mardi 4 décembre 2012

Booba (2/5) : Massif et débectant



Le Duc de Boulogne est de retour. Au sommet du rap français depuis la sortie en 2006 de son mythique album Ouest Side qui l'a propulsé définitivement sur le devant de la scène, le rappeur revient en cette fin d'année avec un nouvel opus intitulé Futur. Retour vers des sons plus urbains, plus hardcore, toujours adepte des rimes bien senties, B2O marche une nouvelle fois sur la concurrence et s'envole vers le succès. 

Aux premières écoutes, le disque impressionne par un son massif, étudié parfois à l'excès tant la production est méticuleuse et ciselée. Facile d'approche et coulant d'une traite, l'artiste (re)développe un univers entre la rue et le luxe, entre une esthétique minimaliste et des moyens illimités. Ainsi, l'ensemble demeure parfaitement rodé, rythmé et maîtrisé. Sans hésitation et avec minutie, Booba propose une oeuvre instantanée codifiée par une science de la réussite évidente. La recette fonctionne et le Kopp sait ce qu'il fait. En fond sonore, on peut alors être agréablement surpris et franchement conquis par des punchlines aussi drolatiques qu'inattendues. Mais malheureusement, dès que l'on se penche un peu sur des ficelles trop grosses, Futur présente tous les défauts d'un genre presque stéréotypé et tellement loin de ses origines. 


Etre hardcore, cela se défend. Etre débilisant, beaucoup moins. Un exemple ? Sur Wesh Morray : "Tu prends tes cliques / Tu niques ta mère / Tu fermes ta gueule / Tu dis de la merde". Encore un ? Sur Kalash : "Nique sa mère, même une sexagénaire / La juge m'a dit que j'exagère / Mais nique sa mère là-celle aussi / Son arrière grand-mère aussi". Et un dernier pour la route sur C'est La Vie : "Passe toi la chatte au carwash / Va m'faire un kahwa". Certes, c'est le style Booba, très agressif, également très cru mais au bout de six albums, l'auditeur n'y croit plus forcément. L'artiste dit assumer chaque parole : on prend la honte pour lui. Tout paraît trop facile pour espérer justifier une once de sincérité. Le rappeur le chante lui-même, son but est l'argent. Dommage alors de tourner autant en rond.

Futur est un disque efficace et puissant mais musicalement pauvre et couvert d'une imagerie débectante voir fumeuse. Les fans seront ravis, les initiés un peu moins et les curieux pas du tout. Booba fait du Booba avec prétention et attention(s). Après tout, c'est simplement logique.

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