Peter Jackson revient et il frappe encore un
grand coup. Après sa très réussie trilogie du Seigneur des Anneaux, il
s'attaque encore une fois à l'univers très fourni de Tolkien. Il propose
ainsi la narration de l'avant-Seigneur des Anneaux, ce qu'on appelle un
prequel dans le jargon cinématographique. Bilbo (déjà présent dans le
Seigneur des Anneaux) se retrouve mêlé à une étrange excursion un peu malgré lui : il accompagne 13 nains dont Thorïn (l'héritier du trône) pour reconquérir Eredor, la cité naine sous la montagne conquise et jalousement gardée par un dragon, Smaug. Et toute cette troupe est accompagnée du désormais célèbre magicien, Ganfalf Le Gris.
Esthétiquement irréprochable, ce premier chapitre d'une nouvelle
trilogie est le digne successeur de l'héritage du Seigneur des Anneaux.
On y retrouve l'ambiance, l'architecture et les paysages de la Terre du
Milieu. Les créatures fabuleuses sont également présentes : hobbits,
nains, magiciens (ou Maiar dans le langage de Tolkien), elfes mais aussi
trolls, gobelins, orcs et ouarges pour ne citer qu'eux.La qualité de
conteur de Tolkien et celle de Jackson se marrient parfaitement. Loin de
la fresque épique, c'est l'aspect léger et humoristique qui est mis en
avant. Sans pour autant partir dans la comédie, cette nouvelle histoire
suit bien le procédé du conte pour enfant, en rendant les personnages
attachants par le rire (ou le sourire) qu'ils provoquent. La comédie
s'appuie aussi sur la référence interne : en effet le connaisseur peut
très bien s'amuser à repérer tous les détails qui viennent du Seigneur
des Anneaux, notamment lors de la récupération de l'Anneau Unique par
Bilbo (et sa référence on-ne-peut-plus évidente).
Le film a également fait parlé de lui parce qu'il présente une innovation d'ordre technique : la HFR, pour High Frame Rate que l'on pourrait traduire par « Haute Fréquence d'Images ». Tout simplement : le nombre d'images par secondes se retrouvent doublé (48 images/s). Que cela change- t-il ? Les scènes simples ne se voient pas spécialement modifiées, en revanche dès qu'un peu d'action pointe le bout de son nez la HFR fait son boulot. Le flou de mouvement se retrouve atténué (voire annulé) ce qui créer une image très nette et très propre. Peut-être pas une révolution, mais certainement un confort assez appréciable. Visuellement le film bénéficie aussi d'une projection en 3D, qui n'est pas indispensable non plus mais qui s'avère assez bien maîtrisée lors des plans de paysages. En effet, la 3D ne fait pas sortir l'image de l'écran mais la creuse, ainsi elle dispose d'une bonne profondeur de champ, toujours très agréable. Enfin, le travail de Jackson sur le feu semble être un fil conducteur dans l'histoire : le film commence sur une bougie que l'on allume, Smaug crache du feu, les nains forgent leurs armes dans les flammes, à la fin du film des pommes de pin sont transformées en grenades incendiaires, ... Il ne reste plus qu'à savoir si ce feu est créateur ou destructeur.
Malgré une longeur qui peut rebuter (2h45!) la narration guide le film sans accrocs. On peut dénombrer cependant quelques ombres au tableau : certains nains au physiques un peu trop humain, une prévalence de l'art numérique face au charme de l'artisanat ... D'aucuns reprocheraient à Jackson sa pensée commerciale, en mentionnant une parenté à Georges Lucas, mais le commerce n'a jamais empêché de faire de bons films. Que dire d'autres si ce n'est que Tolkien aurait certainement apprécié cette relecture de ces œuvres, et qu'il n'y a peut-être pas meilleur compliment pour un film que d'être une bonne adaptation.

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