Four Tet, alias Kieran Hebden, peut être qualifié d'esthète de la musique électronique. Développant des ambiances soignées et ne recherchant pas à tout prix le beat commun aux clubs du monde entier, le DJ explore des contrées beaucoup plus vastes tout en apportant une vision progressiste et novatrice à son art. Son dernier album, There Is Love In You, était à ce titre assez bon, malgré quelques longueurs et s'inscrivait de façon remarquable dans un style électro ambiant aux constructions alambiquées, un peu mécaniques et inspirées.
Avec Pink, l'artiste signe un album totalement renversant, tantôt hypnotique, tantôt raffiné. Les boucles sont extrêmement précises voir appliquées et l'ensemble des morceaux offre des passages à la fois minimalistes, profonds et parfaitement réalisées. Four Tet apporte un soin particulier à l'approfondissement de mélodies entêtantes, un peu pop qui offre une couleur différente à un style forcément automatique. Et il est bien question de teinture, de coloris, de nuances ici. Le titre du disque semble être un habile pied de nez : rien n'est rose au travers des rythmiques mais tout paraît d'un bleu qui hésite entre le glacial et l'infini. 128 Harps se raccroche de façon assez magnifique à une esthétique bleutée, presque transparente tant les effets sont rendus avec grâce et talent. Au contraire, avec Lion, l'auditeur se retrouve plongé dans un monde plus chaud, concentré, presque marginal. Et Hebden s'amuse à prendre de court, à user de ruptures pour créer un tourbillon d'idées opposées sans renier un style toujours aussi efficace et maîtrisé.
Pink demeure un album aux mille émotions auquel il faut adhérer pour ressentir ses moindres dérives et ses multiples couches. Four Tet délivre alors quelques uns des titres les plus saisissants de l'année et se place, une nouvelle fois, comme l'un des DJ les plus doués de sa génération.
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