Des Bercy remplis en quelques secondes, des
Stade de France bondés de fans extatiques, des ventes records et une
aura indéniable sur le monde musical français. Après plus de 25 ans de
carrière, Mylène Farmer demeure toujours aussi vendeuse, insaisissable,
énigmatique. Sans une grande publicité et avec des passages télés
faméliques, la chanteuse affiche pourtant complet à chaque spectacle et
intrigue toujours autant les médias.
Comment avec une voix aussi agaçante et un style constamment
interchangeable, l'artiste peut-elle alors autant fédérer autour de son
personnage hybride et particulier ?
Dès les premières notes de son
nouvel album Monkey Me - vendu dès sa première semaine à 147 500
exemplaires - les masques tombent : après avoir été un ersatz de Madonna
dans sa jeunesse avec une allure faussement provocante et très
visuelle, Farmer tente de retrouver une seconde jeunesse en devenant
dorénavant une sorte de Lady Gaga à la française. A ce titre, la
pochette du disque est édifiante, presque insultante pour le public. Et
pour la musique c'est (presque) pareil puisque l'ensemble est
affreusement tambourinant (A l'ombre, Love Dance) ou d'un kitsch
impardonnable (J'ai essayé de vivre ..., Je te dis tout). Ainsi, toute
l'esthétique de la chanteuse est présente avec des ambiances froides,
glaciales et des textes dégoulinants d'une mélancolie sans âme et sans
saveur. L'auteur use encore une fois de thèmes maintes et maintes fois
explorés comme le doute, la peur, la mort, la vie, et cela sonne comme
un joli et ambitieux stéréotype de sa riche carrière. L'opus se
positionne comme un formidable cliché et un magnifique enfoncement de
portes grandes ouvertes. La palme revient à l'insupportable Nuit
d'Hiver, titre long de cinq minutes et aux paroles minimalistes aussi
insipides que ridicules : "Ce matin / Y a Chloé qui s'est noyée". Enfin,
il y a cette voix si singulière, si arasante : au bout de quelques
morceaux, elle devient tellement désagréable qu'il est difficile de se
concentrer sur autre chose. Lumineuse voir lunaire pour les fans, elle
ne reste que lamentable pour les simples curieux.
Avec Monkey Me, Mylène Farmer continue son virage électronique en tentant de rajeunir une musique de plus en plus poussiéreuse et craquelée. Malheureusement, elle use de mélodies d'une pauvreté extrême et habille son imagerie de poncifs fatalement lourds et caverneux. Ce qui ne l'empêchera pas de rouler vers un succès de plus en plus incompréhensible.
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