dimanche 6 janvier 2013

L'Odysséé de Pi (1,5/5) : Lee nous mène en bateau



L'Odyssée de Pi d'Ang Lee, nous promet une formidable aventure humaine et quasi-philosophique dans un même temps, puisque cette histoire n'est pas sans évoquer celle, célèbre, de Robinson Crusoé. Ici le personnage principal se prénomme Pi (pour Piscine, ça ne s'invente pas ... ) et il est le seul rescapé d'un naufrage dû à une tempête monstrueuse. Il se réfugie sur une barque de misère mais il découvre qu'il n'est finalement pas seul puisque certains animaux (qui étaient présents sur le bateau) se retrouvent avec lui, dont un tigre (nommé Richard Parker). Tout le film est un récit interne : Pi raconte son aventure à un écrivain qui veut adapter son histoire.
 
A priori le film est intéressant, plein de conflits et une histoire qui peut paraître originale, seulement il n'en est rien. Tout d'abord, le naufrage intervient après une bonne demie heure de film, ce qui laisse un peu pantois quand on sait déjà ce qu'on vient voir. Outre cet « inconvénient » (qui n'en est pas forcément un) c'est principalement une impossibilité d'adhérer à la narration qui déstabilise. En effet, beaucoup d'incohérences scénaristiques et d’improbabilités notoires parcourent le film (Pi n'a pas un seul poil qui pousse en 220 jours alors qu'il est pubère, la première chose qu'il a envie de faire quand il arrive sur une île est de se baigner alors qu'il vient de passer plusieurs mois en mer, etc ). L'avantage est qu'on nous épargne tout de même l'amitié homme/animal qui aurait plongé le film dans la niaiserie totale.
 
La nature est toujours belle mais dangereuse (ah ! Kant quand tu nous tient!) : le tigre cette grosse boule de poils menaçante, ces paysages paradisiaques qui cachent un lourd secret, la mer d'huile qui se métamorphose sous la tempête, ... Ce film en offre beaucoup d'exemples, mais très peu de réflexion au finale ; il se contente d'illustrer sans approfondir.Et ceci sur un autre point également : la religion. Présente au tout début du film, le sujet est rapidement évincé. Traitée de manière superficielle alors qu'il y avait décidément quelque chose à creuser : on doit se contenter d'une soupe où toutes les religions (chrétienne, musulmane, hindou) se mélangent parfaitement et sans contradictions. La redéfinition des supplices de Job (cf la Bible) modernise mais ne modifie ni la structure ni les enjeux initiaux. Finalement, il se trouve que pour Pi, Vishnu et Dieu peuvent se côtoyer quand bon lui semble.

Le jeu d'acteur paraît très faible comparé à ce que ça aurait pu donner : Suraj Sharma (Pi), pourtant tout seul sur sa barque, a beaucoup de mal à conquérir son public par un jeu très lisse, sans aspérité, il ne dévoile que très sommairement les facettes de son personnage. On note toutefois la brève apparition d'un Gérard Depardieu qui fait sourire. Sur le thème similaire du mensonge de l'histoire racontée , Big Fish de Tim Burton est amplement supérieur et notamment parce qu'il n'aborde pas des points (philosophie, religion) qu'il a du mal à soutenir. 

L'Odyssée de Pi parvient cependant à mettre en valeur certaines images. Les couleurs et les contrastes lumineux apportent beaucoup à l'atmosphère et participent incontestablement à une esthétique très marquée bien qu'un peu académique. Un seul sentiment subsiste à la fin du film, et pas des plus agréable, celui d'avoir été mené en bateau pendant deux bonnes heures.

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