lundi 10 décembre 2012

Ariel Pink's HauntedGraffiti (3/5) : Le talent sans la magie



Avec son précédent effort, Before Today, Ariel Pink avait délivré une oeuvre excellente et prodigieuse, peut-être l'une des plus exceptionnelles de ce début de siècle. Accompagné de ses Haunted Graffiti, l'artiste marquait enfin les esprit et sortait quelque peu de son anonymat artistique. Dorénavant figure majeure d'un style lo-fi propre à se renouveler, il revient en cette fin d'année avec un album attendu et presque redouté : après une telle claque, Mature Themes pourra-t-il atteindre une nouvelle fois des sommets aussi vertigineux ?

Aux premières écoutes, la déception est grande. L'ensemble paraît brouillon, sans inspiration et surtout sans génie. Le caractère instantané des inventions passées a totalement disparu. Ici, tout s'explore de façon consciencieuse, étudiée, presque mécanique. L'auditeur se doit de persévérer puisque rien ne semble offert de bon coeur. Les mélodies s'entrechoquent dans une esthétique baroque très libre où les contraintes de construction s'évaporent. A partir de là, Mature Themes peut délivrer certaines de ses qualités sans pour autant effacer totalement un tenace sentiment de désappointement voir de désenchantement. Malgré la force d'un Is This The Best Spot un peu fou, les arrangements empruntés aux Doors sur Kinski Assassin, le charme sixties de Only In My Dreams, les rythmiques vrombissantes de Driftwood, le fabuleux et gargantuesque Symphony Of The Nymph et les très dansants Pink Slime et Live It Up, la magie n'opère plus vraiment. De maître du genre, la formation passe aux dispositions sympathiques d'un groupe illusoire. Notamment quand certaines pistes sont indignes de son rang et de son statut comme avec l'affreux Nostradamus & Me ou l'arasant et caricatural Schnitzel Boogie. Le cerveau fourmillant d'Ariel Pink s'égare un peu en chemin, ne se maîtrise plus trop et offre un travail seulement estimable. Bien loin de ses aptitudes magnifiques.
 
Avec Mature Themes, Ariel Pink's Haunted Graffiti ferme la parenthèse enchantée des dernières années et revient quelque peu en arrière. Pas désagréable mais oubliant le merveilleux, l'opus oscille entre regret et douce mélancolie. Mais peut-être l'artiste nous réserve encore de belles symphonies pop. Le talent est encore présent : on repassera pour l'inattendu.

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