mercredi 12 décembre 2012

Mylène Farmer (1/5) : Ridé et craquelé



Des Bercy remplis en quelques secondes, des Stade de France bondés de fans extatiques, des ventes records et une aura indéniable sur le monde musical français. Après plus de 25 ans de carrière, Mylène Farmer demeure toujours aussi vendeuse, insaisissable, énigmatique. Sans une grande publicité et avec des passages télés faméliques, la chanteuse affiche pourtant complet à chaque spectacle et intrigue toujours autant les médias. Comment avec une voix aussi agaçante et un style constamment interchangeable, l'artiste peut-elle alors autant fédérer autour de son personnage hybride et particulier ?

Dès les premières notes de son nouvel album Monkey Me - vendu dès sa première semaine à 147 500 exemplaires - les masques tombent : après avoir été un ersatz de Madonna dans sa jeunesse avec une allure faussement provocante et très visuelle, Farmer tente de retrouver une seconde jeunesse en devenant dorénavant une sorte de Lady Gaga à la française. A ce titre, la pochette du disque est édifiante, presque insultante pour le public. Et pour la musique c'est (presque) pareil puisque l'ensemble est affreusement tambourinant (A l'ombre, Love Dance) ou d'un kitsch impardonnable (J'ai essayé de vivre ..., Je te dis tout). Ainsi, toute l'esthétique de la chanteuse est présente avec des ambiances froides, glaciales et des textes dégoulinants d'une mélancolie sans âme et sans saveur. L'auteur use encore une fois de thèmes maintes et maintes fois explorés comme le doute, la peur, la mort, la vie, et cela sonne comme un joli et ambitieux stéréotype de sa riche carrière. L'opus se positionne comme un formidable cliché et un magnifique enfoncement de portes grandes ouvertes. La palme revient à l'insupportable Nuit d'Hiver, titre long de cinq minutes et aux paroles minimalistes aussi insipides que ridicules : "Ce matin / Y a Chloé qui s'est noyée". Enfin, il y a cette voix si singulière, si arasante : au bout de quelques morceaux, elle devient tellement désagréable qu'il est difficile de se concentrer sur autre chose. Lumineuse voir lunaire pour les fans, elle ne reste que lamentable pour les simples curieux.

Avec Monkey Me, Mylène Farmer continue son virage électronique en tentant de rajeunir une musique de plus en plus poussiéreuse et craquelée. Malheureusement, elle use de mélodies d'une pauvreté extrême et habille son imagerie de poncifs fatalement lourds et caverneux. Ce qui ne l'empêchera pas de rouler vers un succès de plus en plus incompréhensible.

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