Avec Natascha Khan ou plutôt Bat For Lashes, l'auditeur se retrouve souvent emporté par des tonnes de sentiments contraires. Il passe ainsi, non sans mal, de l'ennui à la surprise, de l'intérêt à l'oubli. L'artiste développe un univers tellement opaque qu'il est difficile d'intégrer pleinement et avec enthousiasme un monde aussi impénétrable fait de couches diverses, entre folk glacial et dream pop déprimante.
Avec son troisième album studio, The Haunted Man, la britannique réemploie la même recette en incorporant encore d'avantage les machines électro et les effets frigorifiants. Il faut plusieurs écoutes attentives et courageuses pour déceler toutes les subtilités d'un disque fondamentalement intelligent, orchestré avec une minutie savante et chimiquement interprété. La musique proposée est incroyablement sophistiquée, presque mécanique, extrêmement froide, quelques fois prenante, souvent asphyxiante. Parfois, elle offre des moments assez jolis comme avec un All Your Gold magnifique, un Laura tout en retenu ou un enchaînement Marilyn/A Wall enfin convaincant. Ces morceaux sont portés par une voix d'une beauté un peu commune, pas transcendante bien qu'intéressante mais beaucoup trop mise en avant au détriment d'instruments discrets et oubliés. Pour le reste, ça manque cruellement d'émotions, de passions et de prises de risques. L'ensemble reste trop en surface : avec ce souffle polaire présent sur chacun des titres, il est impossible de ne pas sortir épuisé d'un opus comme celui-ci. On se délivre alors d'un tunnel sans lumière et sans chaleur, terriblement anxiogène. L'album s'inscrit en définitive comme une belle épreuve dans laquelle il est difficile de s'y aventurer de nouveau.
Bat For Lashes se rate encore un peu. Sans espérance, The Haunted Man semble se livrer à une noirceur phénoménale. Et sa créatrice s'oriente comme toujours vers un simple succès d'estime.
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