Avec son précédent effort, Before Today, Ariel
Pink avait délivré une oeuvre excellente et prodigieuse, peut-être
l'une des plus exceptionnelles de ce début de siècle. Accompagné de ses
Haunted Graffiti, l'artiste marquait enfin les esprit et sortait quelque
peu de son anonymat artistique. Dorénavant figure majeure d'un style
lo-fi propre à se renouveler, il revient en cette fin d'année avec un
album attendu et presque redouté : après
une telle claque, Mature Themes pourra-t-il atteindre une nouvelle fois
des sommets aussi vertigineux ?
Aux premières écoutes, la déception
est grande. L'ensemble paraît brouillon, sans inspiration et surtout
sans génie. Le caractère instantané des inventions passées a totalement
disparu. Ici, tout s'explore de façon consciencieuse, étudiée, presque
mécanique. L'auditeur se doit de persévérer puisque rien ne semble
offert de bon coeur. Les mélodies s'entrechoquent dans une esthétique
baroque très libre où les contraintes de construction s'évaporent. A
partir de là, Mature Themes peut délivrer certaines de ses qualités sans
pour autant effacer totalement un tenace sentiment de désappointement
voir de désenchantement. Malgré la force d'un Is This The Best Spot un
peu fou, les arrangements empruntés aux Doors sur Kinski Assassin, le
charme sixties de Only In My Dreams, les rythmiques vrombissantes de
Driftwood, le fabuleux et gargantuesque Symphony Of The Nymph et les
très dansants Pink Slime et Live It Up, la magie n'opère plus vraiment.
De maître du genre, la formation passe aux dispositions sympathiques
d'un groupe illusoire. Notamment quand certaines pistes sont indignes de
son rang et de son statut comme avec l'affreux Nostradamus & Me ou
l'arasant et caricatural Schnitzel Boogie. Le cerveau fourmillant
d'Ariel Pink s'égare un peu en chemin, ne se maîtrise plus trop et offre
un travail seulement estimable. Bien loin de ses aptitudes magnifiques.
Avec Mature Themes, Ariel Pink's Haunted Graffiti ferme la
parenthèse enchantée des dernières années et revient quelque peu en
arrière. Pas désagréable mais oubliant le merveilleux, l'opus oscille
entre regret et douce mélancolie. Mais peut-être l'artiste nous réserve
encore de belles symphonies pop. Le talent est encore présent : on
repassera pour l'inattendu.
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