L'Odyssée de Pi d'Ang Lee, nous promet une
formidable aventure humaine et quasi-philosophique dans un même temps,
puisque cette histoire n'est pas sans évoquer celle, célèbre, de
Robinson Crusoé. Ici le personnage principal se prénomme Pi (pour
Piscine, ça ne s'invente pas ... ) et il est le seul rescapé d'un
naufrage dû à une tempête monstrueuse. Il se réfugie sur une barque de
misère mais il découvre qu'il n'est finalement
pas seul puisque certains animaux (qui étaient présents sur le bateau)
se retrouvent avec lui, dont un tigre (nommé Richard Parker). Tout le
film est un récit interne : Pi raconte son aventure à un écrivain qui
veut adapter son histoire.
A priori le film est intéressant, plein
de conflits et une histoire qui peut paraître originale, seulement il
n'en est rien. Tout d'abord, le naufrage intervient après une bonne
demie heure de film, ce qui laisse un peu pantois quand on sait déjà ce
qu'on vient voir. Outre cet « inconvénient » (qui n'en est pas forcément
un) c'est principalement une impossibilité d'adhérer à la narration qui
déstabilise. En effet, beaucoup d'incohérences scénaristiques et
d’improbabilités notoires parcourent le film (Pi n'a pas un seul poil
qui pousse en 220 jours alors qu'il est pubère, la première chose qu'il a
envie de faire quand il arrive sur une île est de se baigner alors
qu'il vient de passer plusieurs mois en mer, etc ). L'avantage est qu'on
nous épargne tout de même l'amitié homme/animal qui aurait plongé le
film dans la niaiserie totale.
La nature est toujours belle mais
dangereuse (ah ! Kant quand tu nous tient!) : le tigre cette grosse
boule de poils menaçante, ces paysages paradisiaques qui cachent un
lourd secret, la mer d'huile qui se métamorphose sous la tempête, ... Ce
film en offre beaucoup d'exemples, mais très peu de réflexion au finale
; il se contente d'illustrer sans approfondir.Et ceci sur un autre
point également : la religion. Présente au tout début du film, le sujet
est rapidement évincé. Traitée de manière superficielle alors qu'il y
avait décidément quelque chose à creuser : on doit se contenter d'une
soupe où toutes les religions (chrétienne, musulmane, hindou) se
mélangent parfaitement et sans contradictions. La redéfinition des
supplices de Job (cf la Bible) modernise mais ne modifie ni la structure
ni les enjeux initiaux. Finalement, il se trouve que pour Pi, Vishnu et
Dieu peuvent se côtoyer quand bon lui semble.
Le jeu d'acteur paraît très faible comparé à ce que ça aurait pu donner : Suraj Sharma (Pi), pourtant tout seul sur sa barque, a beaucoup de mal à conquérir son public par un jeu très lisse, sans aspérité, il ne dévoile que très sommairement les facettes de son personnage. On note toutefois la brève apparition d'un Gérard Depardieu qui fait sourire. Sur le thème similaire du mensonge de l'histoire racontée , Big Fish de Tim Burton est amplement supérieur et notamment parce qu'il n'aborde pas des points (philosophie, religion) qu'il a du mal à soutenir.
L'Odyssée de Pi parvient cependant à mettre en valeur certaines images. Les couleurs et les contrastes lumineux apportent beaucoup à l'atmosphère et participent incontestablement à une esthétique très marquée bien qu'un peu académique. Un seul sentiment subsiste à la fin du film, et pas des plus agréable, celui d'avoir été mené en bateau pendant deux bonnes heures.

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