pénètre doucement puis avec extase, dans un
univers somptueusement miteux porté par une voix-off infantile mais
incantatoire et une bande-son incroyablement communicative. Les Bêtes du
Sud Sauvage commence presque comme un générique de fin où
l'effervescence explose dans un fracas de cordes déployées résonnant à
travers un déchaînement final
furieusement impensable. Benh Zeitlin développe ainsi dans ce premier
film une histoire entre odyssée et apocalypse mettant en scène le
personnage de Hushpuppy, 6 ans, qui vit dans le bayou avec son père
malade. Brusquement, la Nature se dérègle et précipite la montée des
eaux, la fonte des glaces et l'irruption d'aurochs, sorte de taureau
préhistorique. La petite fille décide alors de partir à la recherche de
sa mère disparue.
Visuellement, le long-métrage est éblouissant et majestueux. Le réalisateur apporte un soin particulier à une image dévorée, parfois hésitante, mais très souvent exaltante comprise entre le merveilleux et l'horrible. A la manière d'un Malick, Zeitlin filme d'une façon sublime l'infini et le minuscule si bien qu'aucun détail n'est laissé au hasard dans ce tourbillon de sentiments aussi bien universel que singulier. L'oeil est sans cesse pris dans cette beauté misérable qui passionne et subjugue. La caméra offre alors une perception géniale de l'hideux dans le sublime, de la pauvreté dans une grandeur inimaginable. D'autant plus que tous ces efforts semblent être orienter vers une volonté d'émotion douce et attachante. Rien n'est provoqué et l'ensemble oscille avec grâce et talent dans une poésie sensationnelle qui amène une énergie hallucinante et une puissance incommensurable à un récit éblouissant. L'oeuvre explore tour à tour le réalisme, le lyrisme, le surnaturel, le mystique, l'humanisme mais également la profonde violence physique et morale du paria voir la brutalité de l'exclusion. Et tout se lit dans la performance lumineuse de la jeune actrice Quvenzhané Wallis qui passe sans peine et avec brio d'une sensation à une autre. Notamment dans les quelques face-à-faces saisissants avec un père perdu entre la rudesse de son éducation et son amour pour sa fille. Simplement, les Bêtes du Sud Sauvage propose à un public ébahi une inventivité rare transcendée par un scénario fantastiquement naturaliste et divinement dantesque. Le film se construit autour d'une limite opaque entre réel et fantasme, entre rêveries imagées et rudesse du présent. Un mot enfin sur la bande-son qui apporte une profondeur et une passion nouvelle à une histoire finalement fondamentale.
Peut-être un peu long à se mettre en place, le film Les Bêtes du Sud Sauvage s'inscrit comme l'un des moments les plus faramineux et vertigineux de l'année. A travers les yeux d'une gamine coincée dans ses songes et entourée de paysages aussi magnifiques que pouilleux, Benh Zeitlin déclame un hymne à la vie émouvant et rafraichissant. Et frôle déjà la perfection.

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